La ministre danoise de l’Energie plaide pour une communauté européenne de l’énergie

A l’occasion d’un entretien accordé à EURACTIV.com, la ministre danoise de l’énergie et du changement climatique, Lykke Friis, estime que 50 ans après la naissance de la Communauté du charbon et de l’acier, l’UE a besoin d’une nouvelle politique énergétique, condition requise pour retrouver la croissance.

EURACTIV.fr

A l’occasion d’un entretien accordé à EURACTIV.com, la ministre danoise de l’énergie et du changement climatique, Lykke Friis, estime que 50 ans après la naissance de la Communauté du charbon et de l’acier, l’UE a besoin d’une nouvelle politique énergétique, condition requise pour retrouver la croissance.

« Beaucoup de négociateurs et de ministres souffraient de dépression climatique après Copenhague […] Mais aujourd’hui, je pense que nous avons dépassé cela. » Les mots sont de Lykke Friis, la ministre danoise de l’énergie et du changement climatique. Dans un entretien accordé à EURACTIV.com, elle explique qu’un certain nombre d’initiatives dans la bonne direction ont été prises.

S’exprimant sur la stratégie européenne pour conserver le leadership des négociations internationales, elle soutient la commissaire à l’action climatique, sa compatriote Connie Hedegaard, en affirmant que l’UE devrait conserver comme objet de marchandage l’option de réduire ses émissions de CO2 de 30 % d’ici 2020.
 
« La stratégie globale européenne devrait consister à inciter les autres à relever leurs prétentions. Nous ne devrions pas jouer cette carte tout de suite. Nous devrions l’utiliser une fois que nous arriverons à la fin du jeu à Cancun », insiste la ministre, concédant toutefois que cette stratégie n’avait pas fonctionné à Copenhague.
 
La ministre redit avec vigueur que si l’Europe parvient à parler d’une seule voix, elle sera capable de persuader les autres de relever leurs ambitions. « Mais nous devons respecter nos différentes promesses, notamment sur le financement rapide. Cela jouera un rôle majeur dans l’établissement d’une relation de confiance », explique-t-elle.
 
Difficultés de parvenir à un accord contraignant à Cancun
 
Mme Friis estime qu’il sera difficile de parvenir à un accord pleinement contraignant. Mais s’il n’est pas possible de se mettre d’accord sur le meilleur des scénarios, « il reste à faire en sorte que nous nous accordions à Cancun sur un certain nombre d’objectifs importants que nous pourrons ensuite utiliser pour l’Afrique du Sud en 2011 », insiste-t-elle, mentionnant la déforestation, l’adaptation et les transferts de technologie.
 
Interrogée sur la nécessité de l’UE de lier le processus de court terme à un débat de long terme sur la transformation de l’économie européenne, la ministre dit préférer dissocier ces deux débats.
 
« Pour le moment, nous sommes « en vol » en direction de Cancun et nous sommes dans le cockpit avec les Mexicains. Quand vous êtes dans les airs, ce n’est pas le moment de vérifier le moteur », affirme-t-elle.
 
Vers une politique énergétique commune
 
Commentant la volonté de l’UE de développer un plan d’action énergétique pour 2011-2012, elle explique que cette stratégie doit être considérée comme un moyen de sortir de la crise économique.
 
« Je suis convaincue que nous avons bouclé la boucle : l’UE a débuté avec l’énergie, en tant que Communauté du charbon et de l’acier, et nous voilà revenus aux fondamentaux : c’est encore la politique énergétique », déclare la ministre.
 
Elle considère le développement d’un système de super réseau comme une condition nécessaire pour transformer l’UE en une économie plus pauvre en carbone et rendre possible la naissance d’une politique énergétique européenne.
 
« Lorsque vous voyagez à travers l’Europe, ni les routes, ni les systèmes de télécommunications ne s’arrêtent aux frontières nationales. C’est pourtant le cas en général des systèmes énergétiques », fait-elle remarquer, appelant l’Europe à diversifier son bouquet énergétique en se concentrant sur l’éolien au nord et sur le solaire au sud.
 
Selon Mme Friis, les débats pour savoir si la crise entrave la transformation vers un système énergétique durable sont inopportuns.
 
« Il y a une leçon à tirer de l’exemple danois. Si vous vous transformez assez tôt, vous prenez de l’avance en termes de compétitivité », dit-elle, soulignant que 11 % des exportations danoises sont désormais constitués de technologies vertes.
 
Le pays nordique a également mis en place une commission climatique qui publiera en septembre un rapport sur la manière dont le Danemark peut devenir indépendant des énergies fossiles.
 
Lykke Friis a été interrogée par la rédactrice en chef d’EURACTIV.com Daniela Vincenti-Mitchener