La classe politique française cherche à tirer les leçons du scrutin allemand [FR]
Le rejet, par les électeurs allemands, du programme économique ultra-libéral proposé par la CDU d'Angela Merkel, constitue un enseignement important pour les responsables politiques français dans la perspective des élections présidentielles de 2007.
Le rejet, par les électeurs allemands, du programme économique ultra-libéral proposé par la CDU d’Angela Merkel, constitue un enseignement important pour les responsables politiques français dans la perspective des élections présidentielles de 2007.
Alors que l’Allemagne demeure toujours en proie à l’incertitude la plus totale sur son avenir politique, cinq jours après les élections législatives du 18 septembre, ses voisins européens s’efforcent de saisir la signification profonde d’un vote largement interprété comme le signe d’un rejet par l’électorat des réformes économiques les plus radicales.
La France, déjà tournée vers le scrutin présidentiel de 2007, suit avec un intérêt tout particulier les derniers développements intervenus sur la scène politique allemande. L’échec relatif d’Angela Merkel, qui avait fait campagne sur un programme prévoyant la refonte en profondeur du modèle allemand d’Etat-providence, est en effet de nature à susciter l’inquiétude du ministre de l’intérieur et président de l’UMP (centre-droit), Nicolas Sarkozy : ce dernier, qui invoquait jusqu’à présent le « désir de changement » de ses compatriotes pour légitimer un positionnement franchement libéral dans la perspective des présidentielles de 2007, pourrait ainsi se voir contraint de modérer ses ardeurs réformistes. A défaut, il risquerait se voir supplanté par un autre candidat issu de son propre camp, l’actuel premier ministre Dominique de Villepin, dont la prudence dans le domaine socio-économique pourrait s’avérer payante auprès d’un électorat rebuté par la perspective de bouleversements trop brutaux.
Dominique Reynié, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris, fait sienne une telle analyse en estimant que Nicolas Sarkozy devra se garder de reproduire les erreurs commises par Angela Merkel, laquelle a, selon lui, eu le tort « de rajouter des inquiétudes à celles que nourrissaient déjà les électeurs [allemands] ».
Pour la gauche française, et notamment son aile la plus « progressiste » sur le plan socio-économique, le retour en force de Schröder confirme que seul un réformisme « à visage humain » est de nature à rallier une majorité d’électeurs. Selon Dominique Strauss-Kahn, candidat potentiel du parti socialiste à la présidentielle, « c’est avant tout l’ultra-libéralisme qui a perdu [en Allemagne] ».