Le problème Merz de l'UE

Également dans l'édition de lundi : un accord sur les sanctions pourrait débloquer la question de l'interdiction des visas russes

/ EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur ce lundi 21 septembre. Ici Bruno Waterfield à Bruxelles, en compagnie de Nicoletta Ionta.

À retenir :

🟢 Un Merz affaibli rivalise avec Le Pen en tant que menace pour le budget de l’UE

🟢 Un compromis sur les sanctions pourrait débloquer la question de l’interdiction des visas russes

🟢 Un accord entre les États-Unis et le Danemark sur le Groenland devrait être signé à l’ONU


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L’Europe, vue de Bruxelles


Les efforts de l’UE pour parvenir à un accord sur son prochain budget à long terme se heurtent à un problème Merz.

Presque rien n’a été convenu concernant le plan de dépenses de l’Union pour la période 2028-2034, si ce n’est un seul point de consensus : un accord doit être conclu d’ici la fin de l’année.

Jusqu’à présent, l’urgence venait principalement de la France. Les gouvernements européens souhaitaient qu’un accord soit solidement en place avant l’élection présidentielle du printemps prochain – et la perspective d’une victoire de Marine Le Pen en mai.

Mais l’attention se déplace vers l’Est alors que les capitales de l’UE voient la position politique de Friedrich Merz se détériorer dans son pays. Un nouveau week-end électoral régional désastreux pour les chrétiens-démocrates du chancelier allemand, avec une progression de l’extrême droite dans deux Länder après la défaite cuisante de la CDU en Saxe-Anhalt deux semaines plus tôt, a encore réduit sa marge de manœuvre.

Merz était déjà le principal défenseur de la rigueur budgétaire. L’Allemagne est à la tête d’un camp « frugal » composé de six pays, qui exige « plusieurs centaines de milliards d’euros » de coupes dans le plan de dépenses de 2 000 milliards d’euros proposé par la Commission européenne.

Cependant, avec de nouvelles élections régionales qui se profilent l’année prochaine et le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne qui le talonne, on craint de plus en plus à Bruxelles que Merz ne soit contraint à une position qui rendrait tout compromis politiquement impossible.

L’Allemagne est le premier contributeur net de l’UE. Alors que Merz perd du terrain et que l’AfD, parti nationaliste et eurosceptique, progresse, les diplomates craignent qu’il ne soit plus en mesure de revenir sur ses exigences visant à réduire les versements de Berlin aux caisses de l’Union.

« Il est désormais acculé par la montée de l’extrême droite », a déclaré un diplomate à Euractiv, faisant écho aux inquiétudes qui se répandent dans les capitales de l’UE.

« L’économie allemande stagne depuis 2023, tandis que Merz a adopté des positions intransigeantes, allant jusqu’à des réductions de 20 % par rapport aux propositions initiales de la Commission », a ajouté le diplomate.

Merz a tenu des discussions d’urgence avec des membres de sa CDU hier soir, alors que les résultats préliminaires du parti en Mecklembourg-Poméranie occidentale le plaçaient à 4,9 %, soit en dessous du seuil d’entrée au parlement régional et son pire résultat jamais enregistré lors d’une élection régionale. La CDU a également été reléguée à la deuxième place à Berlin.

« C’est un désastre », a déclaré Merz à l’annonce des résultats dimanche soir.

Jeudi, il devrait rencontrer les ministres-présidents des Länder allemands pour discuter « du budget européen afin qu’il continue de répondre aux exigences que nous avons pour l’avenir ».

Rares sont ceux qui s’attendent à ce que cette réunion aboutisse à un revirement de situation – ou à un assouplissement du nein de Merz quant à l’idée d’imposer des contributions européennes plus élevées aux contribuables allemands.

Pas de capitulation pour Merz

Après une défaite cuisante aux urnes – les chrétiens-démocrates ont perdu environ 10 points de pourcentage à Berlin, 8 en Mecklembourg-Poméranie occidentale et 20 en Saxe-Anhalt en l’espace de deux semaines –, Merz a fait une déclaration dimanche soir, une démarche inhabituelle après des élections régionales, dans laquelle il a indiqué que l’année électorale 2026 en Allemagne est terminée.

Ce qu’il propose désormais à son parti semble être la même rengaine : poursuivre les réformes, quelles qu’en soient les conséquences politiques.

