La ministre belge des Affaires étrangères échappe à une motion de méfiance

Dans la soirée de jeudi, les députés belges ont adopté une motion qui a permis de clore un débat qui, pendant deux semaines, a fait trembler le gouvernement sur la question de la délivrance de visas à une délégation iranienne à l’occasion d’un sommet de maires qui a eu lieu au début du mois.

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Belgium’s foreign affairs minister Hadja Lahbib hearing about granting of visa to Iranian delegations
La motion pure et simple a été adoptée jeudi soir avec 79 voix pour, 50 contre et 4 abstentions, ce qui rend les motions de l’opposition caduques. [EPA-EFE/OLIVIER MATTHYS]

Dans la soirée de jeudi (29 juin), les députés belges ont adopté une motion pure et simple en séance plénière, ce qui a permis de clore un débat qui, pendant deux semaines, a fait trembler le gouvernement sur la question de la délivrance de visas à une délégation iranienne à l’occasion d’un sommet de maires.

Au début du mois, le Brussels Urban Summit a rassemblé les maires de plus de 300 villes du monde. La présence du maire de Téhéran, Alireza Zakani — un ultra-radical du régime iranien — et d’une délégation iranienne, invités aux frais de la Belgique, a suscité de vives réactions.

Depuis lors, la ministre libérale francophone Hadja Lahbib (Mouvement réformateur, MR/Renew Europe) est dans la tourmente, plusieurs responsables politiques appelant à sa démission.

Au parlement bruxellois, le secrétaire d’État chargé des relations internationales, Pascal Smet, dont le cabinet avait pris en charge les frais des délégations des villes iranienne et russe de Téhéran et de Kazan, a été le premier à subir le coût politique de ces invitations et a présenté sa démission.

Mme Lahbib s’est pour sa part accrochée à son poste. Elle s’est expliquée à plusieurs reprises au parlement et s’est finalement excusée pour son rôle dans l’octroi des visas, admettant qu’elle avait commis une erreur.

Sa décision concernant les visas est toutefois défendue par certains, qui affirment qu’elle a fait preuve de pragmatisme, tandis que pour d’autres, il s’agit plutôt de laxisme et d’une preuve de faiblesse.

Le gouvernement fédéral belge composé de sept partis (socialistes, libéraux et écologistes) était sur la sellette, tant l’opposition que la majorité critiquant son rôle dans et sa gestion de l’« Irangate », comme la presse belge surnomme l’affaire désormais.

Les deux plus grands partis d’opposition, la NV-A de droite et le Vlaams Belang d’extrême droite, ont décidé de déposer plusieurs motions de méfiance : deux contre Mme Lahbib et une contre le Premier ministre Alexander De Croo. Le parti libéral Open VLD (Renew) de M. De Croo a ensuite contre-attaqué avec une motion dite « pure et simple », qui avait été cosignée par le MR, parti de Mme Lahbib. La motion pure et simple permet de clore une discussion et de rendre les autres motions déposées caduques.

Finalement, au terme du vote jeudi soir, la motion pure et simple a été adoptée avec 79 voix pour, 50 contre et 4 abstentions, ce qui rend les motions de l’opposition caduques.

Cette motion a été largement soutenue par la majorité, le Parti socialiste francophone et les partis écologistes flamands (Groen) et francophones (Ecolo) ayant tout de même soutenu que, bien qu’ils aient souligné que ce vote ne voulait pas dire que Mme Lahbib avait regagné leur confiance.

Leur vote a été motivé par l’envie de ne pas déstabiliser le gouvernement et de ne pas compromettre son travail.

Ascenseur émotionnel

Les résultats du vote ne semblaient pas joués d’avance, d’autant plus qu’un nouvel élément est venu jeter de l’huile sur le feu à quelques heures du vote : jeudi matin, le quotidien flamand Het Laatste Niews a révélé que la mère de deux opposants au régime iranien résidant en Belgique et ayant participé à une manifestation en marge du sommet des maires aurait été interpellée et interrogée durant plusieurs heures par les services de sécurité du régime à Isfahan, en Iran. L’un d’entre eux avait été filmé par la délégation iranienne à Bruxelles en marge du sommet des maires.

Ahmed Laaouej, chef de groupe PS à la Chambre, avait alors réagi sur LN24 : « Des gens sont actuellement en danger en Iran à cause de ces visas. Nous demandons [à la ministre] de faire un pas de côté ».

Il a été suivi par son homologue du parti Ecolo Gilles Vanden Burre, qui a tweeté que « les décisions de la ministre Lhabib engendrent, en effet, des conséquences terribles. Cette situation politique n’est plus tenable et la ministre doit prendre ses responsabilités ».

Au vu de ces propos, certains observateurs ont émis des doutes sur la possibilité pour la ministre de s’en sortir indemne, la majorité ne semblant plus soutenir la motion pure et simple.

Finalement, les partis ont gardé la ligne annoncée avant les nouvelles révélations.

À la lumière des nouveaux éléments révélés par le quotidien flamand, une séance a été convoquée à la Chambre dans l’après-midi.

Durant celle-ci, Raoul Hedebouw, chef de file du Parti du travail de Belgique d’opposition (PTB/La Gauche européenne) a reproché à la ministre d’avoir changé de discours et d’avoir menti. « Plus personne ne vous croit ici, et pourtant vous ne démissionnez pas », a-t-il lancé, soulignant que des démissions ont eu lieu pour des faits moins importants.

Il a critiqué la majorité pour son intention de voter contre la motion de défiance, mentionnant ce qu’il qualifie de « demande de démission Canada Dry », qui a « le goût d’une demande de démission, ressemble à une demande de démission mais n’en est pas une ».

« Mettez vos ultimatums en action [lors du vote], [le PTB/PVDA] vous soutiendra. Cette ministre devra remettre sa démission, on compte sur vous », a-t-il lancé à destination des partis.

Un appel qui n’a pas été entendu, puisque les partis de la majorité ont décidé de clore la saga avec la motion pure et simple.

Le député PS Malik Ben Achour a tout de même eu des mots durs envers celle à qui il reproche de s’accrocher à son poste. « Beaucoup pensent dans ce parlement qu’il vous reste le titre [de ministre des Affaires étrangères], mais sans l’étoffe », a-t-il lancé. Et d’ajouter que si les révélations du quotidien flamand étaient confirmées, « cela voudrait dire que les visas que vous avez délivrés auraient permis à des agents iraniens de venir sur notre sol pour abattre la machine répressive sur une pauvre maman ».

Dans sa réponse aux députés, Mme Lahbib a déclaré que selon les services de sécurité belge et la police, les personnes qui avaient pris des photos de la manifestation faisaient bien partie de la délégation iranienne invitée au sommet. Elle a elle aussi souligné que la Sureté de l’État continuait son enquête, et que l’on ne pouvait pas dire avec certitude que ces faits étaient la raison de l’arrestation de la mère iranienne.

L’ambassadeur iranien aurait justifié ces photos par le fait que les auteurs de celles-ci voulaient « prouver que les manifestants n’étaient pas si nombreux », a-t-elle poursuivi, une justification insatisfaisante selon elle. Elle compte par ailleurs en discuter avec son homologue iranien.

Après la séance, le député N-VA Theo Francken a indiqué au micro de LN24 avoir fourni de nouveaux éléments liés à cette affaire qui, selon L’Écho, démontreraient un lien direct entre les vidéos de la délégation iranienne et l’interrogatoire de la mère iranienne.