Bardella affirme que l'UE va augmenter le prix de l'essence de 15 centimes. A-t-il raison ?

Le député européen d'extrême droite attise un feu politique particulièrement explosif en France

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Jordan Bardella, président du Rassemblement national, parti d'extrême droite français [Rasid Necati Aslim/Anadolu via Getty Images]

Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), parti d’extrême droite français, instrumentalise la politique climatique de l’UE à l’approche des élections présidentielles du printemps prochain.

Il a fustigé les députés européens « macronistes » et de gauche pour avoir soutenu un système de tarification du carbone qui, selon lui, ajouterait 15 centimes au prix du litre d’essence ou de diesel.

« Alors que les carburants atteignent des niveaux records, ils ont voté POUR l’ETS2 », a tweeté Bardella mardi.

Il fait référence à un deuxième système d’échange de quotas d’émission de l’UE, dans le cadre duquel les fournisseurs de combustibles destinés au transport routier et au chauffage devront, à partir de 2028, acheter des quotas pour couvrir les émissions de CO₂ liées à leur combustion.

Le climat politique est particulièrement électrique en France, où les manifestations des « gilets jaunes » ont éclaté en 2018 après l’introduction par Macron d’une taxe écologique sur le diesel. Huit ans plus tard, la hausse des prix des carburants continue de susciter des tensions sociales, comme en témoignent les récentes manifestations, notamment le blocage d’un dépôt de carburant dans le sud de la France ce mois-ci.

Le prétendant au poste de Premier ministre, qui préside actuellement le groupe Patriotes pour l’Europe au Parlement européen, a exhorté les électeurs français à sanctionner les partisans de l’ETS2 lors de l’élection présidentielle de 2027.

Le vote des députés européens auquel il a réagi portait toutefois sur le plafonnement du prix du carbone, et non sur sa création.

Plusieurs députés européens d’extrême gauche ont immédiatement riposté, soulignant que le dispositif de tarification du carbone – destiné à favoriser le passage aux voitures électriques et aux pompes à chaleur – avait été adopté en 2023.

Danuše Nerudová, la députée européenne conservatrice tchèque qui a dirigé les travaux sur cette réforme, a déclaré à Euractiv par e-mail que Bardella « n’est même pas au courant des dossiers sur lesquels nous votons ».

« Une partie de l’accord que j’ai négocié en tant que rapporteure prévoit également que la Commission [européenne] doit rouvrir le débat sur le SEQE-2 dans son ensemble en procédant à son évaluation l’année prochaine, ce que le commissaire a d’ailleurs confirmé en séance plénière », a indiqué Nerudová. « M. Bardella a donc également voté contre cet aspect important. »

Vous ne suivez pas ? Voici ce qui s’est réellement passé.

Qu’a donc fait Bruxelles, déjà ?

Le nouveau prix du carbone devait initialement entrer en vigueur en 2027 et visait à encourager les ménages et les entreprises à adopter des solutions plus écologiques, telles que les voitures électriques, les transports en commun ou les pompes à chaleur électriques en remplacement des chaudières à gaz.

Il a déjà été reporté d’un an afin d’apaiser les craintes des législateurs face à une éventuelle réaction négative de l’opinion publique. Le plafonnement des prix, renforcé lors du vote de mardi, constituait la dernière mesure en date allant dans ce sens.

Le volume des nouveaux quotas mis aux enchères chaque année représente un plafond de facto pour les émissions de gaz à effet de serre dans l’UE, et sera réduit chaque année à mesure que l’Europe, selon cette logique, se décarbonise progressivement. Une fois mis aux enchères, les quotas – chacun correspondant à une tonne de CO₂ – peuvent être négociés librement, leur prix étant déterminé par l’offre et la demande.

Si le « prix du carbone » dépasse 45 € par tonne de CO₂ – ce qui correspond à environ 0,10 € par litre d’essence et 0,12 € par litre de diesel aux prix de 2020 –, un mécanisme de sauvegarde se déclenche et inonde le marché de quotas d’émission supplémentaires.

Cependant, comme l’ensemble du système est indexé sur l’inflation, l’affirmation de Bardella selon laquelle la hausse des prix pourrait atteindre 0,15 € en 2028 n’est pas irréaliste.

En quoi ses propos sont-ils trompeurs ?

Bardella s’est complètement trompé dans son analyse temporelle lorsqu’il a laissé entendre que les centristes et la Gauche – dont fait partie La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon – viennent tout juste de voter en faveur d’un nouveau prix du carbone : ce projet est en gestation depuis trois ans.

À l’époque, Bardella avait voté contre, tout comme le camp de l’extrême gauche de Mélenchon. Les libéraux du groupe Renew, dont fait partie le président français Emmanuel Macron, l’avaient soutenu, tout comme les Socialistes et Démocrates et le conservateur Parti populaire européen.

Bardella s’est également trompé sur les faits lorsqu’il a déclaré que la gauche et le centre ont voté mardi en faveur d’une augmentation du prix de l’essence. Le Parlement réagissait en réalité au risque de perdre le contrôle sur la hausse des prix induite par la politique climatique européenne, afin d’éviter d’imposer un choc soudain sur les ménages.

Il a également omis de mentionner qu’un Fonds social pour le climat (FSC) de 86,7 milliards d’euros a été créé parallèlement au SEQE-2, fournissant des ressources que les gouvernements peuvent utiliser – dès cette année – pour protéger les consommateurs vulnérables de la hausse des prix, par exemple en subventionnant les pompes à chaleur, l’isolation des logements ou les frais de transport.

Le protégé de Marine Le Pen, candidate de longue date à la présidence et figure de proue de l’extrême droite, cherche manifestement à relancer le débat sur le coût de la vie au moment même où les coûts énergétiques, qui s’envolent en grande partie en raison de la guerre en Ukraine et dans le golfe Persique, reviennent au cœur de la politique française.

(rh, bw)