Von der Leyen s'immisce dans la politique française
Jordan Bardella prend à partie Ursula von der Leyen pour ses déclarations selon lesquelles les nationalistes seraient un ennemi de l'intérieur
L’avertissement lancé par la présidente de la Commission européenne au sujet de la menace que représentent les « ultranationalistes ou anti-Européens » est tombé en pleine période d’élections présidentielles.
Ursula von der Leyen a déclaré mercredi que les ennemis de l’Europe ne sont pas tous à Moscou. Certains, a-t-elle laissé entendre, se trouvent bien plus près de chez nous.
Dans un passage frappant de son discours sur l’état de l’Union, la présidente de la Commission, censée être politiquement neutre, a mis dans le même sac les « ultranationalistes », les « anti-Européens », l’ingérence russe et la désinformation, qu’elle a accusés d’exploiter les inquiétudes sociales pour « briser notre unité européenne ».
« Ces préoccupations réelles sont utilisées comme une arme pour semer la discorde entre nous. Parfois de l’extérieur, et trop souvent de l’intérieur », a-t-elle déclaré, dans une critique à peine voilée à l’encontre des extrêmes politiques européens qui progressent dans les sondages et, depuis peu, remportent des élections clés.
Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), qui mène campagne pour faire entrer Marine Le Pen à l’Élysée l’année prochaine, a riposté en affirmant que le problème ne vient pas des nationalistes, mais de Bruxelles.
Le leader d’extrême droite a dépeint une Union européenne divisée entre ceux qui en écrivent les règles et ceux qui en paient le prix, détournant les avertissements géopolitiques de von der Leyen pour parler des prix de l’essence, des factures de chauffage et du pouvoir d’achat.
« Votre Europe », a-t-il déclaré à von der Leyen, « ne nous coûte pas seulement plus cher chaque année, elle nous protège aussi de moins en moins ».
Cet échange a ravivé une bataille politique vieille de plusieurs décennies, qui devrait s’intensifier à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, pour laquelle le RN de Le Pen exploite à nouveau le fossé perçu entre l’UE et les électeurs lambda comme argument de campagne.
Une vision de deux Europe
Alors que von der Leyen rangeait soigneusement les documents sur son bureau après son discours de 75 minutes, Bardella s’est lancé dans la description d’une Europe très différente.
Il a dépeint un continent divisé entre les « bureaucrates » qui rédigent les règles et les citoyens qui « travaillent toujours plus pour gagner toujours moins », mettant notamment en avant la tarification du carbone de l’UE et son impact sur les factures de carburant et de chauffage.
Ce message, ponctué de répliques chocs taillées pour être reprises sur les réseaux sociaux, s’inscrit dans une campagne présidentielle de plus en plus dominée par la question du pouvoir d’achat.
Ses propos ont également trouvé un écho politique familier : Nicolas Sarkozy avait remporté la présidentielle de 2007 en promettant aux Français qu’ils pourraient « travailler plus pour gagner plus » – une promesse qui se heurte aujourd’hui à la situation économique de plus en plus difficile que connaît la France.
L’extrême droite n’a pas le monopole de ce thème. La députée européenne de gauche Manon Aubry a également attaqué la Commission sur les questions du pouvoir d’achat et du libre-échange, déclarant à Ursula von der Leyen : « vous ne vivez pas sur la même planète ».
Elle a plus tard indiqué à Euractiv que cette préoccupation est loin d’être exclusivement française, laissant entendre que, malgré des solutions radicalement différentes, les opposants à von der Leyen remettent de plus en plus en cause Bruxelles sur la question du coût de la vie. Exactement comme l’avait anticipé la présidente de la Commission.
(bw, mm)