L’absence du Kosovo à une réunion UE-Balkans occidentaux provoque de vives réactions
Le Premier ministre du Kosovo et son vice-Premier ministre étaient tous deux absents d’une réunion informelle réunissant les dirigeants de la région des Balkans occidentaux et des membres de la Commission européenne à Tirana lundi, ce qui n’est pas passé inaperçu au vu des récentes tensions avec l’Albanie.
Le Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, et son vice-Premier ministre, Besnik Bislimi, étaient tous deux absents d’une réunion informelle réunissant les dirigeants de la région des Balkans occidentaux à Tirana lundi (17 juillet), ce qui n’est pas passé inaperçu au vu des récentes tensions avec l’Albanie. Les responsables kosovars ont démenti les affirmations selon lesquelles ils n’avaient pas été invités ou que l’entrée leur avait été refusée.
La réunion s’est déroulée à Tirana, en présence notamment du Premier ministre albanais Edi Rama, la ministre albanaise des Affaires étrangères Olta Xhaçka, la Première ministre serbe Ana Brnabić et les Premiers ministres de la Macédoine du Nord, Dimitar Kovačevski, et du Monténégro, Dritan Abazović. Le commissaire européen à l’Élargissement et à la Politique européenne de voisinage, Olivér Várhelyi, était également présent, semble-t-il pour discuter du prochain sommet du processus de Berlin, qui doit se tenir dans la ville en octobre.
Toutefois, le Kosovo n’était pas représenté et plusieurs médias locaux ont affirmé que la délégation kosovare n’avait pas été invitée, ce que le porte-parole de M. Bislimi a démenti.
« La nouvelle d’hier concernant la participation du vice-Premier ministre M. Bislimi à la réunion informelle de Tirana n’est pas vraie. Elle n’était pas prévue, et encore moins confirmée. Puisqu’il n’y a pas eu de confirmation de la part du vice-Premier ministre M. Bislimi, il n’était même pas possible de refuser sa participation ou sa présence », a déclaré le porte-parole dans un communiqué.
« Par conséquent, les informations diffusées par certains médias albanais concernant le refus [des responsables kosovars de participer à la réunion] ne sont rien d’autre que des spéculations. Nous ne pouvons que spéculer sur leur origine », a déclaré le porte-parole.
Ces spéculations sont apparues dans un contexte de relations tendues entre Pristina et Tirana, M. Kurti ayant refusé de rencontrer M. Rama il y a dix jours dans la capitale kosovare. Cette rencontre aurait dû avoir lieu après que le Premier ministre albanais a déclaré que l’initiative « Mini-Schengen » avait atteint son objectif et qu’il fallait désormais se concentrer sur le processus de Berlin — une initiative allemande de 2014 qui vise à renforcer et à approfondir l’intégration régionale dans et avec les Balkans occidentaux. Il avait ensuite effectué une tournée des pays de la région pour rencontrer leur dirigeant respectif.
Cependant, M. Kurti avait refusé la rencontre, réclamant à la place que M. Rama le rejoigne pour conclure les accords qui auraient dû être signés à la fin du mois de juin. Ces accords n’avaient pas été signés parce que M. Rama avait annulé la rencontre en raison de sanctions imminentes de l’Union européenne.
Critiques de l’opposition kosovare
Le Kosovo a fait l’objet d’une série de mesures de sanctions imposées par l’UE en raison de ce que Bruxelles considère comme un échec dans l’apaisement des tensions entre les Kosovars et les Serbes du nord du pays.
Toutefois, ce différend n’a rien à voir avec l’absence du Kosovo lors de la réunion de lundi : le porte-parole du gouvernement, Preparim Kryeziu, a précisé que M. Kurti avait informé M. Rama qu’il ne pourrait pas venir cette fois-ci, car il y a plusieurs mois, il avait confirmé sa participation à une conférence en Crète.
Cependant, les figures de l’opposition au Kosovo ont critiqué l’absence de M.Kurti : l’ancienne ambassadrice du Kosovo aux États-Unis et vice-présidente actuelle du Parti démocratique du Kosovo (PDK), Vlora Çitaku, l’a qualifiée de puérile et a déclaré qu’il s’agissait d’une réunion importante.
« Le Premier ministre [Albin] Kurti a eu un comportement puéril et politiquement irresponsable. Comment une conférence sur les belles îles grecques pourrait-elle être plus importante qu’une réunion avec les dirigeants de la région et la Commission européenne à Tirana ? Le Premier ministre Edi Rama ne vous a pas invité à un mariage familial, mais à une réunion avec les dirigeants de la région, dans le cadre du processus de Berlin », a-t-elle écrit sur Facebook.
Le président de l’Alliance pour un nouveau Kosovo (AKR), Behgjet Pacolli, a également critiqué l’absence de M. Kurti.
« L’absence du Kosovo à la réunion préparatoire du sommet de Berlin, qui qu’en soit le responsable […] est la pire nouvelle qui puisse arriver au Kosovo. Cette initiative se concentre sur l’intégration la plus rapide possible de la région à l’UE et de nombreuses concessions ont été faites pour le Kosovo, compte tenu du fait que la Serbie a toujours rejeté la participation du Kosovo », a-t-il déclaré, notant que cette absence « rend la Serbie très heureuse ».
M. Kurti a fait l’objet de critiques dans son pays en raison des tensions persistantes avec la Serbie ainsi que de positions fermes de l’Union européenne et des États-Unis sur la question. Ces critiques ont atteint leur paroxysme lors d’une bagarre générale au parlement jeudi dernier.
Alors que M. Kurti évoquait la fuite d’une conversation enregistrée entre la présidente du groupe de son parti Autodétermination, Mimoza Kusari-Lila, et le président de la Liste serbe pour le Kosovo, Milan Radoičić, recherché par les autorités de Pristina, le député de l’opposition Mergim Lushtaku a jeté de l’eau sur M. Kurti et sur M. Bilsimi. Une foule de députés, de membres de la sécurité et de policiers s’est alors engagée dans une altercation.
M. Rama a publié un message sur Facebook après la réunion de lundi, indiquant que les dirigeants de la région avaient discuté du nouveau plan économique et d’investissement global pour les Balkans occidentaux, et a posté une photo de tous les dirigeants présents.
À propos de l’absence de M. Kurti, il a déclaré que le « plan s’intégrera à ce dont nous disposons » et que tous les dirigeants avaient été invités, ajoutant que « ceux qui le voulaient sont venus et ceux qui ne pouvaient pas ne sont pas venus ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]