VDL ouvre la boîte de Pandore de l'adhésion
Également dans l'édition de jeudi : les dirigeants de l'UE vont débattre d'un outil de gestion de crise migratoire
Vous lisez Rapporteur ce jeudi 17 septembre. Ici Nicoletta Ionta à Bruxelles, avec Eddy Wax à Strasbourg.
À retenir :
🟢 Trump menace l’UE sur le plan commercial pour son idée d’association avec le Canada
🟢 Les dirigeants de l’UE s’apprêtent à discuter d’un projet d’outil dédié à la crise migratoire
🟢 Glucksmann critique les propos de VDL sur l’Ukraine dans son discours sur l’état de l’Union
Rond-point Schuman : des « écharpes de cérémonie » spéciales pour les députés européens
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L’Europe, vue de Bruxelles
Ursula von der Leyen avait sans doute l’intention d’offrir au Canada un nouveau moyen de se rapprocher de l’UE. Au lieu de cela, elle a ouvert une véritable boîte de Pandore sur la signification de l’adhésion – et sur les pays susceptibles d’y prétendre.
Mark Carney, le Premier ministre canadien, s’adressera aux députés européens ce matin, suite à la proposition de la présidente de la Commission européenne, qui a évoqué la possibilité de faire du Canada « le premier membre associé de l’UE » lors de son discours sur l’état de l’Union.
Cette initiative intervient à un moment difficile pour le programme d’élargissement de l’Union. Après le vote de l’Islande contre la reprise des négociations d’adhésion, et alors que l’ouverture de nouveaux volets de négociation avec l’Ukraine s’avère difficile, Bruxelles a soif d’un récit sur l’intégration plus réjouissant.
« C’est Terra Nova, c’est un territoire inexploré », a déclaré le commissaire au climat, Wopke Hoekstra, à mon collègue Robert Hodgson, qualifiant l’idée d’Ursula von der Leyen de « quasi révolutionnaire ».
Mais selon plusieurs diplomates et responsables, cette proposition risque d’ouvrir un nouveau front avec les pays candidats à l’adhésion à l’UE, qui ont passé des années à naviguer dans le processus d’adhésion complexe de l’Union.
On ne sait pas non plus très bien ce que signifierait concrètement cette adhésion en tant que membre associé, ni si cela équivaut réellement à un élargissement. Plusieurs responsables et diplomates m’ont confié ne pas bien comprendre ce que von der Leyen entendait par là, tandis que même les Canadiens eux-mêmes font preuve de prudence quant à ce terme.
Un diplomate a déclaré que la proposition semblait avoir été faite « à brûle-pourpoint », suggérant qu’elle « improvisait au fur et à mesure ». Un autre a ajouté que « personne ne sait » ce que cela signifie.
« Une nouvelle forme d’adhésion “associée” peut sonner comme un beau titre, mais en réalité, dix États membres de l’UE n’ont toujours pas ratifié l’AECG », a indiqué un deuxième diplomate, en référence à l’accord commercial entre l’UE et le Canada.
Donald Trump est intervenu dans la nuit, qualifiant cette perspective de « risible » et menaçant d’imposer des « droits de douane très lourds » à l’UE si cette initiative était considérée comme un « acte hostile ».
La nouvelle arme migratoire de Bruxelles
L’instrument de gestion de la crise migratoire de von der Leyen, qu’elle a proposé lors de son discours sur l’état de l’Union, devrait faire l’objet d’une discussion stratégique entre les dirigeants de l’UE sur la migration en octobre, a indiqué un responsable à Rapporteur. Les dirigeants devraient examiner différentes options concernant son champ d’application et sa conception.
La proposition fait suite aux arrivées massives à Ceuta et vise à doter l’UE d’un outil permettant de répondre à des flux migratoires soudains et de grande ampleur – une idée que le commissaire chargé des migrations, Magnus Brunner, défend depuis un certain temps. Brunner se rendra aujourd’hui à Madrid pour des réunions ministérielles au cours desquelles la situation à Ceuta sera notamment abordée.
Ce nouveau cadre soulève d’ores et déjà des questions quant à sa compatibilité avec les règles migratoires et les mécanismes de crise existants de l’UE, et quant à savoir s’il ne risquerait pas de s’avérer redondant. Plusieurs députés européens et diplomates ont confié à Rapporteur qu’ils cherchent encore à comprendre ce que ce nouvel instrument apporterait de plus à la boîte à outils existante de l’Union.
Exclusif : les déclarations de VDL sur l’Ukraine ne sont que « de simples symboles », selon Glucksmann
Ursula von der Leyen a fait de l’Ukraine une pièce maîtresse de son agenda politique. Mais son discours sur l’état de l’Union de cette année manquait de substance en ce qui concerne Kiev, a estimé Raphaël Glucksmann, député européen français de centre-gauche et candidat à la présidentielle, auprès d’Elisa Braun et d’Eddy d’Euractiv.
