La France va créer un observatoire de la souveraineté numérique pour réduire la dépendance technologique de l'Europe

La ministre déléguée chargée de l'Intelligence artificielle et du Numérique, Anne Le Hénanff, a également évoqué les travaux en cours sur un indice de résilience numérique, dont les premiers résultats sont attendus prochainement.

EURACTIV.com
Paris : Illustration
Le bâtiment du ministère français des Finances, également connu sous le nom de Bercy, se dresse sur les rives de la Seine à Paris, le 20 novembre 2020, à Paris, en France. [Getty Images - Frédéric Soltan / Contributor]

La ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Anne Le Hénanff, a annoncé lundi de nouvelles initiatives pour réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis des fournisseurs de technologies américains et chinois.

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, la France n’a pas caché son ambition en faveur d’une plus grande souveraineté numérique européenne, tant dans le secteur public que privé. Un projet qui a provoqué le courroux du président américain, des menaces de représailles et des craintes qu’un éventuel « kill switch » sur les services cloud ne paralyse certaines parties de l’économie européenne.

Lors des premières Rencontres de la souveraineté numérique à Paris, lundi, Mme Le Hénanff a révélé la création future d’un observatoire de la souveraineté numérique, qui sera dirigé par l’ancien ministre chargé des Affaires européennes, Clément Beaune.

Elle a décrit cet organisme, chargé de cartographier la dépendance des administrations et des entreprises à l’égard des technologies non européennes, comme « une condition préalable à toute action » visant à réduire ces dépendances.

En juillet dernier, une étude d’experts a identifié cinq domaines qu’un tel organisme devrait surveiller afin de renforcer la résilience organisationnelle : collecter des statistiques sur les dépendances étrangères, développer des outils d’évaluation et des catalogues de services, cartographier les services et produits numériques alternatifs, et analyser les dépendances de la chaîne de valeur.

Récupérer l’autonomie numérique de l’Europe

Mme Le Hénanff a également évoqué les travaux en cours sur un indice de résilience numérique, dont les premiers résultats sont attendus prochainement. Cet indice mesurera les dépendances en matière de services et de produits numériques et identifiera les risques liés à la dépendance vis-à-vis des technologies étrangères.

Cela devrait aider l’UE à « retrouver son autonomie numérique », selon la Caisse des dépôts et consignations, qui dirige les travaux sur l’indice.

La dépendance de l’Europe à l’égard des technologies étrangères coûte 265 milliards d’euros par an, selon un rapport publié en 2025 par le Cigref, qui représente les grandes entreprises françaises, et qui a constaté qu’une « grande partie » des dépenses des entreprises européennes est dirigée vers les États-Unis.

L’Observatoire de la souveraineté numérique et l’indice de résilience numérique sont « complémentaires » et « essentiels » pour réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis des technologies américaines et chinoises, estime Mme Le Hénanff.

La ministre a également réitéré son appel à collaborer avec l’Allemagne pour établir une préférence européenne dans les marchés publics de services numériques.

Elle s’est également prononcée en faveur de l’élaboration d’une définition commune des « services numériques européens » dans plusieurs secteurs, notamment l’intelligence artificielle, la cybersécurité, le cloud computing et les technologies quantiques, une question qui reste controversée au niveau de l’UE.