Lancement des négociations commerciales entre l’UE et les États-Unis
L’Union européenne et les États-Unis ont lancé lundi (17 mai) des négociations sur un partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (PTCI) après que la France a livré une bataille durement menée afin d’exclure le secteur audiovisuel.
L’Union européenne et les États-Unis ont lancé lundi (17 mai) des négociations sur un partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (PTCI) après que la France a livré une bataille durement menée afin d’exclure le secteur audiovisuel.
« Notre effort commun s’inscrit dans notre programme global pour la croissance et l'emploi des deux côtés de l'Atlantique en stimulant le commerce et l'investissement. Il s'agit également d'une preuve évidente de notre détermination à créer un monde ouvert et fondé sur des règles », a déclaré le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, lors d'une conférence de presse au sommet du Groupe des huit (G8) en Irlande du Nord.
« Nous comptons aller rapidement de l'avant. Nous pouvons dire qu'aucun de nous ne cédera sur le contenu au nom de la rapidité, mais nous comptons progresser rapidement », a-t-il ajouté.
Bruxelles et Washington espèrent tenir leur promesse et conclure les négociations avant la fin du mandat de la Commission en octobre 2014. Beaucoup affirment cependant que le calendrier ambitieux n'est pas réaliste étant donné que l'UE négocie un accord de libre-échange avec le Canada depuis plus de quatre ans. D'autres font référence aux négociations sur l'accord de libre-échange nord-américain (ALENA), qui ont duré 14 mois.
Un parcours semé d'embûches
Le parcours sera toutefois semé d'embûches, comme l’a prouvé le dernier conflit sur la protection des films et de la culture mené par la France.
Paris a insisté pour que le secteur audiovisuel ne fasse pas partie des négociations. Un compromis a finalement été trouvé après 13 heures de discussions : l'exigence de la France a été approuvée, mais la Commission pourrait revenir sur la question le cas échéant.
La bataille de longue haleine sur l'exclusion du secteur audiovisuel du mandat de négociation a incité José Manuel Barroso à déclarer, dans un entretien avec l’International Herald Tribune, que les personnes qui redoutent une invasion culturelle américaine en Europe s’opposent à la mondialisation.
De tels détracteurs « ne comprennent pas les avantages que la mondialisation apporte aussi d'un point de vue culturel », a-t-il ajouté, en qualifiant cette opposition d'extrêmement réactionnaire vis-à-vis de la culture.
Bon nombre de représentants français ont réagi sévèrement aux commentaires du président de la Commission. Jean-Christophe Cambadélis, secrétaire national chargé des questions européennes pour le Parti socialiste au pouvoir, a qualifié les remarques du haut fonctionnaire de l'UE d' « intolérables ». Il a également indiqué qu'il devrait « retirer ses propos ou démissionner ».
Selon un porte-parole de la Commission, il n'existe pas de désaccord fondamental entre la Commission et le gouvernement français à cet égard.
« La Commission estime que certains pays doivent changer s'ils veulent rester des acteurs mondiaux en période de mondialisation. Nous sommes ici pour avoir un débat constructif avec toutes les parties prenantes et non pour être insultés à cause de nos idées », a-t-il ajouté.
Lors d'un discours hier à Ulster, José Manuel Barroso a déclaré qu'il ne sous-estimait pas le défi principal de cet accord commercial ambitieux : le rapprochement des régimes réglementaires et la lutte contre les conséquences néfastes des barrières commerciales dressées derrière les frontières.
« La réduction de la paperasserie et des règlements cohérents à l’avenir devraient engendrer des bénéfices économiques importants. Je préférerais que nos entreprises investissent dans de nouveaux produits et services innovants et dans la création d'emploi plutôt que dans plusieurs inspections qui font double emploi ou même dans des chaînes de fabrication distinctes », a-t-il ajouté.
Un accord complet entre l'UE et les États-Unis pourrait, avec le temps, accroître le PIB de l'UE de 0,5 % par an et permettre de créer environ 400 000 emplois dans l'Union, selon l'exécutif européen.
Les États-Unis et l'Europe représentent près de la moitié de la production totale mondiale et un tiers des échanges commerciaux. Le partenariat transatlantique est déjà le plus grand au monde : les échanges de biens et services équivalent à 2 milliards d'euros par jour.
Une étude publiée hier par la fondation Bertelsmann montre que Washington serait le principal bénéficiaire d'un accord commercial transatlantique. Selon des économistes de l'institut IFO, basé à Munich, et auteurs de l'étude, un accord augmenterait à long terme les revenus de 13,4 % par Américain, mais de seulement 5 % en moyenne pour les habitants des Vingt-Sept.
« En raison du nombre d'emplois qu'il crée et de la dimension stratégique de nos actes : écrivons le prochain chapitre de notre histoire commune, forgée par le sentiment que nous partageons les mêmes principes et valeurs, les principes et valeurs d'économies et de sociétés ouvertes », a affirmé M. Barroso.
Les conséquences mondiales du PTCI
Les conséquences de cette zone de libre-échange sur les relations avec les économies émergentes et en développement soulèvent toujours des questions.
M. Barroso a répété hier qu'un tel accord était « également bénéfique pour le reste du monde ».
« Étant donné que les chaînes d'approvisionnement sont intégrées dans les marchés mondiaux actuels, tout le monde peut tirer profit de cet accord », a-t-il poursuivi.
À la suite de l'échec du cycle de Doha en 2008, les États-Unis et l'Europe ont tous deux tenté de conclure autant d'accords de libre-échange que possible. Bruxelles à elle seule négocie avec plus de 80 pays.
Le premier cycle des négociations entre l'UE et les États-Unis se déroulera à Washington le 8 juillet, selon un communiqué de la Maison-Blanche.