La victoire d’Emmanuel Macron réjouit l’UE, et surtout les voisins de la Russie
Pour de multiples raisons, les dirigeants européens ont salué la victoire d’Emmanuel Macron au second tour des élections françaises.
Pour de multiples raisons, les dirigeants européens ont salué la victoire d’Emmanuel Macron au second tour des élections françaises. La plupart des dirigeants européens ont mis l’accent sur la victoire de la démocratie sur l’extrême droite dans leurs messages de félicitations au président nouvellement réélu. En revanche, d’autres ont rappelé à M. Macron qu’il devait accorder plus d’attention aux politiques sociales et écologiques pour son nouveau mandat.
Les voisins européens de la Russie se sentent pour leur part soulagés car un « accident Le Pen » et, par conséquent, une position plus pro-russe ont été évités hier.
Toutes deux désireuses de rejoindre l’OTAN, la Finlande et la Suède ont accueilli la victoire d’Emmanuel Macron comme un grand soulagement.
À Helsinki en particulier, les bons résultats de Mme Le Pen dans les sondages avaient suscité des inquiétudes car une victoire de l’extrême droite française aurait pu créer des obstacles et des incertitudes dans les aspirations du pays à rejoindre l’OTAN.
Même son de cloche à Tallinn, où le président Alar Karis a déclaré que la France et l’Estonie sont de très proches alliés et « défendent les mêmes valeurs au sein de l’OTAN et de l’UE ».
En Pologne, le Premier ministre Mateusz Morawiecki a déclaré que Varsovie et Paris partagent « de nombreux défis et intérêts communs ».
« Pour la période à venir, il nous faut travailler sur ces derniers. L’avenir de l’Europe est entre nos mains. Félicitations à Emmanuel Macron pour sa victoire ! », a-t-il ajouté.
L’opposition a tenté de lier la défaite de Mme Le Pen au gouvernement conservateur polonais PiS, qui s’est heurté à Bruxelles sur la question de l’État de droit. Lors de la crise migratoire avec la Biélorussie, M. Macron avait dit au Premier ministre polonais que l’Union européenne les soutiendrait mais ne négligerait pas les préoccupations liées à l’État de droit.
« Un jour viendra où nous retrouverons Paris à Varsovie », a déclaré le chef de l’opposition centriste Donald Tusk du parti Plateforme civique (PO), un parti pro-européen.
Le sujet de la Russie était également très présent dans les réactions des politiciens polonais.
« Grâce à la victoire de M. Macron, il y aura davantage d’Europe en Europe […] et moins de Russie », a ajouté M. Tusk.
Le législateur de centre droit Jarosław Gowin, du parti Alliance, a déclaré que M. Macron a sauvé la France de la pro-Poutine Marine Le Pen tandis que les « espoirs des dirigeants du PiS de construire un bloc eurosceptique fort sont anéantis. Le prochain congrès des dirigeants de la droite populiste sera un congrès de perdants ».
« Une victoire de Marine Le Pen serait une victoire de la vision d’une Europe des États égoïstes, avec laquelle le Kremlin serait le plus heureux », a commenté Władysław Kosiniak-Kamysz, législateur du Parti paysan polonais, un parti centriste et agraire.
« La France et l’Europe défendues par Emmanuel Macron face à la haine, aux rétrogrades et à Poutine », a tweeté Maciej Gdula, législateur social-démocrate de la Nouvelle Gauche.
En République tchèque, pays qui prendra bientôt la relève de la France à la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne, le Premier ministre Petr Fiala (ODS, ECR) a déclaré que la France était un « partenaire vital », tandis que la présidente du Parlement tchèque Markéta Pekarová Adamová (TOP 09, PPE) a déclaré que le populisme et le nationalisme avaient perdu et que la France continuerait d’être un partenaire dans l’UE et l’OTAN.
En Slovaquie, le ministre de la Défense Jaroslav Naď (OĽaNO) a affirmé que la réélection de M. Macron est « une excellente nouvelle pour l’ensemble du monde démocratique », soulignant la position claire de ce dernier vis-à-vis de l’agression russe en Ukraine.
En Hongrie, jusqu’à présent du moins, il n’y a pas eu de réaction officielle de la part du gouvernement.
L’eurodéputée fédéraliste européenne Klára Dobrev de la Coalition démocratique (DK) a quant à elle salué la victoire de M. Macron, qui contraste avec le fait que « l’allié et ami de Viktor Orban dans la région, Janez Janša, et son Parti démocratique slovène de droite populiste ont perdu les élections». « Les deux nouvelles sont excellentes pour les amis de l’Europe », a-t-elle ajouté.
Pour ce qui est des réactions en Allemagne, le chancelier allemand Olaf Scholz a déclaré sur Twitter que « [Les électeurs de M. Macron] ont également envoyé un message fort d’engagement envers l’Europe aujourd’hui ». Avec cette élection, le ministre des Finances Christian Lindner a ajouté que la France se trouvait à la croisée des chemins, soulignant que « l’Europe unie est le plus grand gagnant de cette élection ».
Cependant, le bon résultat de Mme Le Pen a suscité des inquiétudes. Emmanuel Macron doit maintenant relever le défi consistant à « rallier à nouveau le peuple français, qui a voté massivement pour les populistes de droite et de gauche lors de ce tour d’élections, probablement par déception, derrière le centre politique », a confié à EURACTIV Jürgen Hardt, porte-parole de la politique étrangère de la CDU conservatrice.
Ce résultat est un « sérieux rappel » au président français que « la France a maintenant besoin d’un renouveau social et écologique », car le pays fait face à des « décisions sociales profondes », a expliqué à EURACTIV un haut responsable social-démocrate allemand et eurodéputé Udo Bullmann.
« La victoire électorale d’Emmanuel Macron était plus importante pour l’Europe que les élections fédérales allemandes. La France a voté contre le populisme de droite et le ressentiment et en faveur de l’Europe du président Macron », a affirmé Armin Laschet, candidat à la chancellerie allemande de la CDU/CSU en 2021.
Les dirigeants autrichiens et néerlandais se sont également attardés sur le signal pro-UE que représente la victoire de M. Macron en France.
À Rome, Madrid, Lisbonne et Athènes, les dirigeants ont eux aussi souligné l’engagement de la France envers le projet européen.
En Italie, le leader de la Lega, Matteo Salvini, a félicité Mme Le Pen, en tweetant : « Félicitations, Marine ! Seule contre tous, cohérente et souriante, tu as recueilli le vote de 13 millions de Français, un résultat sans précédent. Ensemble pour une Europe basée sur le travail, la famille, la sécurité, les droits et la liberté ».
L’eurodéputé grec Stelios Kouloglou a expliqué à EURACTIV que tous les sondages montrent que les Français défavorisés soutiennent la candidate d’extrême droite car ils se sentent marginalisés par le système politique et social. « Les démagogues d’extrême droite sont partout en Europe et attendent, si les problèmes de la grande majorité ne sont pas résolus », q-t-il indiqué.
« Cinq ans, c’est très court au regard de l’histoire. En France, [les prochaines élections peuvent] réserver des surprises très désagréables. Pour l’instant, la France et l’UE sont sauvées. Mais jusqu’à quand ? », s’est-il interrogé.