Déficit record : l'UE s'engage à maintenir ses mesures commerciales anti-Chine
« Le dialogue seul ne suffit pas » pour contrer la « domination industrielle » de Pékin, met en garde Bruxelles
L’UE a déclaré qu’elle continuerait à recourir à ses instruments de défense commerciale à l’encontre de la Chine, alors que le déficit commercial de l’Union avec la deuxième économie mondiale a atteint un niveau record.
Denis Redonnet, responsable de l’application des règles commerciales à la Commission européenne, a déclaré mardi qu’au cours des « prochains mois », Bruxelles « continuera à mettre en œuvre, lorsque cela sera nécessaire et légitime, des mesures de défense commerciale tant structurelles que contingentes » afin de freiner la hausse des exportations chinoises.
Les mesures structurelles comprennent les enquêtes antidumping et antisubventions, a-t-il ajouté, tandis que les mesures contingentes incluent les mesures dites de sauvegarde, qui visent à protéger l’UE contre une augmentation soudaine des importations.
« Rien n’indique un ajustement macroéconomique en Chine, ni que les caractéristiques structurelles auxquelles je faisais référence soient en train de changer fondamentalement », a déclaré Redonnet, qui occupe également le poste de directeur général adjoint chargé du commerce à la Commission.
Ces remarques ont été formulées quelques heures après la publication par Pékin de données indiquant que son excédent commercial avec l’UE s’était porté à 32,87 milliards de dollars en juin, contre 30,66 milliards en mai. L’excédent commercial mondial de la Chine – qui a atteint un niveau record de 1 200 milliards de dollars l’année dernière – s’est également creusé pour s’établir à 125,62 milliards de dollars, contre 105,43 milliards en mai.
Elles font également suite à l’annonce, le mois dernier, par Bruxelles et Pékin, d’une nouvelle forme de dialogue « structuré » visant à apaiser les tensions commerciales croissantes, aggravées par les contrôles à l’exportation imposés par la Chine sur les minerais stratégiquement essentiels.
Maroš Šefčovič, commissaire européen au commerce, a exigé que les consultations sur le commerce et l’investissement (TIC) aboutissent à des « résultats tangibles » concernant les déséquilibres commerciaux et les contrôles à l’exportation d’ici octobre, date à laquelle il doit se rendre à Pékin pour rencontrer Wang Wentao, le ministre chinois du Commerce.
Redonnet, chargé de préparer le terrain pour la réunion d’octobre, a également averti que l’économie de Pékin, axée sur les exportations, vise à atteindre une « domination industrielle ». Sa part dans la production manufacturière mondiale devrait passer de 37 % aujourd’hui à pas moins de 45 % en 2030, a-t-il déclaré.
« Cette domination industrielle peut conduire à une situation où […] les dépendances peuvent être utilisées comme une arme », a-t-il déclaré devant la commission du commerce international du Parlement européen.
Redonnet a également laissé entendre que, quelle que soit l’issue de la réunion d’octobre, Bruxelles mettra en place un instrument « dédié » visant à diversifier les chaînes d’approvisionnement des entreprises de l’UE afin de les affranchir de Pékin. Cet instrument a été évoqué pour la première fois par Šefčovič le mois dernier.
« Le dialogue seul ne suffit pas […] La réduction de certaines dépendances ne se fera pas par le dialogue. Elle passera par des politiques structurelles impliquant également un certain degré d’intervention de l’État dans l’économie. »
(ow)