L’augmentation de la consommation de gaz hilarant préoccupe l’Agence européenne des médicaments

Un nouveau rapport de l’Agence européenne des médicaments (EMA) révèle que l’utilisation récréative du protoxyde d’azote, également appelé gaz hilarant, est en hausse dans les États membres de l’UE, malgré les dangers associés à cette drogue.

Euractiv.com
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Si les informations disponibles sur l’utilisation sont limitées et varient selon les pays, il est clair que l’utilisation a fortement augmenté chez les jeunes au cours de la dernière décennie. [<a href="https://www.shutterstock.com/de/image-photo/london-england-august-2014-nitrous-oxide-1404940571" target="_blank" rel="noopener">[Shutterstock: Lenscap Photography]</a>]

Un nouveau rapport de l’Agence européenne des médicaments (EMA) révèle que l’utilisation récréative du protoxyde d’azote, également appelé gaz hilarant, est en hausse dans les États membres de l’UE, malgré les dangers associés à cette drogue.

Ce gaz, généralement vendu en petites bonbonnes destinées au secteur culinaire, est injecté dans des ballons puis inhalé par les individus qui éprouvent alors un état d’euphorie passager. Il est notamment populaire dans les soirées et les boîtes de nuit, et il est possible de se procurer une cartouche pour seulement un euro.

« L’augmentation de l’usage récréatif du protoxyde d’azote dans certaines régions d’Europe est préoccupante », a déclaré Alexis Goosdeel, directeur de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), dans une déclaration faisant suite à la publication du rapport lundi (21 novembre).

Le rapport comprend des études de cas réalisées aux Pays-Bas, en France, au Danemark, en Lituanie, en Irlande, au Portugal et au Royaume-Uni.

Si les informations disponibles sur l’utilisation sont limitées et varient selon les pays, il est clair que cette dernière a fortement augmenté chez les jeunes au cours de la dernière décennie.

« Les utilisateurs ont généralement l’impression que l’inhalation de protoxyde d’azote est sans danger. Pourtant, nous constatons qu’une utilisation plus fréquente ou plus importante de ce gaz augmente le risque de dommages graves, tels que des lésions du système nerveux », a ajouté M. Goosdeel.

Les effets de l’inhalation de protoxyde d’azote sont de très courte durée, le pic se produisant environ 10 à 30 secondes après l’inhalation et se dissipant au bout d’une à cinq minutes.

Les effets comprennent des sensations d’euphorie, de calme et de distorsion de la perception, et peuvent s’accompagner de rires ou d’éclats de voix. Selon le rapport, les utilisateurs décrivent un état de « rêve », provoquant des effets « de type psychédélique » ou encore « un sentiment général de détachement (la “dissociation”) ».

Cela peut également causer des sensations plus inconfortables telles que des vertiges, des étourdissements, une désorientation, des maux de tête ou même des nausées et des évanouissements.

« Il est donc important d’éviter de normaliser et de promouvoir involontairement son utilisation », a déclaré M. Goosdeel. Il appelle à la mise en place d’interventions ciblées et à la poursuite des recherches pour mieux comprendre les risques et réduire les dommages potentiels.

Il est très facile de se procurer ce gaz, car il a également un certain nombre d’utilisations non récréatives, notamment en médecine, en cuisine et dans l’industrie.

Ce gaz est surtout un additif alimentaire reconnu (E942) largement utilisé comme gaz propulseur dans la production de crème fouettée.

Il est disponible soit sous la forme d’un aérosol contenant un mélange pressurisé de crème et de gaz dissous, soit sous la forme de petites bonbonnes amovibles, qui constituent l’une des principales sources de protoxyde d’azote à usage récréatif, précise le rapport.

Ces petites bonbonnes sont vendues dans les supermarchés, les magasins de proximité et en ligne. Le rapport note une hausse des ventes de cylindres plus grands, jusqu’à 15 kg, depuis 2017, qui permet de réduire les coûts.

« La popularité croissante du protoxyde d’azote pourrait s’expliquer dans une certaine mesure par sa facilité d’accès, son faible prix, ses effets de courte durée et sa perception générale par les utilisateurs comme une drogue relativement sans danger et socialement acceptable », indique le rapport concernant cette utilisation croissante.

De graves conséquences en cas d’usage régulier

Le rapport fait état de hausses significatives des intoxications liées au protoxyde d’azote dans certains pays.

Aux Pays-Bas, le nombre d’appels liés à l’utilisation de « gaz hilarant » signalés par le Centre national d’information en matière d’intoxications (NVIC) est passé de 13 en 2015 à 128 en 2019 et 144 en 2020. Ce nombre a toutefois diminué pour atteindre 98 en 2021.

En France, les centres antipoison ont également constaté une augmentation. Ils ont ainsi signalé 134 appels en 2020. Ce chiffre est passé de 46 en 2019 à 10 en 2017 et 2018.

En ce qui concerne le Danemark, le centre antipoison national a enregistré 73 appels en 2021, soit une baisse par rapport aux 90 appels de 2020. Il convient toutefois de comparer ce chiffre à une augmentation générale, qui était de 62 en 2019, 39 en 2018 et 18 en 2017.

Ainsi, même si l’usage récréatif du « gaz hilarant » a longtemps été considéré comme relativement inoffensif, son utilisation régulière et intensive est associée à une longue liste de dommages pour la santé, dont certains sont très graves.

De nombreux risques découlent également de la façon dont le gaz hilarant est utilisé. En effet, cette pratique peut causer des lésions pulmonaires en raison de la pression élevée des bouteilles de plus grande taille. Les utilisateurs risquent également l’hypoxie, qui se traduit par une diminution de l’apport d’oxygène aux tissus, ainsi que des gelures provoquées par l’exposition de la peau au gaz extrêmement froid émis par les bouteilles.

Le protoxyde d’azote peut également désactiver la vitamine B12 dans l’organisme, une vitamine essentielle au bon fonctionnement des nerfs. Il s’agit là des « principaux risques sanitaires associés à l’utilisation chronique du protoxyde d’azote », indique le rapport.

L’agence européenne des médicaments a également cité des troubles hématologiques résultant d’une utilisation répétée et des troubles neurologiques tels que la myéloneuropathie, une maladie qui regroupe les affections de la moelle épinière et qui est souvent observée en cas de carence en vitamine B12.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]