Lancement d'un prix européen de l'innovation politique

Après une élection marquée par l’effondrement des partis politiques traditionnels, le prix de l’innovation politique compte lutter contre la défiance grandissante des citoyens à l’égard de la classe politique.

EURACTIV.fr
Le prix de l’innovation politique sera décerné en décembre 2017.
Le prix de l'innovation politique sera décerné en décembre 2017.

Après une élection marquée par l’effondrement des partis politiques traditionnels, le prix de l’innovation politique compte lutter contre la défiance grandissante des citoyens à l’égard de la classe politique.

La politique va avoir son prix pour l’innovation. Pour la première fois, une centaine de projets sélectionnés en France vont concourir pour le prix de l’innovation politique, qui récompense les  meilleures initiatives politiques en Europe.

Alors que la défiance des citoyens envers les partis traditionnels et les institutions nationales ou européennes n’a jamais été aussi forte, le prix de l’innovation politique compte mettre un coup de projecteur sur les initiatives qui fonctionne.

Objet de méfiance

« La politique est devenue un objet de méfiance pour les citoyens » explique Lena Morozova-Friha, directrice du développement d’Europanova, qui organise le prix pour la version française.

« Les politiciens, la politique et les institutions sont en train de perdre leur crédibilité partout en Europe » affirme, Jürgen Gangoly un des fondateurs du prix. « À tel point qu’aujourd’hui seuls 8% des jeunes de moins de 30 ans font confiance aux partis politiques » souligne-t-il.

Pour sa première année d’existence, le prix a été lancé dans huit pays européens: Autriche, Bulgarie, France, Allemagne, Italie, Pologne, Suède et le Royaume-Uni.  À termes, l’initiative devrait être élargie aux 47 États membres du Conseil de l’Europe.

« Nous voulons améliorer la réputation des hommes et femmes politiques en Europe » reconnait Jürgen Gangoly. Mais aussi récompenser les jeunes porteurs de projets  politiques, trop souvent bloqués dans les formations politiques traditionnelles. « Une récompense leur donnera plus de poids pour défendre leurs idées », affirme-t-il.

Concrètement, les projets sélectionnés doivent répondre à un certain nombre de critères (soutien d’un homme politique, atteindre 1000 personnes, etc.). Un jury composé de 1000 citoyens européens départagera ensuite les projets sélectionnés, qui seront officiellement récompensés en décembre 2017.

Camp de la Linière

En France, plusieurs projets sont d’ores et déjà en lice, comme celui du premier camp humanitaire français, porté par le maire écologiste  de Grande-Synthe, Damien Carême. En 2015, cette commune du Nord s’est retrouvée confrontée à un afflux de réfugiés dans la foulée de la fermeture de la jungle de Calais, en 2015.

« Alors qu’on accueillait en moyenne une trentaine de réfugiés, en 2015 ce nombre est brutalement passé à 2500 », raconte le maire EELV de la commune de 22 000 habitants. Face à l’inertie de l’État et aux conditions de vie inhumaines des réfugiés attendant un hypothétique passage au Royaume-Uni, le maire fait appel à Médecins du Monde et entame la construction d’un camp répondant aux normes du Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies. « La construction du camp a été un véritable bras de fer avec l’État, qui craignait un appel d’air », explique Damien Carême. Le camp a tenu 18 mois, jusqu’en avril dernier, lorsqu’un incendie l’a finalement détruit.

Mais le résultat de l’action politique a été au rendez-vous. « Ma commune connait un taux de chômage de 24% et 33% de la population vit sous le seuil de pauvreté » détaille  Damien Carême. Pourtant, « c’est la seule du département où la gauche est arrivée en tête, et une des cinq à avoir mis Macron devant Marine Le Pen au second tour » détaille-t-il.

De son côté, Vincent Chauvet, élu local de la commune d’Autun a porté la première initiative citoyenne européenne sur le roaming. Cette forme de pétition donne la possibilité à un million de citoyens issus de 7 Etats membres minimum de demander à Bruxelles de se pencher sur un dossier en particulier.  « Nous avons déposé cette initiative visant à abolir les frais d’itinérance pour le téléphone portable  en 2012 via le réseau Erasmus », explique le jeune élu du Modem.

Cette initiative citoyenne européenne n’avait pas abouti, faute de signature, mais surtout  en raison de la complexité du système de pétition mis en place par la Commission. « Mais 5 ans plus tard la thématique est en passe d’aboutir » s’est félicité Vincent Chauvet

En Marche !

Plus surprenant, le mouvement en Marche lancé il y a moins d’un an par Emmanuel Macron, concourt également. « Nous avons beaucoup réfléchi à l’opportunité de sélectionner le mouvement » explique Lena Morozova-Friha, qui a justifié ce choix par « la mobilisation sans précédent qu’En Marche a provoquée chez des personnes n’ayant jamais fait de politique avant ».

Une mobilisation qui s’est également traduite dans les investitures du mouvement pour les élections législatives du mois de juin, où plus de la moitié des candidats En Marche n’ont jamais exercé de fonctions politiques auparavant.

« Nous avons essayé d’insuffler un esprit de start-up à la politique » explique Sandro Martin, conseiller d’Emmanuel Marcon pour la société civile. Par la simplification de l’adhésion au mouvement notamment. Les sympathisants peuvent ainsi rejoindre le mouvement via un simple clic, créer librement des comités local. Un fonctionnement loin du traditionnel « encartement » auprès d’un parti. « Aujourd’hui, En Marche revendique 300 000 adhérents, c’est plus que n’importe qule parti politique en France » conclut Sandro Martin.