La prochaine Commission devra s’armer de courage pour redresser l’économie européenne [FR]

Les analystes politiques à Bruxelles invitent la prochaine Commission européenne à se montrer plus audacieuse et plus stratégique que jusqu’à présent dans ses propositions de sortie de la crise, puisqu’elle devra écarter les tentations de protectionnisme économique et s’imposer face aux gouvernements et aux citoyens de l’UE, selon des experts du think tank bruxellois Bruegel, qui présentera ses recommandations dans une série de notes à paraître cette semaine.

L’essentiel des services de la Commisison sont installés dans le Berlaymont, à Bruxelles
L'essentiel des services de la Commisison sont installés dans le Berlaymont, à Bruxelles

Les analystes politiques à Bruxelles invitent la prochaine Commission européenne à se montrer plus audacieuse et plus stratégique que jusqu’à présent dans ses propositions de sortie de la crise, puisqu’elle devra écarter les tentations de protectionnisme économique et s’imposer face aux gouvernements et aux citoyens de l’UE, selon des experts du think tank bruxellois Bruegel, qui présentera ses recommandations dans une série de notes à paraître cette semaine.

Avec la pire crise économique de l’histoire de l’UE, un retour au nationalisme économique et un cynisme galopant sur le rôle des gouvernements, les enjeux pour l’exécutif européen à venir sont énormes, a mis en avant le professeur André Sapir, universitaire au think tank Bruegel et membre du groupe d’analyse des politiques économiques du président actuel de la Commission, José Manuel Barroso.

Dans une série de notes politiques adressée au prochain président de la Commission et à ses futurs commissaires, M. Sapir et d’autres enseignants de Bruegel appellent à une vraie stratégie pour préserver les réalisations passées de l’UE et prévenir un glissement croissant vers un plus grand désengagement des citoyens de l’UE vis-à-vis du projet européen.

Une stratégie audacieuse pour un renouveau économique

Au contraire des exécutifs précédents, qui pendant un quart de siècle ont été définis par des réalisations phares – le marché unique, l’euro, l’élargissement, le changement climatique et probablement le traité de Lisbonne pour la Commission Barroso – la stratégie pour les cinq prochaines années réside dans le maintien de ce qui a été déjà réalisé et la proposition d’un paquet de relance de l’économie.

A un moment où tous les chefs d’Etat et de gouvernement vont être dépassés par les problèmes internes, vous ne pouvez pas vous attendre à ce qu’ils débarquent avec des idées et des initiatives pour le bien commun, met en avant le mémo adressé au prochain président de la Commission.

Leur consensus ne devrait pas apporter des lignes directrices utiles, a ajouté M. Sapir. De l’audace sera nécessaire et elle ne devrait pas venir d’eux, complète-t-il, faisant écho aux critiques répétées d’eurodéputés clefs ayant reproché aux président Barroso d’avoir trop souvent été au service des Etats membres plutôt que d’être le gardien des traités (EURACTIV 13/05/09). 

Le paquet proposé par les universitaires inclut un programme de restauration de la durabilité des finances publiques, des modèles pour la reprise économique et l’élargissement de la zone euro, un plan pour en finir avec les actions exceptionnelles de gestion de crise et enfin, un programme européen pour la croissance et l’emploi.

D’un point de vue interne, la Commission devra prendre à bras le corps le problème des tensions économiques et sociales grandissantes entre les Etats membres. D’un point de vue externe, elle devra s’assurer que l’Europe s’affiche de manière cohérente plutôt que comme un acteur fragmenté à la fois au niveau mondial et régional dans son propre jardin, a ajouté M. Sapir.

Encourager la croissance et l’emploi, améliorer le budget européen

L’UE n’aura aucun fonds à injecter dans le nouveau programme pour la croissance et l’emploi pour la période d’après 2010 puisque les plans de relance ont asséché les finances, donc la prochaine Commission devra améliorer le budget européen, selon le mémo.

Depuis 2005, l’UE a bricolé avec l’idée d’une révision du budget, mais une d’entre elle prévue initialement pour 2009 a été repoussée jusqu’à l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne.

La nouvelle situation économique appelle de nouvelles priorités de dépenses, ont noté les analystes. Repousser ces changements jusqu’à la prochaine période de programmation en 2014 serait un signe de non flexibilité mal placée, selon eux, ce qui met en avant le besoin de proposer une révision du budget européen qui soit effective en 2011.

Revoir l’architecture institutionnelle de la Commission

Dessiner une véritable stratégie exige une autorité et un exécutif plus orienté vers les politiques que vers les procédures, explique le think tank.

Selon M. Sapir et ses collègues, le prochain président devra transformer cette institution en un acteur plus efficace, mieux équipé pour s’occuper des défis majeurs sans cesse en évolution.

En termes pratiques, le mémo de Brugel envisage la création de cinq nouveaux postes de commissaires : affaires économiques et financières, marché intérieur et affaires industrielles, changement climatique, économie de la connaissance, élargissement et politique de voisinage.

D’un point de vue économique, les analystes estiment que le précédent accord consistant à séparer les affaires économiques et financières en incluant ces dernières dans le portefeuille du marché unique a été désavantageux tant à la Commission qu’à l’UE lors de la crise.

Cela affaiblit la Commission d’un point de vue interne face aux ministres des finances et d’un point de vue externe dans les forums internationaux, note Jean-Pisani Ferry, directeur de Bruegel.

Notamment, la crise a montré les failles de l’actuel système de gouvernance européen. Au plus fort de la crise financière en octobre 2008, l’UE était capable d’agir mais seulement en dehors de son cadre institutionnel, priant la réforme de la gouvernance d’inclure une plus forte centralisation politique dans certains domaines.

D’autres suggestions incluent la réforme des procédures de recrutement des fonctionnaires afin de bénéficier de l’immense vivier de talents qui existe dans d’autres institutions nationales et internationales.

Une meilleure évaluation des mesures régulatoires et budgétaires est aussi identifiée comme essentielle pour redresser le manque d’examen a posteriori des politiques déjà en place. 

Un nouveau fil rouge pour réunir les citoyens

Critiquant la Commission sortante pour avoir échoué à démontrer la raison d’être de l’UE, les analystes soulignent le besoin de redéfinir le fil rouge de l’UE. 

L’exécutif de M. Barroso a dû faire machine arrière sur la Directive Services, dont on a montré qu’elle était incohérente sur la libéralisation financière, et a été incapable de définir en quoi consisterait un agenda social européen renouvelé, peut-on lire dans l’article. 

Les citoyens doivent savoir quelle est la raison d’être de l’UE, c’est-à-dire ce qu’elle fait et pour quoi elle le fait, a fait remarquer M. Sapir, en ajoutant que l’UE est vue comme un projet mené par une alliance entre les disciples du marché libre et les fédéralistes.

Il faut trouver un autre compromis qui permette aux citoyens de différentes origines culturelles et politiques de prendre possession et de s’identifier à l’Europe. 

Selon les chercheurs, on a repoussé à plus tard des idées comme celle de l’ancien commissaire à la Concurrence Mario Monti : un appel à un nouvel équilibre entre la libéralisation et la redistribution. 

Il faudra trouver les mots qui saisissent l’idée que vous voulez faire passer, mais surtout il vous faudra réussir à nouer un consensus entre Etats membres, le Parlement européen et la société civile, et trouver le soutien pour vos propositions, ont ajouté les chercheurs dans leur note au président.