La Grèce dénonce le « chantage » de la Turquie sur les questions transfrontalières

La Grèce n’est pas en mesure de contrôler ses frontières sans l’aide de son voisin turc, a déclaré mercredi (25 avril) au Parlement européen Michalis Chrisochoidis, le ministre socialiste grec de la protection du citoyen. M. Chrisochoidis a dénoncé le manque de solidarité de la France dans ce domaine et les tentatives de « chantage » de la Turquie.

EURACTIV.com
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La Grèce n’est pas en mesure de contrôler ses frontières sans l’aide de son voisin turc, a déclaré mercredi (25 avril) au Parlement européen Michalis Chrisochoidis, le ministre socialiste grec de la protection du citoyen. M. Chrisochoidis a dénoncé le manque de solidarité de la France dans ce domaine et les tentatives de « chantage » de la Turquie.

M. Chrisochoidis a vivement critiqué le président français, Nicolas Sarkozy, pour avoir menacé d'exclure la Grèce de l'espace Schengen de libre circulation en raison de ses difficultés à contrôler sa frontière avec la Turquie.

Face à la commission parlementaire Liberté civile, justice et affaires intérieures (LIBE), Michalis Chrisochoidis a décrit la situation de la Grèce en des termes dramatiques et accusé la France de manquer de solidarité à cause des enjeux électoraux du pays.

« Toute action unilatérale est inacceptable », a-t-il déclaré en référence à la lettre commune des ministres français et allemand de l'intérieur. Cette lettre appelle à une réforme de Schengen qui autoriserait les États membres à rétablir des contrôles aux frontières.

La Grèce n'était pas particulièrement mentionnée, mais récemment, M. Sarkozy n'a eu de cesse de qualifier la frontière gréco-turque de « passoire ». Un fonctionnaire français a même appelé à la construction d'un « mur » à la frontière afin de couper court à l'immigration illégale.

« Lorsque le Danemark a annoncé sa décision de réintroduire les contrôles à la frontière [avec l'Allemagne en 2011], tout le monde s'est insurgé, on parlait du « pire jour en Europe ». Aujourd'hui on en arrive à ces idées, et ce à cause de la montée de l'extrême droite en France », a déclaré le ministre.

Le président français, Nicolas Sarkozy, en pleine campagne électorale, a promis de faire sortir le pays de l'espace Schengen de libre circulation si les règles régissant le traité n'étaient pas modifiées pour que les décisions soient prises par les pays et non pas par « des technocrates et des tribunaux ».

Le chantage turc

Suite aux propos de M. Sarkozy, M. Chrisochoidis a expliqué qu'il était presque impossible pour la Grèce de protéger ses frontières nationales si la Turquie n'y mettait pas un peu du sien pour contrôler ses propres frontières.

« La Turquie ne surveille pas ses frontières », a-t-il déploré avant d'appeler les ministres européens de l'intérieur à adopter un accord de réadmission avec les Turcs. Il a toutefois déclaré qu'il était « dans l'intérêt de certains pays de bloquer cet accord », sans les nommer.

Les  négociations entre la Turquie et l'UE pour un accord de réadmission sont terminées, mais sa mise en oeuvre est en suspens depuis qu'Ankara réclame en échange un accord de facilitation de visas, une initiative à laquelle peu de ministres européens sont favorables.

« La Turquie a signé des accords de facilitation de visas avec l'Algérie et ouvre à présent ses frontières à la Somalie. Elle utilise l'accord de réadmission comme un moyen de pression pour un régime sans visas », a fulminé le ministre grec.

La Grèce a signé un accord bilatéral de réadmission avec la Turquie en 2002, mais M. Chrisochoidis a accusé son voisin de faire comme s'il n'en était rien. « Nous avons envoyé 101 536 candidatures de réadmissions et la Turquie n'a accueilli que 3 684 immigrants », a-t-il indiqué.

Des centres fermés pour les immigrants

M. Chrisochoidis a déclaré que la Commission européenne avait consenti à financer la construction du premier d'une série de trente centres de détention pour les immigrants clandestins en Grèce. La Commission se serait selon lui montrée « favorable » à l'idée d’acheter des bâtiments préfabriqués équipés,  de financer la rénovation de conteneurs et de couvrir les coûts d'exploitation de ce centre.

Situé à Amygdaleza, au nord-ouest d'Athènes, ce centre sera pleinement opérationnel « dans trois ou quatre jours, certainement avant les élections », a expliqué M. Chrysochoidis. Les élections anticipées en Grèce auront lieu le 6 mai prochain.