La Russie sera « très heureuse » si la Géorgie ne parvient pas à rejoindre l’UE, selon Josep Borrell

L’échec de l’intégration de la Géorgie à l’UE serait une aubaine pour la Russie, a averti le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell vendredi, demandant à Tbilissi d’éviter une polarisation « contre-productive ».

Euractiv.com
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La visite de M. Borrell intervient à un moment très délicat, les observateurs ayant souligné l’influence croissante de la Russie dans le territoire géorgien. [X/@JosepBorrellF]

Si le processus d’adhésion de la Géorgie à l’UE devait se solder par un échec, cela pourrait être une aubaine pour la Russie, a averti le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell vendredi (8 septembre).

S’exprimant aux côtés du Premier ministre Irakli Garibashvili dans la capitale géorgienne, M. Borrell a déclaré qu’il ne fait aucun doute que le pays « appartient à la famille européenne », mais a souligné que Tbilissi n’avait jusqu’à présent rempli que trois des douze conditions posées par l’UE pour l’octroi du statut de candidat au pays.

« La Russie sera très heureuse si nous ne parvenons pas à faire entrer la Géorgie dans l’UE », a déclaré M. Borrell à la presse à Tbilissi, ajoutant que « l’UE n’abandonnera pas la Géorgie ».

Un jour plus tôt, il avait averti que Bruxelles devrait constater davantage de progrès sur certaines réformes clés afin d’être en mesure de donner le feu vert aux prochaines étapes du processus dans le cadre de la mise à jour du rapport sur l’élargissement de l’Union prévue à la mi-octobre.

Alors que l’Occident s’inquiète de plus en plus du recul de la Géorgie sur ses engagements en matière de démocratie et d’orientation euroatlantique dans le contexte de la crise politique qui a frappé le pays ces dernières années, l’évaluation orale de la Commission européenne en mai avait été moins positive pour la Géorgie que pour l’Ukraine et la Moldavie.

L’exécutif européen avait alors souligné que Tbilissi devait encore progresser en matière de réformes judiciaires, en particulier au niveau de la Cour suprême, ainsi qu’intensifier la lutte contre la corruption et les oligarques puissants, et redresser les finances publiques.

M. Garibashvili a insisté sur le fait que son gouvernement était « entièrement aligné avec l’UE en ce qui concerne l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la démocratie et les droits de l’Homme ».

« La seule décision politique adéquate serait d’accorder à la Géorgie le statut de candidat d’ici la fin de l’année », a-t-il affirmé. Et d’ajouter que si l’UE ne soutenait pas la Géorgie, elle « enverrait un message erroné à la Russie ».

La visite de M. Borrell dans le pays intervient à un moment très délicat, les observateurs ayant souligné l’influence croissante de la Russie dans le territoire géorgien.

Le chef de la diplomatie du bloc a critiqué la récente décision de la Géorgie de rétablir les vols directs avec la Russie, une décision condamnée par Bruxelles, qui a exhorté Tbilissi à s’aligner sur la politique de l’UE à l’égard de Moscou, sous peine de nuire gravement à ses liens avec l’UE.

Au début du mois de mars, la Géorgie a également été ébranlée par des manifestations après que le gouvernement a introduit une loi sur les « agents étrangers », à l’image de la Russie.

Une polarisation « contre-productive »

Sur les 12 recommandations formulées par la Commission européenne en juin 2022, la première, qui concerne la « dépolarisation politique », s’est avérée être la plus difficile à mettre en œuvre pour la Géorgie.

La visite de l’UE a été éclipsée par les procédures de destitution annoncées cette semaine par le parti au pouvoir, le Rêve géorgien, à l’encontre de la présidente du pays, Salomé Zourabichvili, en raison de visites à l’étranger « non autorisées », selon les termes du gouvernement.

Mme Zourabichvili a récemment effectué une série de visites en Europe (Berlin, Bruxelles et Paris) afin de promouvoir la candidature de la Géorgie à l’Union européenne. Selon la constitution géorgienne, le président — dont le poste est largement symbolique — doit obtenir l’autorisation du gouvernement avant de poursuivre toute activité liée à la politique étrangère. Cette autorisation a été refusée à Mme Zourabishvili, mais elle a tout de même agi en ce sens.

M. Borrell a déclaré que la situation « risque d’accroître encore davantage la polarisation contre-productive ».

« Toutes les institutions du pays doivent travailler ensemble, en apportant un soutien fort à la voie européenne », a déclaré le chef de la diplomatie européenne, ajoutant que le processus d’intégration était un « effort conjoint » et que le gouvernement et le parti au pouvoir avaient la « responsabilité fondamentale » de mettre en œuvre des opportunités de coopération.

Vendredi (8 septembre), M. Borrell devait également rencontrer Mme Zourabishvili, des organisations de la société civile ainsi que des représentants de l’opposition.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]