La pensée européenne de François Hollande revue et augmentée

La fronde lancée par le candidat socialiste à la présidentielle sur la renégociation de l’accord scellé à Bruxelles méritait clarification. Selon lui, la croissance et la démocratie sont les parents pauvres du projet.

EURACTIV.fr
b9f2ff0239df9169c8cf98670eac12d0.jpg
b9f2ff0239df9169c8cf98670eac12d0.jpg

La fronde lancée par le candidat socialiste à la présidentielle sur la renégociation de l’accord scellé à Bruxelles méritait clarification. Selon lui, la croissance et la démocratie sont les parents pauvres du projet.

Les socialistes ont l’art de cultiver les querelles avec les traités. Après les divisions fratricides provoquées par le projet constitutionnel européen en 2005, c’est l’accord intergouvernemental attendu au printemps prochain qui met la classe politique française en branle.

Comme un chien dans le fragile jeu de quilles européen, François Hollande a bousculé la balbutiante union budgétaire : « Si je suis élu, je renégocierai [l’]accord » conclu à Bruxelles, a-t-il annoncé sur RTL, le 12 décembre.

Sans surprise, la droite a riposté : « C’est la crédibilité de la France qui est en jeu, car on ne peut pas dire aux marchés : il y a un accord européen en décembre mais on ne sait pas si en avril ou en mai il sera toujours valable », s’est inquiété François Fillon.

Pirouette

Quitte à satisfaire la demande des marchés, autant le faire pleinement. C’est par cette pirouette que Pierre Moscovici a clarifié la démarche du candidat socialiste. La croissance est « oubliée » alors que « les marchés eux-mêmes [la] réclament. Ce que les agences de notation aujourd’hui soulignent, c’est l’absence de croissance », a-t-il observé plus tard dans la journée devant la presse.

Ces préoccupations, partagées par de nombreux économistes, doivent être traitées au risque de saper les promesses de rigueur budgétaire que les dirigeants européens se sont engagés à tenir. « On pourra faire voter toutes les règles d’or dans tous les pays, s’il n’y a pas de croissance, aucun des objectifs ne sera atteint », a résumé François Hollande.

Reste à déterminer les leviers à actionner. Les socialistes assurent que l’indépendance de la Banque centrale européenne sera laissée intacte. Mais si les moyens du mécanisme européen de stabilité sont insuffisants, « que l’articulation avec BCE [n’est] pas satisfaisant » et que les interventions de l’institution de Francfort sont trop faibles, il faudra « reprendre le dossier politiquement », a admis le directeur de campagne de François Hollande.

Et le risque d’une fronde isolée ? Ecarté, selon Pierre Moscovici, pour qui il existe une convergence de vues avec le président du Conseil européen Herman Van Rompuy, « dont les positions n’ont pas été suffisamment été prises en compte », ou avec le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, fervent partisan des euro-obligations.

Référendum ?

Cette consolidation de l’Union monétaire, engageante pour les peuples, nécessiterait aussi de repenser la prise de décision. « On ne peut pas dire que la réunion régulière des chefs d’État et de gouvernement constitue un gage de démocratie ni d’efficacité », a relevé Pierre Moscovici.

La Commission européenne et les parlements nationaux devraient donc pleinement jouer leur rôle. Pas un mot, en revanche, sur le Parlement européen, qui a mis le sommet des 8 et 9 décembre à l’agenda de sa session plénière.

Défendre une démocratisation accrue fait aussi planer le spectre du référendum… L’idée, qui séduit Benoît Hamon, sème le trouble dans les rangs du PS. « Je n’en parle pas », élude Pierre Moscovici, tout en donnant sa préférence à une ratification du traité post-élection présidentielle…

Au fur et à mesure de la négociation, François Hollande « fera des propositions ». « Elles ne seront pas vagues, floues, secrètes. Elles seront précises, publiques et affirmées. » Le rendez-vous est pris.