La liberté de la presse, sujet majeur de préoccupation en Grèce

Le manque de confiance, la stabilité économique et l’espionnage des journalistes sont autant de facteurs qui contribuent à mettre en péril l'indépendance et le pluralisme de la presse en Grèce, selon la présidente de la Fédération européenne des journalistes (FEJ), Maja Sever.

EURACTIV Grèce
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« Les journalistes sont confrontés à des agressions et à du harcèlement de la part de la police et des manifestants sans qu’il y ait la volonté politique d’assurer leur sécurité lorsqu’ils font des reportages », a indiqué Maja Sever. [EPA/ORESTIS PANAGIOTOU]

Le manque de confiance, la stabilité économique et l’espionnage des journalistes sont autant de facteurs qui contribuent à mettre en péril l’indépendance et le pluralisme de la presse en Grèce. C’est ce qu’a confié la présidente de la Fédération européenne des journalistes (FEJ), Maja Sever, à EURACTIV lors d’un entretien exclusif.

EURACTIV Grèce s’est entretenu avec Maja Sever, qui est également journaliste, après la conférence de Samothrace organisée par l’Union des journalistes d’Athènes. Les participants, parmi lesquels figuraient des journalistes grecs et étrangers, ont discuté des menaces qui pèsent sur la liberté de la presse en Europe et en Grèce.

« Lors de la conférence, nous avons assisté à des attaques de représentants du gouvernement contre les reporters en raison des conclusions du rapport du Media Freedom Rapid Response (MFRR), ainsi qu’à une méfiance quant à la pertinence de ce dernier », a-t-elle expliqué.

« Mais les faits restent là, comme lorsque le meurtre du journaliste spécialisé dans les affaires criminelles, Giorgos Karaivaz, a attiré l’attention de la communauté internationale sur les problèmes importants liés à la sécurité des journalistes. Les organisations de médias ont averti à plusieurs reprises que la progression de l’enquête est lente et manque de la transparence, ce qui a un effet dissuasif », a souligné Mme Sever.

M. Karaivaz, journaliste d’investigation et éminent spécialiste du crime, a été abattu par deux hommes armés devant son domicile à Athènes le 9 avril 2021. À l’époque, il enquêtait sur la guerre de la mafia qui faisait rage à Athènes. À ce jour, la justice n’a pas réussi à traduire les tueurs ou les commanditaires du meurtre en justice.

Aucune volonté politique de protéger les journalistes

« Les journalistes rencontrent également des problèmes pour rendre compte de la politique migratoire et des violations des droits de l’homme dont sont victimes les migrants. Il est devenu de plus en plus difficile pour les journalistes d’effectuer leur travail car ils sont confrontés à des obstacles, notamment la détention, la restriction de l’accès aux points chauds de la migration, la surveillance et le harcèlement », a expliqué Mme Sever.

« Les journalistes sont confrontés à des agressions et à du harcèlement de la part de la police et des manifestants sans qu’il y ait la volonté politique d’assurer leur sécurité lorsqu’ils font des reportages », a ajouté la journaliste croate.

Lors du panel de la conférence de Samothrace, le gouvernement grec était représenté par la vice-ministre des Migrations, Sofia Voultepsi. « Les arguments et les explications des représentants du gouvernement étaient des attaques et des accusations envers les journalistes. Les données parlent d’elles-mêmes », a indiqué Mme Sever.

Concernant l’utilisation de logiciels espions en Grèce, la présidente de la FEJ a déclaré que « les accusations d’espionnage et de Pegasus sont tout à fait incroyables ».

« En fin de compte, après que le scandale a éclaté, et que l’on a découvert que des journalistes étaient espionnés, le gouvernement a annoncé qu’il allait modifier le cadre juridique et corriger le système de surveillance », a également déclaré Mme Sever.

« Il est vraiment difficile pour les journalistes de travailler dans une atmosphère aussi difficile, alors que dans le même temps, la situation générale du journalisme et des médias devient de plus en plus difficile », a-t-elle ajouté, notant la « profonde méfiance » des journalistes dans le pays.

Précarité économique

Pourtant, les logiciels espions et les procès stratégiques qui limitent le débat public ne sont pas les seuls problèmes auxquels les journalistes grecs sont confrontés.

« J’ai été particulièrement choquée lorsqu’ils ont expliqué leur situation économique. Elle est si mauvaise qu’ils sont obligés d’avoir plusieurs emplois. Beaucoup ont perdu leur emploi et trouvent difficilement le temps de se battre pour la liberté du journalisme », a déclaré Mme Sever.

« Tous ces journalistes sont des travailleurs acharnés et talentueux qui, en plus de la lutte pour la survie, sont confrontés à l’hostilité évidente des responsables politiques, à un possible espionnage et à des attaques », a déclaré la journaliste croate avant d’ajouter que « beaucoup d’entre eux subissent le poids des poursuites-bâillons ».

Le rapport conclut que l’on observe dans le pays une détérioration de la liberté des médias depuis la victoire électorale en 2019 du parti conservateur Nouvelle Démocratie (Néa Dimokratía, ND), un parti « obsédé par le contrôle du message » et par la minimisation des voix critiques et dissidentes.

En 2021, la Grèce était classée à la 108e place en matière de liberté des médias selon le classement de Reporters sans frontières (RSF), selon lequel la Grèce a perdu 38 places, ce qui lui permet d’avoir la pire performance jamais enregistrée dans l’UE.

« Je crains que la situation ne s’améliore pas », a confié Mme Sever à EURACTIV Grèce.

Dans son rapport sur l’État de droit pour 2022, la Commission européenne a réitéré des préoccupations importantes et a recommandé à la Grèce d’ « adopter  des mesures législatives de protection pour améliorer la sécurité physique et l’environnement de travail des journalistes ».