L'UE accuse les Etats-Unis de s'écarter de leurs objectifs climatiques
L'Union européenne et les petits Etats insulaires ont critiqué les Etats-Unis mardi (7 août) pour avoir tourné le dos à l'objectif de l'ONU de limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C.
L'Union européenne et les petits Etats insulaires ont critiqué les Etats-Unis mardi (7 août) pour avoir tourné le dos à l'objectif de l'ONU de limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C.
Ils ont appelé près de 200 gouvernements à respecter cet objectif qui fait partie des politiques adoptées à l'échelle internationale sur le climat, bien que l'envoyé spécial des Etats-Unis sur le changement climatique, Todd Stern, ait affirmé que cela se révèlerait impossible.
« Les dirigeants mondiaux ont promis à Copenhague de limiter la hausse des températures à 2 °C. Ils doivent tenir leurs promesses à présent », a déclaré le porte-parole de la Commission européenne Isaac Valero-Ladron en référence au sommet sur le climat qui s'est tenu dans la capitale danoise en 2009.
Les Etats-Unis et d'autres pays ont approuvé cet objectif de ne pas dépasser 2 °C de hausse de température par rapport à l'époque préindustrielle, dans le but d'éviter certaines conséquences, comme les vagues de chaleur, les inondations, les sécheresses et la montée du niveau des mers.
Marlene Moses, à la tête de l'Alliance des petits Etats insulaires (AOSIS), a accusé Washington de revoir à la baisse l'ambition des discussions climatiques de l'ONU et s'est dite étonnée de cette réaction, dans la mesure où le pays est frappé par l'une des pires sécheresses de son histoire.
Tempêtes, érosion et sécheresse
« Si les Etats-Unis sont prêts à abandonner leurs propres agriculteurs, comment pouvons-nous croire qu'ils feront ce qui s'avérera nécessaire pour sauver les petites îles ? » AOSIS craint que certains de ses Etats membres soient frappés par des tempêtes, l'érosion et la montée du niveau des mers.
Lors d'un discours le 2 août dernier, M. Stern a expliqué que Washington souhaitait une approche plus flexible pour le nouvel accord de l'ONU qui devrait être adopté en 2015, et ce afin de pouvoir l'adapter aux nouvelles technologies.
« Ce type d'accord juridique flexible et évolutif ne peut garantir le respect de l'objectif de 2 °C, mais insister sur une structure qui garantirait le respect d'un tel objectif ne mènerait qu'à l'impasse », a-t-il déclaré.
La température moyenne mondiale a déjà augmenté de 0,8 °C depuis l'époque préindustrielle, une hausse que les scientifiques climatiques de l'ONU imputent aux émissions de gaz à effet de serre, notamment dues à la combustion des carburants fossiles.
L'objectif des 2 °C sera de plus en plus difficile à atteindre. Les émissions de dioxyde de carbone, le principal gaz à effet de serre, ont augmenté de 3,1 % en 2011 pour atteindre un niveau record. La décennie qui s'est achevée en 2010 a été la plus chaude depuis le milieu du XIXe siècle, l'époque où les températures ont commencé à être enregistrées, selon l'ONU.
D'après des données de Climate Analytics publiées en mai, le monde se dirige vers une hausse des températures d'environ 3,5 °C si l'on se fonde sur les promesses actuelles de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
« Une augmentation de 2 °C causerait probablement de graves dégâts aux Etats-Unis », a expliqué Bill Hare, le directeur de Climate Analytics. « S'éloigner de cette limite ne fera qu'entraver les chances d'un accord international. »
Le président Barack Obama n'est pas parvenu à convaincre le Sénat américain d'adopter un texte de loi visant à réduire les émissions dans le cadre de l'objectif d'une baisse de 17 % par rapport aux niveaux de 2005 d'ici 2020. L'objectif des 2 °C n'est toutefois pas contraignant.
La sécheresse qui frappe les Etats-Unis devrait donner lieu à « des mesures courageuses pour protéger la population d'un changement climatique incontrôlable », a expliqué Keya Chatterjee, directrice de la politique climatique pour l'ONG WWF. Au lieu de cela, « les Etats-Unis nous donnent des cours de réalités politiques », a-t-elle déploré.
M. Stern a argué qu'il serait préférable de commencer par des actions qui stimuleraient l'innovation et de mobiliser la scène politique. La Chine, les Etats-Unis, l'Union européenne, l'Inde et la Russie sont les principaux émetteurs de gaz à effet de serre.
Selon Pieter de Pous, directeur politique au Bureau européen de l'environnement, « Todd Stern présente une dichotomie erronée. Atteindre l'objectif et stimuler l'innovation ne sont pas deux choses incompatibles. »