La taxe carbone de l’UE met à mal les exportations africaines

La nouvelle taxe carbone sur les produits importés dans l’UE pourrait coûter jusqu’à 25 milliards de dollars par an aux États africains, a averti le président de la Banque africaine de développement, remettant ainsi en question le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’UE.

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Finance in Common summit, co-hosted by African Development Bank and European Investment Bank
Lors de la Conférence sur le commerce durable en Afrique tenue à Dubaï mercredi (6 décembre), Akinwumi Adesina a averti que le nouveau mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières pourrait entraver de manière significative les progrès de l’Afrique en matière de commerce et d’industrialisation. [EPA-EFE/LEGNAN KOULA]

La nouvelle taxe carbone sur les produits importés dans l’UE pourrait coûter jusqu’à 25 milliards de dollars par an aux États africains, a averti Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement (BAD), remettant ainsi en question le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’UE, qui est entré dans sa phase transitoire le 1er octobre.

Lors de la Conférence sur le commerce durable en Afrique (« Sustainable Trade Africa Conference ») tenue à Dubaï mercredi (6 décembre), Akinwumi Adesina a averti que le nouveau mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières pourrait entraver de manière significative les progrès de l’Afrique en matière de commerce et d’industrialisation, car elle pénaliserait les exportations à valeur ajoutée, notamment l’acier, le ciment, le fer, l’aluminium et les engrais.

La BAD a été créée par les Nations unies et l’Union africaine pour accorder des financements aux gouvernements africains et aux entreprises qui investissent dans la région.

« Compte tenu du déficit énergétique de l’Afrique et de sa dépendance aux combustibles fossiles, en particulier au diesel, l’Afrique sera contrainte d’exporter à nouveau des matières premières vers l’Europe, ce qui contribuera davantage à sa désindustrialisation », a déclaré M. Adesina.

Le MACF exige des importateurs qu’ils paient un prix du carbone équivalent à celui payé par les producteurs européens dans le cadre du système d’échange de quotas d’émission (SEQE) de l’UE, dans le but de mettre sur un pied d’égalité toutes les entreprises opérant au sein de l’Union et d’empêcher que les industries européennes ne soient victimes de la concurrence déloyale de la part d’entreprises étrangères plus polluantes.

La taxe s’appliquera dans un premier temps au ciment, au fer et à l’acier, à l’aluminium, aux engrais, à l’électricité et à l’hydrogène.

Alors que le MACF a été approuvé avec une large majorité tous partis confondus au sein de l’UE au début de l’année, son application début octobre a suscité la colère des pays en développement, les dirigeants africains se plaignant notamment de l’absence de consultation lors de l’élaboration de la loi.

Plusieurs dirigeants ont également souligné que l’Afrique ne représente qu’environ 4 % des émissions mondiales de CO2.

« L’Afrique a été pénalisée par le changement climatique ; elle le sera désormais par le commerce mondial », a déclaré M. Adesina.

« En raison de sa faible intégration dans les chaînes de valeur mondiales, la meilleure opportunité commerciale de l’Afrique réside dans les échanges intrarégionaux, la nouvelle zone de libre-échange continentale africaine devant permettre d’augmenter les exportations intra-africaines de plus de 80 % d’ici à 2035 », a-t-il ajouté.

Bien que la taxe vise principalement les grands émetteurs de carbone tels que la Chine et la Russie, qui sont également des rivaux géopolitiques de l’UE, elle affectera également les États africains, malgré que les représentants de l’Union aient assuré à maintes reprises que le MACF ne nuirait pas à l’économie africaine.

L’Inde et l’Afrique du Sud ont pris la tête du mouvement international d’opposition au MACF en introduisant des requêtes auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour faire valoir le fait que le mécanisme enfreint le principe de non-discrimination de l’organisation. Ces plaintes ont été rejetées par les représentants de l’UE.

Quels coûts pour l’Afrique ?

Les estimations du coût que pourrait représenter le MACF pour les économies africaines divergent.

La Commission présidentielle sud-africaine sur le climat a estimé que le mécanisme réduirait les exportations africaines vers l’UE de 30 à 35 %, ce qui représente entre 1,7 et 2,1 milliards d’euros, d’ici à 2030.

Un rapport publié en juillet par la Fondation africaine pour le Climat prévoit pour sa part que les exportations africaines d’aluminium vers l’UE chuteraient de 13,9 %, celles de fer et d’acier de 8,2 %, celles d’engrais de 3,9 % et celles de ciment de 3,1 %.

« L’UE doit prendre en compte les préoccupations de ses partenaires et s’efforcer d’atténuer les effets néfastes sur les économies africaines », a averti la Fondation.

Selon certains, la taxe n’affectera sérieusement qu’une poignée de pays africains.

Le Center for Global Development, un groupe de réflexion basé à Washington estime que le PIB du Mozambique chutera d’environ 1,5 % en raison des droits de douane sur les exportations d’aluminium, tandis que Mauritanie et le Sénégal seraient également fortement touchés.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]