« L’Ukraine est normalement son point fort. Dans chaque discours, c’était le moment fort », a-t-il déclaré, qualifiant ses remarques de mercredi de « simples symboles ».
Glucksmann a également critiqué la multiplication des nouvelles initiatives de la Commission alors que, selon lui, « 500 ouvriers perdent leur emploi chaque jour ». Il s’est interrogé sur les raisons pour lesquelles la campagne menée l’année dernière en faveur d’une loi « Buy European » a largement disparu, alors qu’elle était destinée à contrer la concurrence industrielle chinoise.
« Nous sommes tous d’accord sur le diagnostic : la perte de souveraineté vis-à-vis de la Chine, des États-Unis et des géants de la tech, la menace d’une guerre hybride russe – ou de plus en plus pas si hybride que ça. Mais que ressort-il de ce discours ? »
Les États-Unis mettent l’UE en garde contre la campagne « Buy European »
Les États-Unis ont averti que si les règles « Buy European » du fonds de compétitivité de l’UE, doté de 400 milliards d’euros, favorisaient les fournisseurs européens, cela pourrait restreindre l’accès des entreprises de défense de l’Union aux marchés publics américains, selon un document officieux américain transmis aux députés européens et consulté par ma collègue Victoria Becker.
Ce fonds, élément clé du prochain budget à long terme de l’UE, est destiné à renforcer la puissance industrielle de l’Union. Mais Washington fait valoir que limiter la participation des pays tiers aux projets de défense et spatiaux pourrait « ralentir » l’effort de réarmement européen, et que restreindre des partenariats tels que sa « relation économique de 9 800 milliards de dollars » avec les États-Unis ne favoriserait pas une plus forte croissance européenne.
Le ministère américain de la Défense a déjà critiqué les restrictions proposées. Si ces dispositions sont maintenues dans les règles définitives du budget, Washington pourrait réexaminer les dérogations au principe « Buy American » couvrant les accords d’approvisionnement de défense avec 19 États membres de l’UE.
Le duo Costa-Metsola semble hors de danger
Le gouvernement de centre-droit portugais, dirigé par Luís Montenegro (PPE), soutient le maintien d’António Costa à la présidence du Conseil européen jusqu’en 2029, selon le magazine d’actualité portugais Expresso.
Jusqu’à présent, tous les présidents du Conseil européen ont exercé leur mandat pendant cinq années complètes. Mais Costa a été confronté à la perspective que le PPE réduise son mandat de moitié, une rupture potentielle avec la tradition qui reflète l’équilibre des pouvoirs entre les dirigeants de l’UE.
Selon Expresso, Manfred Weber, le chef du PPE, n’a rencontré aucune opposition interne dans sa tentative de conclure un accord global qui garantirait à Roberta Metsola un troisième mandat sans précédent en échange de quoi les dirigeants du PPE donneraient leur feu vert à Costa.
Weber a de fait suspendu les négociations sur la direction du Parlement à mi-mandat jusqu’à sa réélection prévue à la présidence du groupe fin octobre. Alors qu’une nouvelle session plénière s’achève aujourd’hui à Strasbourg, le groupe S&D n’a toujours pas présenté de candidat pour concurrencer Metsola.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- Pedro Sánchez, en fin de parcours ?
- Hoekstra : la guerre renforce la nécessité d’agir pour le climat
- Opinion : l’idée d’une adhésion associée du Canada brouille les cartes concernant l’adhésion de l’Ukraine
Rond-point Schuman
78 € POUR LES ÉCHARPES DES DÉPUTÉS : Le Parlement européen s’apprête à dévoiler une nouvelle « écharpe de cérémonie » que les députés porteront lors d’événements importants.
Mais il y a une petite subtilité : les députés européens devront la payer de leur poche. Ces écharpes sont confectionnées en « tissu moiré ottoman bleu », selon une note préparée pour la réunion des questeurs de mercredi, et arboreront les 12 étoiles du drapeau de l’UE. « Chaque écharpe est livrée dans une pochette de rangement », précise-t-elle. Le service du protocole du Parlement achètera un lot d’écharpes au prix unitaire de 78,66 €, que les députés pourront se procurer en utilisant leur indemnité de frais généraux.
MENDEL BLOQUÉE : Iuliia Mendel, ancienne porte-parole de Zelenskyy devenue détractrice, a déclaré avoir été empêchée d’entrer au Parlement européen mercredi, où elle devait prendre la parole lors d’un événement organisé par l’AfD, selon mon collègue Pietro Guastamacchia.
