La dispute sur un oléoduc révèle la faille entre UE et Afrique sur les combustibles fossiles

Un désaccord sur un projet d’extraction de gaz en Afrique de l’Est a mis en évidence le fossé qui sépare l’UE et les dirigeants africains à l’approche du sommet sur le changement climatique qui se tiendra en Égypte en novembre.

Euractiv.com
Signing ceremony of the Host Goverment Agreement (HGA) regarding the East African Crude Oil Pipeline (EACOP)
Le président ougandais Yoweri Museveni (à gauche) et le président tanzanien Samia Suluhu Hassan (à droite) assistent à une cérémonie de signature de l'accord du gouvernement hôte (HGA) concernant l'oléoduc de pétrole brut d'Afrique de l'Est (EACOP) à Dar Es Salaam, en Tanzanie, le 20 mai 2021. [[ EPA-EFE/ANTHONY SIAME]]

Un désaccord sur un projet d’extraction de pétrole en Afrique de l’Est a mis en évidence le fossé qui sépare l’UE et les dirigeants africains à l’approche du sommet sur le changement climatique COP 27 qui se tiendra en Égypte en novembre.

Les dirigeants politiques d’Ouganda et de Tanzanie ont vivement réagi à une résolution du Parlement européen adoptée la semaine dernière, demandant « la fin des activités d’extraction dans les écosystèmes protégés et sensibles, y compris sur les rives du lac Albert », qui fait partie du projet de l’oléoduc d’Afrique de l’Est.

La résolution adoptée par les députés européens appelle également à exercer une « pression maximale » sur ce projet de 3,4 milliards de dollars, dont les promoteurs sont le géant français du pétrole et du gaz TotalEnergies et la société chinoise CNOOC International, ainsi que l’Uganda National Oil Company (UNOC) et la Tanzania Petroleum Development.

Cette demande « représente le summum du néocolonialisme et de l’impérialisme contre la souveraineté de l’Ouganda et de la Tanzanie », a rétorqué Thomas Tayebwa, vice-président de l’Assemblée nationale ougandaise.

Dissensions chez les autorités ougandaises

Le président ougandais Yoweri Museveni, quant à lui, a déclaré que l’initiative du Parlement européen était « le mauvais champ de bataille pour eux. Nous ne supportons pas l’arrogance ».

« Le projet sera donc mis en œuvre selon le calendrier prévu », avec ou sans TotalEnergies, avait-il précisé.

L’ambassadeur de Tanzanie en Belgique et à l’UE, Jestas Nyamanga, a déclaré que « la résolution était fondée sur des informations erronées concernant certains faits. Nous fournirons aux membres du Parlement les faits exacts ».

Cette querelle révèle une faille qui pourrait être d’autant plus visible lors de la conférence sur le changement climatique COP27 à Charm el-Cheikh.

Les dirigeants des pays du Sud craignent que le sommet ne soit l’occasion d’un retour en arrière sur les engagements, pris il y a longtemps par les pays riches, en matière de financement de l’adaptation et de l’atténuation, ainsi que de réduction des émissions de carbone — des mesures qui toucheront plus durement leurs pays.

Ils se plaignent également que l’UE les exhorte à ne pas augmenter l’extraction de combustibles fossiles, alors que les États membres de l’UE se démènent pour trouver des alternatives à l’approvisionnement en gaz russe.

Le maintien de la promesse de mobiliser conjointement 100 milliards de dollars par an jusqu’à 2020 pour financer l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets, faite il y a douze ans par les pays riches, a été sans cesse repoussé.

Le financement de l’adaptation : de l’ordre de la solidarité mondiale

Lors de l’Assemblée générale des Nations unies à New York la semaine dernière, le président du Sénégal et de l’Union africaine, Macky Sall, a déclaré que le financement de l’adaptation au climat devrait être accordé par solidarité mondiale « en contrepartie des efforts déployés par les pays en voie de développement pour éviter les modèles polluants qui ont plongé la planète dans l’urgence climatique actuelle ».

Par ailleurs, a ajouté M. Sall, « le continent qui pollue le moins et qui est le plus en retard dans le processus d’industrialisation devrait exploiter ses ressources disponibles ».

Les présidents du Ghana, du Kenya et du Rwanda ont transmis des messages similaires aux Nations unies, soulignant qu’ils ne devaient pas être punis pour avoir choisi d’exploiter des réserves de pétrole et de gaz inexploitées.

Toutefois, l’Union africaine a renoncé à engager explicitement le continent dans l’intensification de l’utilisation et de l’extraction des combustibles fossiles, des projets qui figuraient dans un projet de document de position.

Le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, a minimisé l’idée d’une augmentation de l’exploitation des combustibles fossiles par les États africains lors du sommet sur l’adaptation au changement climatique en Afrique, qui s’est tenu à Rotterdam début septembre et qui a attiré peu de monde.

« Sur le long terme, la grande opportunité pour l’Afrique sera d’exploiter son immense potentiel solaire et éolien, qui ira bien au-delà des besoins propres du continent, et de transformer cette énergie en hydrogène, en ammoniac ou en d’autres carburants écologiques », a déclaré M. Timmermans.