La France doit renforcer sa présence à l’OTAN pour rentabiliser sa contribution, selon la Cour des comptes

La France doit renforcer sa présence et sa participation aux programmes d’innovation au sein de l’OTAN pour que Paris puisse tirer profit de son adhésion et de sa contribution financière à l’alliance militaire, selon un rapport de la Cour des comptes.

Euractiv.com
French President Macron receives NATO Secretary General Stoltenberg at the Elysee
Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg (à gauche) et le président français Emmanuel Macron (à droite). [EPA-EFE/YOAN VALAT]

La France doit renforcer sa présence et sa participation aux programmes d’innovation au sein de l’OTAN pour que Paris puisse tirer profit de son adhésion et de sa contribution financière à l’alliance militaire, selon un rapport de la Cour des comptes.

« Le ministère des Armées doit faire en sorte qu’à travers les moyens humains et financiers qu’il y investit, la France soit en mesure d’assumer pleinement sa place dans l’OTAN », a déclaré Pierre Moscovici, Premier président de la Cour des comptes, dans un récent rapport.

Pourtant membre fondateur de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), Paris entretient depuis longtemps une relation compliquée avec l’alliance militaire occidentale, puisqu’elle a quitté son commandement militaire intégré – l’organe qui définit les stratégies militaires — pendant 30 ans et qu’elle a appelé par le passé à une plus grande autonomie stratégique de l’UE par rapport aux États-Unis.

La position délicate du pays au sein de l’alliance militaire occidentale, malgré l’importance de son armée et de sa contribution au budget, a atteint son paroxysme lorsque le président Emmanuel Macron a déclaré que l’OTAN était « en état de mort cérébrale » après qu’elle eut échoué à résoudre les différends entre Paris et Ankara en Méditerranée.

Paris a tout de même changé de cap après le début de la guerre en Ukraine, en augmantant sa participation aux missions sur le flanc oriental de l’organisation et en dirigeant un déploiement en Roumanie notamment.

Cependant, le rapport de la Cour des comptes avertit que la récente décision d’augmenter les contributions nationales à l’OTAN doit être un investissement stratégique et que l’influence de Paris au sein de l’OTAN est faible par rapport au poids réel du pays.

L’enjeu est double : « bénéficier du meilleur retour possible sur investissement de l’augmentation des budgets communs de l’Alliance décidée au sommet de Madrid et renforcer le positionnement de la France dans les postes clés des structures militaires et civiles de l’OTAN », précise le rapport des auditeurs.

L’augmentation du budget de l’OTAN doit être rentable

Le rapport indique que la France « doit tirer le meilleur parti » de l’augmentation du budget commun de l’OTAN décidée au sommet de Madrid en 2022 afin d’assurer une croissance annuelle de 10 % des budgets civils et militaires en raison de la guerre en Ukraine.

La contribution de Paris à l’OTAN s’élevait à 203 millions d’euros en 2022 et pourrait atteindre environ 830 millions d’euros en 2030.

La France est le quatrième plus important contributeur eu budget de l’OTAN (10,49 %) parmi les 31 Alliés, derrière les États-Unis, l’Allemagne (16,34 %) et le Royaume-Uni (11,28 %), mais l’importance de sa contribution au budget passe inaperçue, selon les auditeurs.

La perspective d’une contribution plus élevée devrait « être accompagnée par un renforcement de la présence française à tous les niveaux des structures de l’OTAN », écrivent-ils.

La France est sous-représentée à l’OTAN, tant au niveau des effectifs du siège que par rapport à la taille des ambassades des autres membres, affirment les auditeurs, une situation qu’ils jugent « insatisfaisante ».

Le personnel

« À un moment où les moyens budgétaires de l’OTAN augmentent et où la participation des armées françaises aux missions otaniennes revêt une importance accrue, il est souhaitable de faire évoluer cette situation », écrit la Cour.

En 2022, la représentation française auprès de l’OTAN comptait 63 agents, soit « un effectif largement inférieur » à celui des principaux alliés, de sorte que huit postes supplémentaires sont nécessaires. À titre de comparaison, les effectifs de l’Allemagne étaient de 120 et ceux des États-Unis de 200.

La France ne pourvoit que 75 % des 678 postes alloués dans le cadre de la répartition des effectifs de l’OTAN, ce qui est « l’un des taux les plus faibles parmi les Alliés », alors que le ministère de la Défense s’est fixé un objectif de 84 % en 2019. La Cour des comptes fait état de problèmes similaires en ce qui concerne les affectations dans la carrière militaire.

Les auditeurs soulignent toutefois que plusieurs centaines de nouvelles offres d’emploi seront ouvertes dans le domaine de la cybersécurité.

Parmi les nombreux problèmes à l’origine de la question, les « freins administratifs » et la « durée excessive du processus d’habilitation pour les civils » nuisent à tout intérêt pour les emplois.

« Il est nécessaire de réorienter la politique de gestion des talents des ministères concernés dans une logique d’influence, en levant autant que possible les freins administratifs », recommande la Cour.

En outre, la politique de compensation salariale « est parfois peu attractive pour les militaires » qui souhaitent rejoindre l’organisation ou la délégation.

La décision d’augmenter le budget de l’OTAN se traduira également par une augmentation de salaire de 7 % pour le personnel du secrétariat international en 2022, mais n’aura pas d’impact sur le personnel de la délégation.

Participer davantage à l’innovation

Pour accroître son influence au sein de l’OTAN, les auditeurs estiment que Paris devrait renforcer sa participation aux plans de l’organisation en matière de recherche sur les armes et de développement de l’innovation.

Paris devrait « participer davantage, dès la phase de conception, aux programmes d’armement et de recherche dans le cadre de l’OTAN », recommande le rapport des auditeurs.

Alors que l’industrie française de défense est l’un des principaux bénéficiaires des fonds de l’Union européenne pour la recherche et le développement dans le domaine de la défense, elle n’est pas aussi intéressée par les projets menés par l’OTAN, ce qui affecte son influence.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]