La Roumanie n'a toujours pas fermé ses orphelinats de l'époque communiste

Les révélations faites ce week-end, selon lesquelles plus de 60 enfants vivent dans des conditions déplorables dans des orphelinats datant de l’époque communiste, montrent que la Roumanie n'a pas respecté son engagement de fermer ces établissements avant la fin 2024.

EURACTIV Roumanie
Romanian Orphans
La police a ouvert une procédure pénale pour « mauvais traitement de mineurs ». Le Centre de ressources juridiques a également porté plainte auprès de la Direction des enquêtes sur la criminalité organisée et le terrorisme (DIICOT) et du bureau du procureur général. [Kevin Weaver/Getty Images]

BUCAREST — Selon des informations révélées ce week-end, plusieurs dizaines d’enfants vivraient toujours en Roumanie dans des orphelinats datant de l’époque communiste, alors que les autorités s’étaient engagées à fermer ces établissements avant la fin de l’année 2024.

Quatre centres d’accueil situés dans le județ de Mureș, au centre de la Roumanie, sont toujours en fonctionnement, malgré l’expiration de leur licence fin décembre 2024. Ils accueillent notamment des enfants de trois à sept ans, qui devraient pourtant selon la loi être placés dans des familles d’accueil.

Dans l’un de ces établissements, les enfants sont toujours confinés dans des pièces fermées à clé, apparemment en raison d’un manque de personnel. Des médicaments et de la nourriture périmés ont été découverts, et une épidémie de varicelle a été constatée. Certains enfants handicapés n’auraient pas non plus accès aux traitements dont ils ont besoin.

Le conseil du județ de Mureș a expliqué que ces problèmes étaient « isolés ».

Pour Georgiana Pascu, directrice du Centre de ressources juridiques, la vie de ces enfants est pourtant en danger. La police roumaine a ouvert une procédure pénale pour « mauvais traitement » sur mineurs.

Le Centre de ressources juridiques a également saisi la Direction des enquêtes sur la criminalité organisée et le terrorisme (DIICOT) et le Bureau du procureur général.

La DIICOT a annoncé mardi qu’elle enquêtait sur de possibles abus de pouvoir, sur des mauvais traitements, sur un trafic de mineurs et sur la création d’un groupe criminel organisé.

Rareș Petru Achiriloaie, président de l’Autorité nationale pour la protection des droits de l’enfant, considère aussi cette affaire comme « extrêmement grave ». Il a chargé l’organe de contrôle de l’institution d’enquêter.

L’agence départementale pour les paiements et l’inspection sociale a infligé à la Direction générale de l’assistance sociale et de la protection de l’enfance (DGASPC) de Mureș une amende de 320 000 lei (64 000 euros) pour fonctionnement illégal.

Cette affaire est particulièrement sensible, alors que des milliers d’enfants avaient souffert de maltraitances durant la période communiste. Après la révolution de 1989, nombre d’organisations humanitaires avaient été horrifiées par les conditions de vie dans ces institutions.

En 2022, le Bureau du procureur avait rouvert une procédure à la demande de l’Institut d’enquête sur les crimes communistes et la mémoire de l’exil roumain. Les chercheurs entendent prouver que de nombreux enfants sont morts dans les orphelinats communistes.

La stratégie roumaine 2014-2020 pour la protection et la promotion des droits de l’enfant visait à fermer tous les orphelinats d’ici 2020, et à trouver d’autres solutions de prise en charge.

Des fonds européens avaient été alloués pour la construction de maisons et d’appartements pour loger les quelque 7 000 enfants qui étaient à l’époque à la charge de l’État roumain.

En 2022, le ministère de la Famille a toutefois reconnu que ces orphelinats existaient toujours et s’était engagé à les fermer avant la fin 2024.

Le ministère n’a pas réagi à ce scandale.

[Édité par Alice Bergoënd et Laurent Geslin]