La France n’échappe pas à la montée des extrêmes
Comme dans le reste de l’Europe, lors des dernières élections, au premier tour du scrutin présidentiel, les Français ont largement plébiscité des partis opposés à la mondialisation et à l’Union européenne.
Comme dans le reste de l’Europe, lors des dernières élections, au premier tour du scrutin présidentiel, les Français ont largement plébiscité des partis opposés à la mondialisation et à l’Union européenne.
« Il y a clairement un manque de confiance dans les partis traditionalistes et c’est dangereux ». Les mots sont d’Alex Brody, le député et président du parti ouvrier socialiste luxembourgeois, en réaction aux scores du 1er tour de l’élection présidentielle française du 22 avril 2012.
En additionnant les résultats des deux grands partis situés aux extrêmes de l’échiquier politique traditionnel, à savoir le Front de Gauche (11,10%), le Front national (18,01%) et les autres formations comme Lutte ouvrière, le Nouveau parti anticapitaliste et Debout la République, plus de 32% de l’électorat français s’est tourné vers des solutions radicales et anti-systèmes.
Sortir ou désobéir
Les deux formations ont en commun de vouloir remettre en cause la mondialisation et revoir de fond en comble l’organisation de l’Union européenne, quitte à s’opposer de manière frontale aux institutions existantes. Même si leurs deux chefs sont pourtant élus à Strasbourg.
Pour Marine Le Pen, il s’agit avant tout de construire l’Europe des nations, de rapatrier tous les pouvoirs à Paris et de mettre un terme aussi bien à la libre circulation des marchandises que des personnes.
>>> Notre analyse détaillée du programme et de la vision européenne du FN : « Marine Le Pen ou l’Europe du chacun chez soi ».
Jean-Luc Mélenchon pour sa part se focalise sur la nécessité de construire une Europe sociale, qui ne serait plus soumise au dogmatisme ultra-libéral, imposé par les gouvernements « britannique et allemand » ainsi que la « technocratie bruxelloise ».
>>> Notre analyse détaillée du programme et de la vision européenne du Front de Gauche : « Mélenchon, l’Europe rouge ».
Leur argument massue pour rassurer leurs interlocuteurs sur leurs chances de succès dans une Europe à 27 est que la France est l’un des grands pays du continent et que rien ne peut se faire sans elle.
En cas d’échec de leur stratégie de transformation de l’Europe, le Front national prévoit purement et simplement de sortir de l’UE alors que le Front de Gauche propose de désobéir aux directives qui seraient contraire à son programme, ce qui revient sensiblement à la même chose.
Phénomène européen
Cette poussée de la défiance ou du rejet de la construction européenne est loin d’être une exception française.
Avec une extrême gauche à 12,85% (en additionnant les scores de Philippe Poutou, Nathalie Arthaud et Jean-Luc Mélenchon), la France renvoie à ses voisins son image traditionnelle de pays révolutionnaire. A l’inverse, la percée de Marine Le Pen n’a rien d’exceptionnelle dans l’Europe de 2012. Depuis plusieurs années, l’extrême droite émerge un peu partout, sous différentes formes, sur fond de crise économique et sociale.
Ainsi, en avril 2011, le Parti des Vrais Finlandais (anti-immigration, anti-européen) a obtenu 19% des suffrages aux élections législatives, devenant ainsi la troisième force politique de Finlande. Même chose en Hongrie, où le Jobbik, favorable à la Grande Hongrie rassemblant des territoires appartenant aujourd’hui à la Roumanie ou la Slovaquie, a récolté 16,67% des voix.
En Grèce, pays le plus touché par la crise, les élections prévues le 6 mai s’annoncent à haut risque pour les partis traditionnels. En plus de la montée de la formation Syriza (de 10,3% à 11% des voix), opposée aux recettes UE-FMI, la gauche radicale serait créditée de 10,6% supplémentaire via l’ultra-orthodoxe parti communiste, KKE, prêt à une sortie de l’euro pour obtenir un changement de politique.
A droite, la situation n’est pas meilleure. Le parti nationaliste LAOS pourrait obtenir entre 7,7 et 10% des voix. Les néo-nazis de Chryssi Avghi (Aube Dorée) feraient également leur entrée au Parlement avec 5% des suffrages. Ils proposent, entre autres, de miner la frontière greco-turque pour empêcher les clandestins de passer.
Défense de l’Europe
Le score de Marine Le Pen n’est d’ailleurs pas passé inaperçu. L’eurodéputé italien de la Ligue du Nord, Mario Borghezio a déclaré juste après l’annonce des résultats qu’ils étaient « la meilleure confirmation que des positions claires sur l’immigration, l’Europe et la mondialisation recueillent un succès croissant en Europe. C’est la victoire de ceux qui croient dans les valeurs traditionnelles, l’Europe des peuples et qui défendent bravement notre identité menacée par l’Islam ». Il espère qu’un résultat similaire sera prochainement obtenu en Italie.
Mario Borghezio est aussi connu pour ses prises de positions virulentes. En juillet 2011, au lendemain des attentats d’Oslo et d’Utoya en Norvège, il par exemple avait affirmé que certains arguments du tueur présumé étaient « bons, voire excellents ».
>>> Lire : « Selon un député européen, certains idées de Breivik sont bonnes »
Arbitre néerlandais
A la veille du 1er tour français, le gouvernement néerlandais est tombé. Après sept semaines de discussions, la coalition au pouvoir n’a pas réussi à trouver un accord sur les mesures d’austérité à prendre afin d’économiser les 16 milliards d’euros nécessaires pour atteindre les objectifs de réduction des déficits.
La chute du Premier ministre Mark Rutte a été provoquée par le départ de la table des négociations du leader populiste Geert Wilders, soutien indispensable au gouvernement. Le patron du Parti de la Liberté est opposé à l’euro, aux plans de soutiens grecs et aux « diktats de Bruxelles ». Il a déjà prévenu qu’il ferait campagne sur ces thématiques alors que les premiers sondages lui octroient seulement 19 sièges dans le futur Parlement, au lieu des 24 qu’il détient.
A l’inverse, comme le soulève le journaliste néerlandais basé à Paris, Stefan de Vries, le Socialistische Partij (situé à gauche des sociaux-démocrates) pourrait voir son score progresser. Ses idées sont proches de celle du Front de Gauche et il ne cache pas son euroscepticisme. Une configuration qui rappelle celle de l’Hexagone.