Visas russes : les chiffres balayés sous le tapis
Également dans l'édition de vendredi : Merz se prépare aux élections régionales allemandes
Vous lisez Rapporteur ce vendredi 18 septembre. Ici Nicoletta Ionta à Bruxelles, en compagnie d’Eddy Wax.
À retenir :
🟢 Les visas touristiques russes divisent les capitales européennes, une fois de plus
🟢 La nomination de Mureșan pourrait bouleverser les négociations sur le budget de l’UE
🟢 Merz se prépare à un double bras de fer lors des élections régionales
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L’Europe, vue de Bruxelles
L’affaire du drone de Leipzig a relancé le débat, de plus en plus tendu au sein de l’UE, sur les visas accordés aux Russes, braquant les projecteurs sur les gouvernements qui continuent d’en délivrer en grand nombre, notamment la France et l’Italie.
Cette division a refait surface cette semaine après la circulation par la Commission d’un rapport non public sur l’espace Schengen à l’intention des capitales de l’UE, lequel omettait les chiffres habituels sur les visas délivrés aux ressortissants russes, m’ont confié plusieurs diplomates.
Environ neuf pays de l’UE ont remis en cause cette omission, ont indiqué ces diplomates, tandis que d’autres ont laissé entendre leur frustration en marge de la réunion à Bruxelles.
Ils avaient espéré que l’affaire de Leipzig ferait évoluer le débat. Un Biélorusse titulaire d’un passeport russe fait l’objet d’une enquête pour une tentative présumée d’attaquer un avion-cargo ukrainien à l’aéroport à l’aide de drones chargés d’explosifs. Il aurait pénétré dans l’espace Schengen grâce à un visa touristique délivré par l’Italie.
La question est politiquement sensible, en particulier parmi les gouvernements nordiques et baltes qui ont récemment plaidé en faveur de restrictions plus strictes pour des raisons de sécurité.
Des diplomates ont accusé la Commission de traiter les données relatives aux visas russes comme une patate chaude politique. L’un d’entre eux a déclaré que l’exécutif européen souhaite les garder sous le boisseau jusqu’à ce que les capitales aient réglé des questions plus larges concernant la politique des visas. La Commission a indiqué à Rapporteur qu’elle ne commente pas les documents non publics.
D’autres diplomates ont affirmé que les principaux pays délivrant des visas, en particulier la France, ont fait pression pour que ces chiffres soient omis. Un diplomate français a rejeté cette allégation.
Un différend presque identique avait éclaté l’année dernière. Les chiffres relatifs aux visas russes avaient initialement été omis d’un rapport Schengen suite à la résistance de certaines capitales, avant d’être réintégrés à la suite de plaintes formulées avant l’été.
Euractiv a révélé en exclusivité en avril que plus de 477 000 visas touristiques avaient été accordés à des ressortissants russes en 2025 – soit environ 77 % de l’ensemble des visas délivrés aux Russes cette année-là et une augmentation de 8,4 % par rapport à 2024 –, la France, l’Italie et l’Espagne étant les trois principaux émetteurs.
Ces chiffres mettent en évidence un décalage gênant entre la position politique de l’UE sur le tourisme russe et les pratiques de ses gouvernements nationaux. Pour les pays qui souhaitent des restrictions plus strictes, ces données sont cruciales pour garantir la transparence et révèlent des différences frappantes dans la manière dont les capitales traitent les voyageurs russes.
Ce différend intervient alors que l’UE s’oriente vers des restrictions plus ciblées concernant les visas russes.
Carney tient tête à Trump
Le Premier ministre canadien Mark Carney a tenu tête à Donald Trump jeudi devant le Parlement européen, défendant le resserrement des liens entre l’UE et le Canada, au lendemain de la proposition d’Ursula von der Leyen, lors de son discours sur l’état de l’Union, de faire du Canada le premier « membre associé » de l’Union.
Après les menaces de Trump d’imposer de nouveaux droits de douane à l’UE si cette initiative venait à être considérée comme un « acte hostile », Carney a rejeté l’idée selon laquelle elle serait dirigée contre Washington, qualifiant le resserrement des liens d’« initiative positive » et précisant qu’il ne s’agit « pas d’une réaction à autre chose ».
Ses propos ont fait écho à la position de la Commission. « Le renforcement proposé de notre partenariat avec le Canada n’est dirigé contre personne d’autre, mais sert notre force commune », avait déclaré Bruxelles plus tôt dans la journée de jeudi.
S’exprimant à Strasbourg, Carney a également indiqué que le terme précis relève de la compétence de l’UE, arguant que « ce qui compte, c’est la substance » de la relation.
Bucarest rappelle le négociateur du budget
Siegfried Mureșan, figure de proue du PPE et co-négociateur en chef du Parlement européen pour le prochain budget à long terme de l’UE, a été nommé jeudi Premier ministre de la Roumanie par le président Nicușor Dan.
