La France concrétise son plan d’action pour les métaux stratégiques
Lors d’une audition publique sur les métaux stratégiques, le ministre français de l’Industrie a présenté son plan sur l’approvisionnement en matières premières non énergétiques.
Lors d’une audition publique sur les métaux stratégiques, le ministre français de l’Industrie a présenté son plan sur l’approvisionnement en matières premières non énergétiques.
L’audition publique organisée par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a été l’occasion pour le ministre de l’Industrie, Eric Besson, de présenter son plan d’action global pour la sécurité de l’approvisionnement en métaux stratégiques. « La France et l’Europe doivent rester des terres de production et pas seulement des terres de consommation », a-t-il expliqué.
Le plan prévoit la modernisation du code minier, vieux de plus de 50 ans. Il engage aussi une réforme de l’organisation des différents services de l’État compétents pour l’activité minière afin de les décloisonner.
Comité ad-hoc
La mesure phare consiste en la création d’un Comité pour les métaux stratégiques (Comes) d’ici le 22 mars, présidé par le ministre, et rassemblant les différents services de l’État, les organismes publics du secteur minier et les représentants des industries.
Sa mission sera d’améliorer la connaissance des besoins des industriels en métaux stratégiques, d’identifier les ressources les plus critiques, de relancer la prospection minière, d’accélérer la réalisation des projets de recyclage, d’accroître les efforts de recherche et développement pour la substitution de ces métaux et de développer les coopérations internationales nécessaires.
Selon le reponsables des matières premières à la DG Entreprises et Industries de la Commission européenne, Gwenole Cozigou, « il y a des synergies possibles » entre le plan d’action français et la stratégie européenne. « La Finlande et l’Allemagne ont établi des stratégies similaires », ajoute-t-il, saluant les efforts du gouvernement français.
Défis
Lors de cette audition, les interventions des experts du secteur ont permis d’identifier les différents obstacles rencontrés par les industriels dans leur approvisionnement en métaux stratégiques.
Selon l’ancien directeur de l’Ecole nationale supérieur de géologie de Nancy, Jean-Claude Samama, « un pays qui aura sécurisé ses approvisionnements aura un temps d’avance sur les autres ». D’autant plus aujourd’hui que la demande de ces métaux ne cesse de s’accroître. Au niveau global, elle aurait augmenté de 50% entre 2007 et 2012. Cette demande provient notamment des pays émergent et s’explique par le développement des nouvelles technologies.
Comme l’a rappelé le ministre français de l’Industrie, la Chine assure l’approvisionnement de la France en métaux rares à plus de 95% mais exerce un contrôle strict sur la chaîne de production, notamment par le biais de quotas à l’exportation. Le monopole de la Chine lui permet donc de maintenir des prix élevés.
La volatilité des prix s’explique aussi par l’instabilité des pays qui possèdent les ressources minières et avec qui il est parfois difficile de négocier, comme la République démocratique du Congo, selon certains experts.
« Une politique efficace est une politique réactive, décentralisée, avec des moyens financiers élevés et facilement mobilisables. Il faut nécessairement accepter la notion de ‘risque’ », affirme Jean-Claude Samama.
Hors Europe
Lors de l’audition, Marcel Van de Voorde, professeur à l’Université technologique de Delft aux Pays-Bas, a présenté les visions américaines et japonaises des métaux stratégiques.
Depuis 2002, en raison des tensions avec la Chine et la Russie, les américains ont développé une réflexion sur les besoins en terres rares, leur utilisation dans l’industrie et leur approvisionnement. Néanmoins, « la stratégie américaine [pour assurer la sécurité des approvisionnements] reste très secrète et très difficile à évaluer », précise-t-il.
D’autre part, le Japon a une importante consommation de métaux rares mais ses relations avec la Chine ne sont pas très bonnes. Les Japonais ont donc beaucoup investi dans la recherche fondamentale pour parvenir à remplacer ces métaux par des produits de substitution, mais également dans l’éducation et le recyclage.
« Les deux pays ont très peur, la situation pourrait devenir critique dans 5, 10 ou 20 ans », conclut-il.