La Cour des comptes critique le soutien de l’UE à l’Égypte

La Cour des comptes européenne a vivement critiqué l’aide au développement versée à l’Égypte en disant que « la méthode douce » de l’Union n’avait pas fonctionné et a demandé de mieux dépenser l’argent des contribuables.

EURACTIV.com
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La Cour des comptes européenne a vivement critiqué l’aide au développement versée à l’Égypte en disant que « la méthode douce » de l’Union n’avait pas fonctionné et a demandé de mieux dépenser l’argent des contribuables.

 



« La Commission et le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) ne se sont pas assurés que les autorités égyptiennes remédient aux graves faiblesses en matière de GFP [gestion des finances publiques] », a indiqué la Cour des comptes européenne (CCE) dans un communiqué.

L’audit a été centré sur la GFP et la lutte contre la corruption d’une part, et sur les droits de l’Homme et la démocratie d’autre part.

« Le manque de transparence du budget, l'inefficacité de la fonction d’audit et la corruption endémique démontrent ces graves faiblesses. La Commission et le SEAE n'ont pas réagi à l’absence de progrès en prenant des mesures décisives afin de garantir l’obligation de rendre compte des importants volumes de fonds de l'UE qui ont continué d’être versés directement aux autorités égyptiennes », peut-on lire dans le communiqué.

Le rapport de 60 pages critique le manque de progrès des interventions de l'UE en Égypte dans le domaine des droits de l'Homme et de la démocratie.

« Le principal programme en matière de droits de l’Homme a, dans une large mesure, été un échec », indique la Cour. « Il a débuté lentement et a pâti de l’attitude négative des autorités égyptiennes. La Commission et le SEAE n’ont pas employé les moyens financiers et politiques dont ils disposaient pour briser cette résistance.

« Certains éléments du programme ont dû être totalement abandonnés. Les fonds acheminés par l’intermédiaire des organisations de la société civile (OSC) n'étaient pas suffisants pour faire une différence perceptible », précise la Cour.

La méthode douce

Le 4 juin, les tribunaux égyptiens ont condamné 43 employés d'ONG, dont 16 Américains, à cinq ans de prison car ils auraient utilisé des fonds étrangers afin de fragiliser le régime. Un projet de loi présenté par le cabinet du président Mohamed Morsi il y a deux semaines prévoit en outre des « comités de direction » afin de contrôler les activités des OSC. Des fonctionnaires occidentaux ont déploré les condamnations et critiqué le projet de loi, mais M. Morsi a précisé qu'il ne ferait pas marche arrière.

« La méthode douce n'a pas fonctionné. Il est temps d'adopter une approche plus ciblée qui produira des résultats concluants et garantira une meilleure utilisation de l'argent du contribuable européen », a déclaré Karel Pinxten, l'auteur du rapport de la CCE.

Au Parlement européen, le chef de file des libéraux, Guy Verhofstadt, a réagi à ce rapport en demandant un « changement radical » dans la gestion de l'aide financière européenne à l'Égypte.

« Ce que nous répétons depuis longtemps est maintenant prouvé par ce rapport. L'UE doit conditionner son soutien à l'Égypte. Or elle n'a suspendu son aide financière ni quand Morsi s'est doté des pleins pouvoirs en en novembre 2012, ni lorsque 43 employés d'ONG ont été condamnés à la prison », a-t-il déclaré.

« Cette inaction ridiculise la politique européenne des droits de l'Homme », a-t-il ajouté.

L'eurodéputé belge a vivement critiqué « le manque fondamental de stratégie [de la Commission européenne] envers les pays voisins du Sud ».

« Si on veut répondre aux demandes citoyennes pour davantage de "valeurs européennes" telles que les droits de l'Homme, la liberté et la dignité, nous devons changer les programmes de voisinage en place avant le printemps arabe quand ces pays étaient sous dictatures. Si nous n'agissons pas, alors ne nous étonnons pas que la jeunesse arabe soit profondément déçue par l'Europe et s'en désintéresse », a-t-il affirmé.

Il a ajouté que le Parlement demanderait à la Commission d'expliquer les conclusions du rapport et en particulier à la haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères, Catherine Ashton, et au commissaire en charge de la politique européenne de voisinage, Štefan Füle.

« C'est pourquoi je demande un débat d'urgence en plénière sur cette question », a-t-il conclu.