Mureșan dispose de dix jours pour former un gouvernement et obtenir les 233 voix parlementaires nécessaires à son investiture, selon mon collègue Matei Roșca, alors que la Roumanie reste enlisée dans une crise politique prolongée suite à la chute du gouvernement d’Ilie Bolojan en mai.
C’est la première fois que Mureșan est officiellement désigné, bien que les partis de centre-droit l’aient déjà proposé pour le poste de Premier ministre plus tôt cette année. Il conserve son mandat de député européen tout en s’efforçant de constituer une majorité.
En cas de succès, Mureșan devrait renoncer à son siège au Parlement européen, laissant aux députés le soin de le remplacer en tant que corapporteur sur le budget 2028-2034 aux côtés de Carla Tavares, du groupe S&D.
Attal avance l’idée d’« États-Unis d’Europe »
L’ancien Premier ministre français et candidat centriste à l’élection présidentielle de 2027, Gabriel Attal, a exposé sa vision de l’Europe – et celle-ci implique d’aller au-delà de l’UE telle que nous la connaissons.
Attal a appelé à la création des « États-Unis d’Europe » dans un discours qui s’en est également pris au discours sur l’état de l’Union de von der Leyen, le qualifiant de « trop tard, trop peu » et affirmant que le continent doit « aller plus vite, plus loin », comme le rapporte ma collègue Elisa Braun.
Cette critique est d’autant plus remarquable compte tenu des liens qu’entretient Attal avec Bruxelles. La présidente de Renew Europe, Valérie Hayer, fait partie de son équipe politique et a contribué à l’élaboration de son programme européen, tandis que son partenaire, Stéphane Séjourné, est le commissaire européen français.
Séjourné n’a pas été impliqué dans le projet, a déclaré un responsable de l’équipe d’Attal. « Valérie Hayer, en revanche, travaille sur ce projet depuis le début. »
Des investisseurs liés à Trump intensifient leur pression sur le Groenland
Un groupe d’investissement américain lié à Ronald Lauder – l’héritier d’Estée Lauder et allié de Trump, à qui l’on attribue le mérite d’avoir suscité l’intérêt du président pour le Groenland – a transféré environ 721 000 € en vue de l’achat d’une maison dans le centre de Nuuk pour le compte de l’ancien ministre groenlandais Jørgen Wæver Johansen.
Cette transaction vient alimenter les inquiétudes concernant l’influence croissante des États-Unis au Groenland. L’épouse de Johansen, la députée Vivian Motzfeldt, occupait jusqu’à récemment le poste de ministre des Affaires étrangères du territoire.
Johansen nie que les Américains aient acheté cette maison pour lui, affirmant qu’elle est destinée à héberger des partenaires commerciaux en visite. Des investisseurs liés à Lauder ont acquis l’année dernière des participations dans des entreprises groenlandaises du secteur de l’eau et de l’énergie liées à Johansen.
Cette transaction intervient dans un contexte de surveillance accrue des activités américaines sur le territoire. La chaîne de télévision danoise DR a précédemment fait état d’opérations d’influence présumées menées par des Américains liés à Trump, tandis que les agences de renseignement américaines ont par ailleurs reçu pour instruction d’intensifier la collecte d’informations sur le Groenland.
Lisez l’article complet de Magnus Lund Nielsen.
La révolte autour de la PAC met en péril les projets budgétaires de l’UE
Les négociateurs du Parlement européen chargés des questions agricoles se trouvent dans une impasse concernant l’avenir de la politique agricole commune, révélant ainsi un clivage sur la manière d’aborder les négociations sur le prochain budget à long terme de l’Union.
Les socialistes et plusieurs groupes de droite ont rejeté le projet de la Commission de regrouper l’agriculture, la cohésion et d’autres grands postes de dépenses au sein d’un plan national unique pour chaque pays.
Ce bras de fer pourrait compliquer les négociations du Parlement avec les capitales de l’UE. Bien que les États restent divisés sur le budget, les travaux du Conseil ont jusqu’à présent conservé la structure des plans nationaux proposée par la Commission, comme l’a rapporté ma collègue Sofia Sanchez Manzanaro.
Ce modèle s’est avéré particulièrement controversé dans le secteur agricole, les détracteurs estimant qu’il affaiblirait l’autonomie de la PAC.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- Bardella a-t-il raison sur la hausse de 15 centimes du prix de l’essence dans l’UE ?
