La ville européenne idéale : écologique, sociale et intergénérationnelle

Changer l’image des seniors et des immigrés, miser sur le logement sobre en énergie et trouver des solutions innovantes pour lutter contre le chômage... La Commission européenne a compilé ses idées dans un rapport qui, une fois n’est pas coutume, cite la banlieue en exemple.

EURACTIV.fr
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Changer l’image des seniors et des immigrés, miser sur le logement sobre en énergie et trouver des solutions innovantes pour lutter contre le chômage… La Commission européenne a compilé ses idées dans un rapport qui, une fois n’est pas coutume, cite la banlieue en exemple.

Demandez à un Français ce qu’il entend par « ville ». Sa réponse sera en tout point différente de celle d’un Espagnol ou d’un Danois. Dans ces trois pays, la ville existe respectivement à partir de 2000, 10 000 ou 200 habitants…

La Commission européenne en convient  : « Il n’y a même pas de définition partagée de la ville en Europe », écrit-elle dans une étude publiée fin octobre et préfacée par le commissaire Johannes Hahn, qui continue de défendre sa marotte urbaine.

Si elle évite d’empiéter sur l’organisation propre à chaque pays, la Commission avance néanmoins sa  « vision » des « villes de demain ». En faisant tout d’abord le constat du poids de l’urbanisation dans la vie des Européens  : 70% d’entre eux, soit 350 millions de citoyens, vivent aujourd’hui dans des agglomérations de plus 5000 habitants. Contrairement à la Chine ou aux États-Unis, le modèle européen est moins fondé sur le gigantisme urbain que sur l’équilibre territorial. 7% de la population européenne habite dans une ville de plus de 5 millions d’habitants, contre un quart des Américains.

Passerelles et fardeaux

Vue de Bruxelles, la recette de la ville idéale tient en quelques mots  : « un espace de progrès social » (incluant un accès amélioré au logement, à l’éducation et à la santé), « une plateforme pour la démocratie », un lieu de « régénération environnementale » et « un moteur de croissance économique ».

Jusqu’ici, rien de très révolutionnaire. Mais derrière ces concepts en apparence abstraits se profilent des propositions parfois novatrices. Pour faire face au défi démographique, la Commission propose par exemple de créer des passerelles entre les immigrés et les seniors, deux groupes dont la présence est en expansion. En 2030,  près d’un Européen sur trois aura plus de 60 ans. Dans de nombreuses villes européennes, la population d’origine immigrée âgée de moins de 25 ans dépasse 20%. Des projections indiquent que cette proportion « va encore augmenter, particulièrement en Grande-Bretagne, en Irlande et dans les pays de la Méditerranée, qui ont reçu d’importantes vagues de jeunes immigrés ces 15 dernières années », détaille l’étude. Or, migrants comme personnes âgées ne parviennent pas à se défaire de l’image de « fardeau budgétaire » qui leur est souvent associée. En s’impliquant bénévolement dans le soutien scolaire et l’aide aux démarches administratives, les seniors pourraient participer à l’intégration des «migrants et des groupes marginalisés», soutient la Commission.

« Marécages urbains »

Lieu de vie économique par excellence (67% du PIB européen est généré par les régions métropolitaines de plus de 250 000 habitants), la ville est aussi un nid à CO2. Plutôt que de tout miser sur les « solutions technologiques coûteuses », l’Europe serait bien inspirée de laisser la verdure proliférer dans les centres-villes. C’est en substance ce que recommande Birgit Georgi, de l’Agence européenne pour l’environnement, dans sa contribution au rapport de la Commission. « Les murs et les toits végétaux sont non seulement attrayants mais ils isolent aussi les bâtiments », écrit-il. Quant au traitement des eaux usées, mieux vaut parfois s’en remettre aux « marécages urbains », qui stockent efficacement la pluie, et à moindre frais.

Rendre la vie citadine plus soutenable appelle aussi à une nouvelle politique du logement. Un domaine sur lequel le rapport s’attarde assez longuement. Et pour cause, il permet de courir plusieurs lièvres à la fois  : rendre le logement plus abordable permet de limiter l’étalement urbain, qui empiète sur les terres agricoles, en encourageant les populations à rester en centre-ville.

Rénover l’habitat participe par ailleurs au pari écologique européen, qui propose d’améliorer l’efficacité énergétique de 20% d’ici à 2020. Le chantier qui attend les villes européennes est titanesque  : 90% des logements sociaux européens ont besoin d’être réhabilités, rappelle la Commission. Des pistes qui enthousiasment les professionnels du secteur  : « Ce rapport est un diagnostic lucide des défis auxquels la population urbaine fait face. Le logement à prix abordable est clairement vu comme une partie de la solution », observe Georges Bullion, directeur général de l’organisme HLM Dynacités et expert auprès du Comité européen pour l’habitat social (Cecodhas).

La Seine-Saint-Denis en exemple

Multiplier les logements bon marché ne suffit cependant pas à redonner du souffle à un territoire, dont la bonne santé repose surtout sur l’emploi. Dans ce domaine, les expériences les plus innovantes sont parfois menées par les villes les plus déshéritées. Dans son rapport, la Commission cite l’Agglomération de La Plaine, en Seine-Saint-Denis, comme un modèle du genre. Les huit communes qui la composent (Aubervilliers, Saint-Denis, La Courneuve, Stains, Pierrefitte, Villetaneuse, Epinay-sur-Seine et l’Ile-Saint-Denis) font face à un paradoxe  : alors que La Plaine représente le troisième pôle régional de services aux industries, le chômage culmine à 14%. En cause, l’inadéquation entre les besoins des employeurs et la qualification de la population locale, dont une infime minorité (6%) détient un diplôme d’études supérieures.

En 2005, l’Agglomération a donc lancé « une charte » à destination des entreprises. Celles-ci s’engagent à accorder une « attention particulière » aux candidatures émanant des habitants des huit communes, étudient les demandes des stages, participent à des forums sur l’emploi etc. Une centaine d’entreprises y participent et 1300 recrutements ont été effectués par ce biais en 2009.

Un autre projet, co-financé par l’UE, a permis le lancement de maisons de l’emploi, implantées dans chacune des huit communes concernées et organisées en réseau. Outre le suivi des demandeurs, les centres proposent également des cours de français et misent sur le placement de chômeurs sur les chantiers de rénovation urbaine. Depuis 2007, sept maisons de l’emploi ont été créées. La dernière devrait voir le jour à la Courneuve au printemps 2012. L’État, qui avait promis de financer l’ensemble des structures à hauteur de 1 million d’euros, a finalement retiré sa mise. Compliquant de fait l’aboutissement du projet.