L’agence de normalisation des télécommunications de l’ONU prévoit d’ouvrir un bureau à Bruxelles

L’Union internationale des télécommunications (UIT) des Nations unies envisage d’ouvrir un nouveau bureau à Bruxelles, les États membres de l’UE ayant demandé que les intérêts de l’Union soient mieux représentés au sein de l’influent organisme de normalisation.

Euractiv.com
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L’UIT est l’agence des Nations unies chargée des technologies de télécommunication. Depuis 1865, cet organisme élabore les normes internationales qui définissent le fonctionnement de l’infrastructure numérique mondiale. [SHUTTERSTOCK/Michael Derrer Fuchs]

L’Union internationale des télécommunications (UIT) des Nations unies envisage d’ouvrir un nouveau bureau à Bruxelles, les États membres de l’UE ayant demandé que les intérêts de l’Union soient mieux représentés au sein de l’influent organisme de normalisation.

L’UIT est l’agence des Nations unies chargée des technologies de télécommunication. Depuis 1865, cet organisme élabore les normes internationales qui définissent le fonctionnement de l’infrastructure numérique mondiale.

En septembre dernier, l’UIT a procédé à l’élection de ses dirigeants. La candidate américaine Doreen Bogdan-Martin, qui bénéficiait du soutien de l’Occident, a remporté à une large majorité la victoire sur le candidat russe au poste de secrétaire général.

Le deuxième poste le plus élevé, celui de secrétaire génétal, revient à un européen, Tomas Lamanauskas, de nationalité lituanienne.

L’idée de s’installer à Bruxelles a commencé à circuler en décembre, lorsque M. Lamanauskas, qui n’avait pas encore officiellement pris ses fonctions, s’est rendu à Bruxelles pour rencontrer les principaux responsables européens. Alors que l’agence des Nations unies possède plusieurs bureaux sur tous les autres continents, en Europe, l’UIT ne dispose d’un siège qu’à Genève.

« Nous avons discuté de la manière de dynamiser les relations entre l’UIT et l’UE dans le cadre d’une discussion générale sur la manière de mieux nous engager avec les pays participants au niveau régional à travers le monde », a déclaré M. Lamanauskas à EURACTIV. Il a également souligné que le bureau de Bruxelles était une possibilité parmi d’autres sur la table.

Actuellement, la coordination européenne relative aux travaux de l’UIT s’effectue dans le cadre de la Conférence européenne des administrations des postes et télécommunications (CEPT). Les activités de la CEPT sont toutefois principalement dominées par le Royaume-Uni, qui fournit de nombreux experts techniques.

Par conséquent, de nombreuses propositions de normalisation discutées au sein de la CEPT proviennent de Londres et, à ce titre, ne correspondent pas nécessairement aux intérêts de l’UE.

Une récente discussion au sein du Conseil de l’UE a révélé que les États membres sont favorables à la mise en place d’un mécanisme de coordination renforcé avec l’UIT. Les exemples passés montrent que, lorsqu’elle parle d’une seule voix, l’Europe défend efficacement ses intérêts au sein de l’organisme international.

L’année dernière, la Chine a tenté de faire figurer sa vision d’un Internet plus centralisé — le « New IP » — dans le mandat de l’UIT. Cette proposition toutefois a été repoussée en raison de l’unité du front occidental. Ce type de coordination reste néanmoins ponctuel et non structuré.

Au cours de la réunion inaugurale du groupe « Télécommunications » du Conseil de l’UE, durant laquelle le haut fonctionnaire de la Commission chargé de la politique numérique, Roberto Viola, a prononcé son discours programmatique annuel, plusieurs pays ont soulevé la question de l’efficacité de la coordination européenne au sein de l’UIT.

Les représentants des pays qui se sont exprimés étaient la Bulgarie, la Finlande, l’Estonie, la France, l’Espagne, la Lituanie, le Portugal, le Danemark, la Slovénie, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce et la Hongrie. Le débat s’est ensuite déplacé, les autres pays ne voyant pas la nécessité de réitérer ce point auprès de la Commission.

La question d’un bureau de l’UIT à Bruxelles n’a pas été directement abordée, bien que des rumeurs aient commencé à circuler entre les représentants nationaux. Deux des quatre diplomates européens auxquels EURACTIV s’est adressé étaient déjà au courant des propositions, tandis que les autres n’en avaient pas entendu parler.

La stratégie de normalisation de la Commission a pour objectif de mieux faire entendre la voix de l’UE dans ces forums internationaux. Toutefois, selon un diplomate, l’exécutif européen semble plus soucieux de « remplir les critères » et de finaliser son programme de travail avant la fin de son mandat en 2024.

L’avantage que présente un bureau à Bruxelles pourrait être de créer une plateforme permanente permettant aux pays de l’UE de parvenir à une position unique et de transmettre des instructions claires à leurs capitales nationales. Il pourrait également contribuer à encourager la participation des représentants de l’industrie, des universitaires et d’autres parties prenantes.

Un deuxième diplomate a toutefois averti que cette demande ne serait pas nécessairement bien accueillie à l’étranger. « Quelle sera l’opinion des autres régions de l’UIT si un bureau spécifique est créé à Bruxelles ? L’UIT est bien plus large que l’Europe ».

M. Lamanauskas écarte néanmoins volontiers ces craintes. « Cet effort visant à renforcer notre engagement n’est pas exclusif à l’UE. Par exemple, l’UIT inaugure un bureau de l’innovation à New Dehli. »

Un autre élément à prendre en considération est le fait que l’influence s’exerce la plupart du temps à double sens. Les organisations internationales qui s’installent à Bruxelles sont généralement prêtes à influencer le processus décisionnel de l’UE plutôt qu’à le soutenir. Le nouveau bureau permettrait également de relayer l’information au reste de l’UIT.

L’agence des Nations unies doit tenir en juillet la première réunion du conseil de ce mandat, au cours de laquelle seront exposés les plans stratégiques et budgétaires pour les quatre années à venir. Les semaines suivantes seront donc décisives si l’UE veut s’assurer un ancrage plus durable dans l’UIT — et l’UIT dans l’UE.

La Commission européenne a décliné la demande de commentaire d’EURACTIV.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]