« Les réformes doivent venir » a déclaré Merz lors de son allocution télévisée, au lendemain d’élections où l’AfD (extrême droite) et Die Linke (extrême gauche) ont réalisé les plus grands gains, tandis que les partis opposés à certains éléments de son programme de réformes ont renforcé leur position. Ces réformes, a-t-il affirmé, constituent « l’antidote au poison autoritaire qui […] s’infiltre toujours plus profondément dans notre société ».

« Nous assumons cette responsabilité. J’assume cette responsabilité parce que je veux faire avancer notre pays », a-t-il ajouté.

Merz, le chancelier allemand le moins populaire depuis près de 30 ans d’existence du sondage ARD DeutschlandTrend, très suivi, est apparu de plus en plus vulnérable ces dernières semaines. Il a jusqu’à présent repoussé toute contestation immédiate de son leadership.

« Ce qu’il faut faire maintenant exige de la fermeté, de la constance et de la patience. Je m’y emploierai en tant que président de la CDU et, surtout, en tant que chancelier de notre pays. »

Un compromis sur les sanctions ?

Des rumeurs faisant état d’un éventuel compromis circulent alors que les ambassadeurs de l’UE entament aujourd’hui des négociations sur le renouvellement des sanctions visant quelque 3 000 personnes et entités liées à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

La France joue un rôle clé : aux côtés de la Slovaquie, elle fait pression pour assouplir les sanctions à l’encontre d’Alicher Ousmanov, l’oligarque russo-ouzbèk. Cette initiative s’inscrit dans le cadre des efforts visant à obtenir la libération de deux ressortissants français détenus en Azerbaïdjan, par le biais d’un échange de prisonniers entouré de secret.

Les querelles autour de l’inscription d’Ousmanov sur la liste des personnes sanctionnées, qui remonte à 2022, ont déjà contraint à prolonger d’urgence les sanctions d’une semaine. Cette prolongation expire mardi, ce qui accentue la pression sur les capitales pour qu’elles parviennent à un accord.

Les négociations se sont à nouveau enlisées vendredi après que des propositions de compromis visant à assouplir les restrictions imposées à Ousmanov – notamment une interdiction de voyager et un gel des avoirs – n’ont pas réussi à rallier suffisamment de soutiens, dans un contexte de colère suscitée par le fait que la France utilise les sanctions de l’UE pour poursuivre un objectif de politique étrangère nationale.

Les pays du flanc oriental de l’Union craignent également qu’un assouplissement des mesures n’envoie un mauvais signal à la Russie. Au cours du week-end, cependant, une piste de compromis a émergé : renforcer les restrictions de l’UE en matière de visas pour les ressortissants russes en échange d’un assouplissement des restrictions visant Ousmanov.

En juillet, la France et l’Italie – qui comptent parmi les pays délivrant le plus de visas touristiques aux ressortissants russes – ont de fait bloqué une interdiction de visa de l’UE visant les Russes ayant combattu en Ukraine.

Les diplomates des pays du flanc oriental estiment que le différend concernant Usmanov pourrait désormais leur donner le levier nécessaire pour rallier la France à un durcissement des mesures en matière de visas, qui a pris de l’ampleur depuis le complot d’attentat à la bombe par drone à l’aéroport de Leipzig/Halle.

Des lignes directrices pour un budget qui n’existe pas

Malgré l’opposition au sein du Parlement européen à l’intégration de la Politique agricole commune (PAC) dans une nouvelle structure à fonds unique dans le cadre du budget de l’UE pour la période 2028-2034, la Commission poursuit ses efforts.

Elle présentera aujourd’hui aux gouvernements nationaux une première ébauche de lignes directrices pour l’élaboration des plans de partenariat nationaux et régionaux requis pour accéder aux fonds. Ce document, consulté par mon collègue Angelo Di Mambro, sera examiné par le groupe de travail ad hoc du Conseil de l’UE chargé du budget.

Il s’agit d’un exercice quelque peu spéculatif, étant donné que le Conseil n’a encore pris aucune décision officielle concernant les plans nationaux. Mais cela revient également à reconnaître implicitement que les pays de l’UE considèrent désormais largement la nouvelle structure budgétaire comme un fait accompli, quoi qu’en pensent les députés européens.

Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :


Rond-point Schuman


« GOAL TOGETHER » : Une équipe de chauffeurs a remporté vendredi le tournoi de football interne du Parlement européen. Lors de la grande finale de ce tournoi à 7 contre 7, les INLO Strikers, menés par leur capitaine Primo Riganelli, ont battu le TRAD Union 1-0 à Luxembourg.

Les équipes étaient issues des directions générales et des groupes politiques du Parlement. L’INLO gère les infrastructures et la logistique, tandis que TRAD fournit des services de traduction. La Gauche a présenté l’équipe Bella Ciao ! Parmi les autres équipes figuraient les ECR Old Lions, KOHL of Duty, Los Spaakos et SAFE Defenders. Bruxelles a peut-être du mal à trouver une unité politique, mais elle ne semble pas manquer de jeux de mots institutionnels sur le football.


Les capitales


NUUK 🇬🇱 | COPENHAGUE 🇩🇰

Washington et Copenhague ont annoncé un accord de sécurité concernant le Groenland qui accorderait aux États-Unis un accès militaire permanent et empêcherait leurs adversaires d’établir des bases ou de réaliser des investissements sensibles sur cette île de l’Arctique. Cet accord, qui n’a pas encore été rendu public et devrait être signé lors de l’Assemblée générale des Nations unies, préserve la souveraineté danoise et l’autodétermination du Groenland, selon leurs dirigeants. Un responsable américain a déclaré qu’il permettrait également à Washington de construire des installations sans l’accord du Danemark ou du Groenland et qu’il resterait en vigueur si le Groenland devenait indépendant.

– Christina Zhao

PARIS 🇫🇷

La dette publique française devrait atteindre 119,3 % du PIB cette année, son plus haut niveau jamais enregistré depuis 1978, alors que le déficit grimpe à 5,4 %, a indiqué le ministère des Finances. La dette devrait encore augmenter pour atteindre 121,7 % en 2027, année où le gouvernement prévoit 54 milliards d’euros d’économies budgétaires. La France reste soumise à une surveillance spéciale de l’UE, son déficit étant largement supérieur à la limite de 3 % fixée par l’Union.

– Christina Zhao

SOFIA 🇧🇬

Le gouvernement bulgare a affirmé vendredi qu’une société appartenant au père de son ambassadeur aux Émirats arabes unis a détourné plus de 150 millions d’euros de fonds publics destinés à la construction de glissières de sécurité par l’intermédiaire d’une société écran. Cette société est également liée à plus de 36 vols privés, d’une valeur supérieure à 5 millions d’euros, effectués pour le compte de Delyan Peevski, chef du Mouvement pour les droits et les libertés, aligné sur le groupe CRE. Peevski a nié toute malversation. Sofia a rappelé son ambassadeur, Ivan Yordanov, et ordonné une inspection de l’ambassade.

– Konstantin Karadjov

LA HAYE 🇳🇱

La police néerlandaise a arrêté 24 personnes après qu’une manifestation d’extrême droite contre l’immigration à La Haye a dégénéré en violences ce week-end. Des manifestants ont lancé des feux d’artifice et d’autres objets sur les forces de l’ordre, tandis que des saluts nazis et des slogans antisémites ont été signalés. La police anti-émeute a déployé des canons à eau et des chiens après avoir interdit un défilé prévu. Le Premier ministre Rob Jetten a accusé les manifestants de chercher délibérément la confrontation, tandis que le ministre de la Justice David van Weel a exigé une réponse « extrêmement ferme ».

– Charles Szumski

VARSOVIE 🇵🇱

Le candidat au poste de Premier ministre du PiS, Przemysław Czarnek, a déclaré que quitter l’UE nuirait aux intérêts de la Pologne, tout en s’engageant à lutter contre ce qu’il a qualifié de politiques « absurdes » de Bruxelles. S’adressant à un congrès de jeunes à Augustów, il a affirmé que la Pologne doit rester dans l’Union mais résister aux mesures qui menacent son économie et son agriculture. Une « guerre contre Bruxelles » est nécessaire, a-t-il ajouté, mais cela ne signifie pas pour autant quitter l’UE, alors que les divisions persistent au sein de la droite polonaise.

– Charles Szumski


Editrices.teurs : Bruno Waterfield, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs : Sarantis Michalopoulos, Nikolaus J. Kurmayer , Magnus Lund Nielsen, Angelo Di Mambro, Eddy Wax

Traductrice : Clara Vassent