La stratégie européenne du soin doit mettre en lumière les aidants informels et les aspects liés au genre
Selon les eurodéputés et les acteurs du secteur de la santé, la stratégie européenne en matière de soins doit mieux prendre en compte les aidants informels, les disparités entre les sexes et l’importance des ONG.
Selon les eurodéputés et les acteurs du secteur de la santé, la stratégie européenne en matière de soins doit mieux prendre en compte les aidants informels, les disparités entre les sexes et l’importance des ONG.
Lors de sa présentation en septembre, la stratégie a suscité des réactions globalement positives, mais également des critiques quant à certaines lacunes que l’exécutif européen n’a pas comblées.
« Je ne pense pas que les aidants informels soient suffisamment reconnus. Je ne pense pas qu’il puisse y avoir suffisamment de rétributions », a confié Ronan Mangan, responsable de l’unité d’inclusion sociale à la Croix-Rouge européenne, à EURACTIV.
Il a approuvé le commentaire de l’eurodéputée Sirpa Pietikäinen (Parti populaire européen, PPE), qui avait précédemment indiqué à EURACTIV que la proposition de la Commission de septembre ne prévoyait pas un soutien suffisant pour les aidants informels.
« Nous devons reconnaître qu’il s’agit d’un travail, d’une forme d’emploi, d’un service qui a été fourni à l’État, et nous les rémunérons en conséquence », a expliqué M. Mangan.
Dans l’ensemble, a-t-il poursuivi, la stratégie européenne en matière de soins adopte une bonne approche, qu’il a qualifiée de « plus conforme au cycle de vie », en mettant l’accent sur l’accessibilité, la qualité, le caractère abordable, la personnalisation des soins ainsi que la main-d’œuvre.
Les soins informels sont un élément essentiel des options de soins de longue durée, a expliqué un porte-parole de la Commission à EURACTIV, affirmant que ces derniers sont reconnus pour leur contribution à la stratégie en matière de soins.
Le porte-parole a également déclaré qu’ils demandent aux États « d’établir des procédures claires pour identifier les aidants informels et les soutenir dans leurs activités de soins ».
Les aidants informels constituent un aspect important du secteur des soins, puisque, selon une étude de la Commission européenne datant de 2018, 80 % des soins de longue durée en Europe sont fournis par des aidants informels. La grande majorité de ces aidants informels sont des femmes, et beaucoup d’entre elles sont des migrantes.
Selon un rapport d’initiative du Parlement européen, ces femmes sont « privées de conditions de travail équitables, principalement non rémunérées et/ou ne bénéficiant pas d’une couverture sociale adéquate, ce qui fait des soins une question extrêmement sexospécifique ».
Un secteur sous-estimé
La main-d’œuvre du secteur des soins est globalement dominée par les femmes et cette inégalité entre les sexes a été au centre des débats lors d’une réunion conjointe des commissions parlementaires de l’Emploi (EMPL) et de l’Égalité des genres (FEMM), mardi (25 octobre).
Jolanta Reingarde, chercheuse à l’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes (EIGE), qui a participé à la réunion, a déclaré que « dans ce secteur, elles sont systématiquement sous-estimées, ignorées de la société en général ».
La chercheuse a également souligné que les faibles rémunérations étaient dues à la fois aux normes culturelles et au pourcentage élevé de travail à temps partiel dans le secteur, ainsi qu’aux « coupes dans les dépenses publiques ».
« Le manque d’investissement dans le secteur des soins se traduit par une baisse des honoraires versés aux prestataires du privé, ce qui contribue ainsi à la baisse des salaires et à de mauvaises conditions de travail », a ajouté Mme Reingarde.
Elle a également déclaré que très peu de progrès ont été réalisés dans la lutte contre les inégalités entre les hommes et les femmes dans le secteur des soins, qui est « un problème structurel très grave qui nécessite une approche transformatrice », tandis que les données nécessaires à un suivi adéquat des problèmes font également défaut.
Plusieurs eurodéputés ont également demandé que davantage de données soient disponibles afin de pouvoir suivre les progrès de la stratégie.
« Le suivi des objectifs va être extrêmement important, afin que nous puissions faire le meilleur pour nos aidants en Europe, et nous avons besoin des ressources, ses ressources humaines et budgétaires », a déclaré l’eurodéputé Francis Fitzgerald du Parti populaire européen (PPE), qui s’exprimait au nom de Sirpa Pietikäinen, co-rapporteur du rapport d’initiative du Parlement.
D’autres ont exhorté la Commission à aller plus loin et à faire pression en faveur d’un « accord européen sur les soins » qui comprendrait des actions législatives au niveau de l’UE.
« J’entends [vos appels à un] accord sur les soins. Je pense qu’avec la stratégie et les deux recommandations en place, qui seront, je l’espère, adoptées sous la présidence tchèque [du Conseil], nous pensons qu’elles ne représentent pas seulement un premier pas […] mais nous pensons qu’il s’agit d’une politique assez complète en matière de soins », a déclaré Katarina Ivankovic-Knezevic, directrice générale des droits sociaux et de l’inclusion à la DG Emploi de la Commission.
Un manque de reconnaissance
Outre les travailleurs du secteur informel et les questions de genre, M. Mangan considère comme une faiblesse le fait que les organisations non gouvernementales (ONG) et à but non lucratif ne soient pas « reconnues pour le rôle important qu’elles jouent en tant que prestataires ».
« À la Croix-Rouge, par exemple, en tant qu’employeur social, nous employons plus d’un quart de million de personnes en Europe. Cela en dit long sur le type d’organisations qui fournissent des soins et un soutien, et ne pas les reconnaître dans le contexte de la stratégie de soins est une occasion manquée », a déclaré M. Mangan, un argument soutenu par l’Alliance européenne pour l’investissement en faveur des enfants en réaction à la stratégie.
Un porte-parole de la Commission a confié à EURACTIV que l’exécutif était « conscient de la contribution importante des ONG dans le secteur des soins de longue durée » et a fait référence à leurs propres données montrant que plus de 20 % des prestataires de soins sont des organisations à but non lucratif dans certains États membres de l’UE. En Allemagne et en Grèce, elles représentent plus de 50 %.
Le porte-parole a également souligné que la Commission a appelé les États membres de l’UE à « créer les conditions permettant aux prestataires de soins, y compris les organisations de la société civile et les acteurs de l’économie sociale, de jouer un rôle actif dans la conception et la prestation de services de soins de haute qualité » dans le cadre de la stratégie.