L’UE échoue à trouver un consensus sur la situation au Kosovo

Les ministres des Affaires étrangères des 27 États membres ne sont pas parvenus à une position commune sur la récente proclamation d’indépendance du Kosovo. L’Espagne a clairement dénoncé cette décision, craignant qu’elle ne crée un précédent dangereux pour les régions séparatistes dans son propre pays.

Les ministres des Affaires étrangères des 27 États membres ne sont pas parvenus à une position commune sur la récente proclamation d’indépendance du Kosovo. L’Espagne a clairement dénoncé cette décision, craignant qu’elle ne crée un précédent dangereux pour les régions séparatistes dans son propre pays.

Prochaines étapes :

  • 20 fév. 2008 : le Parlement européen doit discuter la question du Kosovo en session plénière. 
  • Juin 2008 : la mission EU-LEX devrait devenir pleinement opérationnelle.  

Après des années marquées par l’échec des discussions aux Nations unies sur le futur statut du territoire du Kosovo à majorité albanaise, la province a annoncé son indépendance par rapport à la Serbie, le 17 février dernier.

Comme prévu, les quatre plus grands pays de l’UE – l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie – ont reconnu, le 18 février, l’État ethnique albanais, la sixième région issue de la désintégration de l’ex-Yougoslavie. Parallèlement, Washington a officiellement reconnu  le Kosovo.

L’Espagne est le pays le plus fermement opposé à une reconnaissance commune européenne du Kosovo. Madrid considère en effet que cette approche risque de créer un dangereux précédent qui pourrait être utilisé par d’autres minorités ethniques en Europe, notamment dans les régions espagnoles du Pays basque, de la Catalogne et de la Galice.

Les 27 ont donc opté pour une formulation très diplomatique lors du Conseil Affaires étrangères du lundi 18 février. Dans leurs conclusions, les États membres stipulent que chaque pays décidera, conformément aux pratiques nationales et au droit international, l’orientation de ses relations avec le Kosovo. A la demande de l’Espagne, la formulation du compromis final ne fait aucune mention des termes « indépendance » et « reconnaissance ».
Selon un diplomate bruxellois, la formulation souhaitée par l’Espagne cible davantage le public national en Espagne que les Espagnols à Bruxelles.

Chypre, la Grèce, la Roumanie, la Slovaquie et la Bulgarie ont emboité le pas de l’Espagne, comme ils l’avaient annoncé avant la réunion des ministres des Affaires étrangères. Tous ont déclaré être opposés à la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo.

La majorité des États membres européens est néanmoins favorable à l’indépendance de la province et, dans les prochaines semaines, au moins 15 d’entre eux devraient officiellement reconnaître le nouvel État.

Pour faciliter le processus de reconnaissance, les ministres des Affaires étrangères ont accepté de définir le Kosovo comme un cas sui generis, qui ne remet pas en question les principes de l’intégralité territoriale reconnus par l’UE et ne crée donc pas de précédent.

Cette position commune, permise par le fait que le Kosovo est actuellement sous tutelle de l’ONU, a permis au ministre slovène des Affaires étrangères Dimitrij Rupel, dont le pays assure actuellement la présidence de l’UE, de déclarer que l’Union européenne a de nouveau réussi le test de l’unité.

Parallèlement, la Serbie a montré son refus de reconnaitre l’indépendance du Kosovo en ordonnant le retrait de ses ambassadeurs en France, en Turquie et aux États-Unis.

Positions :

Selon le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, les principes de la position espagnole sur une éventuelle reconnaissance du Kosovo sont clairs : l’Espagne ne reconnaît pas cette décision unilatérale. 

Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères, a déclaré que le Conseil de l’UE avait obtenu une victoire pour tous. « Je voudrais adresser ce mot d’espoir aux Serbes : cela n’est pas leur défaite. C’est au contraire la possibilité pour eux […] de s’approcher de l’Union européenne, d’y venir quand ils le souhaiteront, s’ils remplissent les conditions requises bien entendu ». 

Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, a été très clair, affirmant après la réunion que le Royaume-Uni allait reconnaître le Kosovo, l’idée étant de le faire le soir même. Frank-Walter Steinmeier, le ministre allemand des Affaires étrangères, a également été sans équivoque, annonçant que l’Allemagne allait bientôt reconnaître le Kosovo. Le ministre italien provisoire des Affaires étrangères, Massimo D’Alema, a précisé que l’Italie reconnaîtrait le Kosovo mercredi. 

Le commissaire à l’Elargissement Olli Rehn a affirmé que la situation actuelle était difficile pour les Serbes, mais il espère que les citoyens regarderont vers l’avenir. Il a rappelé que les conditions étaient réunies pour signer un accord de transition avec Belgrade sur son chemin vers l’adhésion à l’Union. 

Le président du Parlement européen, Hans-Gert Poettering a souligné que l’indépendance du Kosovo était la volonté des citoyens. 

Suite à la proclamation d’indépendance hier, l’OTAN a réaffirmé dans un communiqué de presse  publié hier que la KFOR devait rester au Kosovo sur la base de la résolution UNSCR 1244, comme convenu par les ministres des Affaires étrangères en décembre 2007, à moins que le Conseil de sécurité de l’ONU n’en décide autrement. 

Le groupe de centre-droit PPE-DE, le plus grand groupe politique au Parlement européen, a appelé le Kosovo à faire preuve de responsabilité, ajoutant qu’une attention spéciale devait être portée au respect des droits des minorités.

De leur côté les Serbes ont vivement réagi à la déclaration de reconnaissance formulée par la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, devant l’ONU, en indiquant que cette déclaration constituait une menace pour la stabilité de « l’ordre international ».