La désescalade avec la Russie serait possible « demain », selon une source européenne de l’OTAN
Les Américains « souhaitent vraiment » une désescalade immédiate avec la Russie, mais le dialogue n’est pas possible si des milliers de troupes russes se trouvent à la frontière ukrainienne.
Les Américains « souhaitent vraiment » une désescalade immédiate avec la Russie, mais le dialogue n’est pas possible si des milliers de troupes russes se trouvent à la frontière ukrainienne, a expliqué à EURACTIV une source haut placée de l’OTAN représentant un État membre de l’Union européenne à Bruxelles.
Le fonctionnaire, qui s’est exprimé sous le couvert de l’anonymat, a ajouté que, compte tenu de la situation tendue, un accident est possible à tout moment, même si l’Occident doit se fier au discours de Moscou, qui prétend ne pas planifier d’invasion.
« Croyez-moi, les Américains souhaitent vraiment une désescalade immédiate avec la Russie », a déclaré la source, ajoutant que l’OTAN sait que la menace directe est la Russie, mais qu’elle est également consciente que le danger, dans un contexte « plus large », est la Chine, qui observe désormais confortablement « cette lutte entre deux puissants mastodontes ».
« Pékin n’a pas menacé l’Occident sur le plan stratégique ou militaire, mais il faut anticiper l’avenir, et la Chine ne se développe pas uniquement sur le plan commercial », a déclaré la source.
Interrogé sur la crise ukrainienne et les prochaines actions de Moscou, il a déclaré que seul le Président russe Vladimir Poutine sait ce qui va se passer, tandis que même les dirigeants du Kremlin n’en ont aucune idée.
« Finalement, avec beaucoup de patience, des hauts et des bas et beaucoup de temps, nous finirons par nous calmer à un moment donné, mais nous ne pouvons toutefois pas exclure un accident […] », a indiqué la source.
Dans le même temps, le fonctionnaire a ajouté qu’il serait peut-être bon que l’Occident « tire aussi un peu l’oreille de l’Ukraine » car, à Kiev, certains se livrent à des provocations inutiles.
« Il y a aussi des problèmes en Ukraine, notamment pour savoir qui est au pouvoir, qui a la mainmise sur l’armée… »
Pas d’invasion à prévoir
À propos de la Russie, la source de l’OTAN a estimé qu’elle ne prévoit pas d’invasion de l’Ukraine.
« Pour envahir un pays aussi grand et possédant de telles forces militaires [comme l’Ukraine], il faudrait des capacités militaires autres que celles qui ont été déployées pour le moment », a expliqué le fonctionnaire.
Il a souligné que l’OTAN n’a ni l’obligation ni le droit d’intervenir militairement en Ukraine, car ce pays n’est pas membre de l’Alliance, mais les choses seraient très différentes si un pays de l’OTAN était attaqué.
« Si la Russie commettait l’erreur d’attaquer un État membre de l’OTAN, nous assisterions alors au début d’une troisième guerre mondiale. »
Malgré tout, la source a ajouté que l’Ukraine est un « partenaire de l’OTAN aux perspectives croissantes », ce qui signifie que l’alliance a certaines obligations morales, lesquelles pourraient entraîner l’imposition de sanctions importantes contre Moscou.
Les revendications « inacceptables » et « raisonnables » de la Russie
La source de l’OTAN a expliqué qu’il fallait mettre en place un ensemble de garanties afin que les deux parties ne se sentent pas menacées. Certaines questions soulevées par la Russie pourraient être discutées par l’Alliance, alors que d’autres sont complètement hors de la table et M. Poutine le sait déjà, a ajouté le responsable.
« Il est impossible de négocier sur la demande de la Russie de ne pas faire adhérer l’Ukraine et la Géorgie à l’OTAN. La Russie ne nous dira pas non plus si nous devons retirer les forces de l’OTAN de la Bulgarie et de la Roumanie. »
La source a insisté sur le fait que les questions qui peuvent être discutées relèvent du dialogue stratégique entre les États-Unis et la Russie, du Conseil OTAN-Russie et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, où la Russie peut compter sur des alliés tels que l’Ouzbékistan, le Kazakhstan et la Biélorussie.
Dans le même temps, les conditions indispensables à ce dialogue sont que « les milliers de Russes qui se trouvent aux frontières de l’Ukraine doivent partir ».
Interrogé sur la raison de l’existence de deux propositions distinctes de la part de l’OTAN et de Washington, la source a répondu :
« Les Américains discuteront des armements mondiaux, du nucléaire […] ils ne peuvent pas parler au nom de l’Europe pour des mesures destinées à renforcer la confiance, comme le fait de ne pas mener d’exercices militaires à grande échelle près de la frontière. »
Suggérant un possible compromis entre les points de friction des deux parties, la source de l’OTAN a cité l’exemple du système de défense antimissile Aegis en Pologne et en Roumanie, dont Moscou craint qu’il puisse être équipé d’ogives nucléaires, ainsi que le système de missiles russes Iskander de Kaliningrad, qui a une portée de 5 000 à 6 000 km et peut atteindre des cibles jusqu’à Paris.
Il a également suggéré d’autres progrès possibles.
« Par exemple, décider quand et si on survole la mer Baltique pour qu’il n’y ait pas de risque d’accident […] Les exercices de grands groupes d’armées ne doivent pas être effectués à proximité des frontières mais à des distances spécifiques, par exemple 500 km. »
« Il existe des solutions pour faire baisser la tension dès demain », a déclaré la source, ajoutant que Moscou était également favorable à la mise en place d’une « ligne directe politique » pour la communication entre Poutine et le chef de l’OTAN, Jens Stoltenberg.
« Il devrait également y avoir des contacts et des structures plus verticales, pour laisser les commandants parler », a ajouté la source.
L’administration de Joe Biden tient l’Europe informée
La source de l’OTAN a également expliqué que, contrairement à la précédente administration américaine dirigée par Donald Trump, celle de Joe Biden informe constamment les Européens de ses démarches, « pas à l’avance » mais à tous les niveaux, y compris celui des ambassadeurs.
« Cela crée un climat d’unité et Bruxelles et Washington convergent dans un climat de sécurité. »
Interrogée sur la décision de certains États baltes d’envoyer des armes en Ukraine, la source a déclaré que cette décision n’avait pas été autorisée par l’OTAN et qu’elle avait très probablement reçu le feu vert des Américains.
Enfin, la source a indiqué que les Hongrois sont « très préoccupés » par la question de leur minorité en Ukraine, mais elle a prévenu que l’atmosphère est si intense et l’ampleur de cette crise était si grande que Budapest ne pouvait rien faire pour empêcher toute initiative de l’OTAN.