- Exclusif : OpenAI a omis de signaler un incident de sécurité à l’UE
- Opinion : les menaces hybrides mettent en évidence le coût de la souveraineté technologique
Les capitales
BERLIN 🇩🇪
La CDU, parti de centre-droit allemand, affronte dimanche les élections en Mecklembourg-Poméranie occidentale et à Berlin, alors que Friedrich Merz subit une pression croissante. Les sondages placent son parti près du seuil des 5 % en Mecklembourg-Poméranie occidentale, où l’AfD, parti d’extrême droite, devance de justesse le SPD, parti de centre-gauche au pouvoir. À Berlin, la CDU est au coude à coude avec Die Linke. Merz a convoqué la direction de son parti à une réunion après les élections, renonçant ainsi à se rendre à l’Assemblée générale des Nations unies à New York. Lisez l’article complet.
– Björn Stritzel
PARIS 🇫🇷
Emmanuel Macron a convoqué aujourd’hui les représentants des partis à l’Élysée pour discuter de la « dégradation rapide de la situation internationale » et de ses implications pour la sécurité et l’énergie françaises. Chaque parti ne peut envoyer que son chef de file ou son candidat à la présidence. Le Premier ministre ainsi que de hauts responsables de l’armée et des services de renseignement seront également de la partie. Macron, dont le mandat touche à sa fin, souhaiterait, selon certaines sources, que ses successeurs potentiels disposent des mêmes informations en vue de l’élection présidentielle de 2027.
– Clara Vassent
MADRID 🇪🇸
Les ministres espagnols de l’Intérieur et de l’Immigration ont exhorté le commissaire européen chargé des migrations, Magnus Brunner, à proposer une législation visant à accélérer les procédures de retour et d’asile en cas de crises migratoires. Fernando Grande-Marlaska et Elma Saiz ont salué les propositions d’Ursula von der Leyen visant à gérer les afflux massifs, notamment la vague de juillet à Ceuta. Grande-Marlaska a rejeté comme « infondées » les allégations selon lesquelles des migrants bloqués se seraient rendus en Espagne continentale, demandant à Brunner de « dissiper ces fausses rumeurs sans fondement » auprès des autres gouvernements de l’UE.
– Inés Fernández-Pontes
STOCKHOLM 🇸🇪
L’opposition de gauche suédoise a obtenu une majorité de trois sièges après le dépouillement final des votes, mettant fin à quatre ans de gouvernement de droite. La cheffe de file des sociaux-démocrates, Magdalena Andersson, a promis une « nouvelle orientation » alors que le Premier ministre Ulf Kristersson a démissionné et confié le processus de formation du gouvernement au président du Parlement. Mme Andersson devra mener des négociations difficiles avec les partis de gauche, les Verts et le Centre, ce qui pourrait retarder la formation d’un gouvernement. Le Parlement pourra voter la nomination d’un Premier ministre à partir du 29 septembre.
– Charles Szumski
ATHÈNES 🇬🇷
Le PASOK, parti d’opposition grec, a attaqué le gouvernement après les déclarations du ministre de la Justice, Giorgos Floridis, qui a averti que la Turquie pourrait envahir le pays si les élections de l’année prochaine laissaient la Grèce sans direction stable. Le chef de file du PASOK, Nikos Androulakis, a accusé le gouvernement d’être passé du slogan « Mitsotakis ou le chaos » à « Mitsotakis ou Erdoğan ». Kyriakos Mitsotakis a critiqué Androulakis pour avoir mêlé la politique étrangère à la politique intérieure, mais n’a pas réprimandé son ministre. Lisez l’article complet.
– Sarantis Michalopoulos
VARSOVIE 🇵🇱
Le Premier ministre Donald Tusk a déclaré qu’une « explosion massive » a eu lieu près de Yahodyn, à proximité de la frontière polonaise, lors d’une attaque russe de grande envergure contre l’ouest de l’Ukraine. Une station-service située près du poste-frontière de Dorohusk a probablement été touchée, a-t-il précisé, ce qui a conduit Varsovie à mobiliser des avions de chasse. Les autorités ont lancé des alertes aériennes dans les régions polonaises de Lublin et de Podkarpackie. Tusk a indiqué que des attaques similaires avaient eu lieu deux jours plus tôt et pendant la nuit.
– Charles Szumski
SOFIA 🇧🇬
La commissaire européenne à l’élargissement, Marta Kos, a déclaré que la Macédoine du Nord doit modifier sa Constitution pour reconnaître sa minorité bulgare avant que les négociations d’adhésion puissent avancer, réitérant ainsi une condition incluse dans le cadre de négociation de Skopje. S’exprimant à la télévision bulgare, Kos a qualifié cette période d’« automne de l’élargissement », des feuilles de route étant attendues pour l’Albanie, la Moldavie et l’Ukraine. Ses remarques interviennent quelques jours après que le Premier ministre nord-macédonien, Hristijan Mickoski, a exclu de procéder aux modifications constitutionnelles requises.
– Konstantin Karadjov
Editrices.teurs : Nicoletta Ionta, Eddy Wax, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributrices.teurs : Elisa Braun, Sofia Sanchez Manzanaro, Magnus Lund Nielsen, Matei Roșca
Traductrice : Clara Vassent