L’Union européenne absente de la crise libyenne
Le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé le principe d’une intervention militaire en Libye, qui a démarré samedi 19 mars. Mais les tâtonnements de l’Union européenne ces dernières semaines laissent perplexe sur son rôle dans la crise.
Le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé le principe d’une intervention militaire en Libye, qui a démarré samedi 19 mars. Mais les tâtonnements de l’Union européenne ces dernières semaines laissent perplexe sur son rôle dans la crise.
« J’ai honte pour l’Europe, j’ai honte pour nos organisations internationales. On a été infoutu d’être au rendez-vous d’un peuple martyrisé et qui le sera plus encore par l’incapacité des puissants de ce monde à se mettre d’accord », a déclaré la secrétaire générale du Parti socialiste, Martine Aubry, le 17 mars.
Il faut dire que si le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé une résolution sur l’intervention militaire en Libye, l’Union européenne n’y est pas pour grand chose.
En Europe, les principaux partisans d’une zone d’exclusion aérienne et de frappes ciblées sur les forces armées de Kadhafi étaient la France et la Grande-Bretagne. Mais leur volontarisme n’a pas suffit à convaincre leurs partenaires lors du sommet spécial sur la libye, convoqué le 11 mars dernier, à Bruxelles.
« Nous pouvons être satisfaits », s’est pourtant félicité Catherine Ashton vendredi 18 mars, lors d’une conférence de presse à la suite du vote de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. L’UE a pris « des sanctions très dures » à l’égard de la Libye, a-t-elle précisé. « Regardez les conclusions du Sommet, les positions des États membres, et ce que nous arrivons [à faire] au niveau de l’Union européenne », a-t-elle défendu.
« Ce que nous pouvons faire, c’est renforcer les sanctions économiques et intensifier le soutien humanitaire à la population libyenne », a-t-elle ajouté.
Aide humanitaire et sanctions
Néanmoins, l’Union européenne ne dispose d’aucun moyen militaire pour agir en tant que telle. Seuls les États membres peuvent mettre en oeuvre une zone d’exclusion aérienne et des attaques ciblées contre l’armée du dictateur libyen.
Sur le plan humanitaire, des experts de la Commission européenne ont été dépêchés au début du mois de mars dans l’Est du pays ainsi qu’aux frontières avec la Tunisie et l’Egypte pour fournir une estimation de l’aide nécessaire. La Commission a consacré 30 millions d’euros à l’aide humanitaire pour la Libye et ses voisins. Cette somme est destinée à l’aide alimentaire et médicale, ainsi qu’à l’hébergement des réfugiés. Bientôt, l’UE pourrait également mener une opération militaire à des fins humanitaires.
En ce qui concerne les sanctions économiques, un embargo sur les armes et le commerce de tout matériel pouvant servir à la répression du peuple libyen a été appliqué le 28 février. Les accords de coopération en négociation entre l’UE et la Libye sont suspendus depuis le 22 février. L’UE a enfin frappé Mouammar Kadhafi et les hauts dirigeants du régime d’une interdiction de visa et d’un gel de leurs avoirs en Europe.
L’option militaire
Bien que son champ d’action soit limité, l’Union européenne, sous l’impulsion de sa Haute représentante pour les affaires extérieures, aurait pu en faire beaucoup plus.
Catherine Ashton est pour partie responsable car « elle n’a donné aucune impulsion politique aux options militaires qui lui ont été présentées », estime Nicolas Gros-Verheyde, journaliste expert de l’Europe de la défense sur son blog. Selon lui, l’action de Mme Ashton s’explique par la vision tranchée qu’à la haute représentante des rôles de l’OTAN et de l’UE.
Pour la Haute représentante, « il y a différents acteurs qui jouent différents rôles. Le rôle de l’OTAN est clair. Le nôtre également. C’est de faire du soutien humanitaire, avec des moyens militaires. (Et) c’est important de bien le faire ».
« Nous sommes ici dans une relecture du rôle de l’UE qui ne correspond ni au texte ni à l’esprit du Traité de Lisbonne. Même si elle encore très parcellaire, l’Europe de la Défense dispose de certains outils qui auraient pu être utilisés durant la crise libyenne et ont ainsi été laissés en jachère. On sait maintenant que ce n’est pas par hasard mais sciemment », commente Nicolas Gros-Verheyde.
« L’Europe absente »
Piotr Maceij Kaczynski, chercheur au Centre for European Policy Studies à Bruxelles, est également critique à l’égard du manque d’initiative de Catherine Asthon dans l’affaire libyenne. « L’Europe a été complètement absente dans cette crise », estime-t-il. « Les États membres ne sont pas parvenus à se mettre d’accord en amont sur la question de la zone d’exclusion aérienne, et Catherine Ashton, qui assiste aux réunions du Conseil européen, ne leur a fait aucune proposition », renchérit-il.
« En revanche, les Britanniques et les Français ont eu un rôle véritablement pro-actif dans la gestion de la crise. »
C’est d’ailleurs la France qui accueillera un sommet réunissant l’Union européenne, la Ligue arabe et l’Union africaine, samedi 19 mars, à l’Elysée. Le président français, Nicolas Sarkozy, devrait pouvoir compter sur la présence de son homologue allemande, Angela Merkel, du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki Moon, et de Catherine Ashton.
Le 21 mars, les ministres européens des Affaires étrangères s’accorderont sur les sanctions économiques à adopter contre le régime de Kadhafi.