Des membres de l’AfD ont filmé toute la scène, documentant en détail l’arrivée de Mendel et sa tentative d’entrée. Mendel, qui est intervenue dans l’émission du commentateur conservateur américain Tucker Carlson, est devenue une critique virulente du gouvernement ukrainien, accusant Volodymyr Zelenskyy d’autoritarisme et d’entraver la paix. Zelenskyy lui a imposé des sanctions quelques jours avant son intervention à Bruxelles. Le Parlement a refusé de commenter ce cas précis.
Les capitales
BERLIN 🇩🇪
Huit ministres-présidents CDU ont apporté leur soutien à Friedrich Merz dans une lettre commune, à la suite de la lourde défaite du parti en Saxe-Anhalt et à la veille de deux autres élections régionales. Le chef de la CSU, Markus Söder, brillait par son absence parmi les signataires. La lettre, consultée par la F.A.Z., a rejeté les spéculations concernant un changement de direction ou un gouvernement minoritaire, appelant à une majorité stable, à la coopération entre les forces démocratiques et à privilégier le rétablissement de la confiance plutôt que les luttes de pouvoir internes.
– Magdalena Kensy
PARIS 🇫🇷
La cheffe de file d’extrême droite Marine Le Pen s’est engagée à plafonner la contribution nette de la France au budget de l’UE à 6 milliards d’euros, intensifiant ses attaques contre Bruxelles à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. « La contribution à l’Union européenne ne cesse d’augmenter dans des proportions qui sont délirantes », a-t-elle déclaré, affirmant que les versements pourraient bientôt atteindre 45 milliards d’euros. Selon les estimations du Sénat, la contribution brute annuelle moyenne de la France au titre du prochain budget septennal de l’Union s’élèverait à 36 milliards d’euros, passant à 42 milliards d’euros en l’absence de nouvelles recettes pour l’UE. Les dépenses de l’UE en France doivent être déduites pour calculer sa contribution nette.
– Elisa Braun
BUCAREST 🇷🇴
Le président Nicușor Dan a convoqué les partis représentés au Parlement pour de nouvelles consultations, une nouvelle nomination au poste de Premier ministre étant attendue cette semaine. Les deux candidats précédents n’ayant pas obtenu l’approbation du Parlement, la pression s’intensifie pour former un gouvernement alors que les risques financiers s’accumulent et qu’une décision sur la notation souveraine se profile. Le ministre des Finances Alexandru Nazare et le diplomate Luca Niculescu seraient les candidats préférés de Dan. En l’absence de majorité parlementaire, tout vote de confiance devrait être extrêmement serré.
– Matei Roșca
PRISTINA 🇽🇰
L’ancien président du Kosovo, Hashim Thaçi, et trois autres anciens dirigeants de l’Armée de libération ont été reconnus coupables de crimes de guerre, notamment de meurtre, de torture et de détention arbitraire. Thaçi et Jakup Krasniqi ont chacun été condamnés à 25 ans de prison, tandis que Kadri Veseli a été condamné à 18 ans et Rexhep Selimi à 13 ans. Le tribunal de La Haye les a acquittés des crimes contre l’humanité. Ce verdict aura des répercussions au Kosovo, où ces hommes restent des symboles de la lutte armée pour l’indépendance vis-à-vis de la Serbie. Lisez l’article complet.
– Bronwyn Jones
MADRID 🇪🇸
Pedro Sánchez et le chef de l’opposition Alberto Núñez Feijóo se sont affrontés au Parlement au sujet de la gestion par l’Espagne de la crise migratoire à Ceuta. Feijóo s’est interrogé sur les raisons pour lesquelles des milliers de migrants sans papiers restent bloqués six semaines après le franchissement massif de la frontière, affirmant que le droit européen autorise les rapatriements et que le Maroc est disposé à les accueillir. Sánchez a rétorqué que les efforts de Feijóo à Bruxelles pour suspendre l’accord d’association UE-Maroc ne feraient qu’aggraver la situation.
– Inés Fernández-Pontes
KIEV 🇺🇦
Volodymyr Zelenskyy s’est dit prêt à organiser des élections dès « demain », mais a insisté sur le fait qu’il est impossible de voter tant que les combats se poursuivent. Le président ukrainien a invoqué des contraintes juridiques, des risques pour la sécurité, la présence de millions de citoyens vivant à l’étranger et la difficulté d’organiser le scrutin dans les territoires occupés par la Russie. Un cessez-le-feu permettrait d’entamer les préparatifs, a-t-il ajouté, mais Moscou a rejeté ces propositions. Zelenskyy a critiqué les personnalités de premier plan appelant à la tenue d’élections en temps de guerre, arguant que la paix et la survie nationale restent les priorités de l’Ukraine.
– Charles Szumski
Editrices.teurs : Nicoletta Ionta, Eddy Wax, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributeurs.trices : Magnus Lund Nielsen, Elisa Braun, Victoria Becker, Pietro Guastamacchia
Traductrice : Clara Vassent