Le ministre portugais de la Santé appelle à la prudence sur la dépénalisation des drogues de synthèse

Le ministre portugais de la Santé, Manuel Pizarro, a appelé à « beaucoup de prudence » dans le processus de dépénalisation des drogues de synthèse afin de s’assurer que cette « bonne idée » ne finisse pas par rompre la distinction entre consommation et trafic.

Lusa Portugal
Lisbonne
M. Pizarro s’est adressé aux journalistes en marge d’un événement organisé dans le cadre de l’initiative Open Health, à Serpa, dans la municipalité de Beja, dans le sud du Portugal. [[Shutterstock/Andre Roque Almeida]]

Le ministre portugais de la Santé, Manuel Pizarro, a appelé à « beaucoup de prudence » dans le processus de dépénalisation des drogues de synthèse afin de s’assurer que cette « bonne idée » ne finisse pas par rompre la distinction entre consommation et trafic.

M. Pizarro s’est adressé aux journalistes en marge d’un événement organisé dans le cadre de l’initiative Open Health, à Serpa, dans la municipalité de Beja, dans le sud du Portugal.

« Je suis avec intérêt et de manière positive la question de l’extension de la dépénalisation aux drogues de synthèse, mais je pense qu’il faut faire preuve de beaucoup de prudence dans la manière de procéder », a-t-il ajouté.

« Il ne faut pas profiter d’une bonne idée » pour rendre les drogues de synthèse « équivalentes à toutes les autres substances addictives et interférer dans la question des quantités que chacun peut posséder et qui permettent de différencier la consommation du trafic », a-t-il poursuivi.

« Il convient de ne pas ajouter des difficultés au travail des entités policières et judiciaires sur le terrain, qui consiste à faire la distinction entre les consommateurs, qui doivent être aidés à accéder au système de santé, et les trafiquants, qui doivent être réprimés pour avoir commis un délit », a-t-il souligné, en référence au cadre juridique portugais existant, qui vise à traiter la consommation de drogues avant tout comme un problème de santé.

S’adressant aux journalistes, le ministre a également rappelé que le Portugal avait pris en 2001 « une mesure pionnière à l’échelle mondiale » en optant pour la dépénalisation de l’usage des drogues — « c’est-à-dire en distinguant ce qui doit être réprimé, durement réprimé, le trafic de drogue, de ce qui doit être traité, surtout dans le contexte de la santé, à savoir la toxicomanie et la dépendance à la drogue ».

Les propositions visant à dépénaliser les drogues de synthèse seront débattues au Parlement mardi (4 juillet). Des initiatives législatives ont été déposées par le parti socialiste (PS) au pouvoir et le parti social-démocrate (PSD), principal parti d’opposition, qui visent tous deux à assimiler les nouvelles substances psychoactives aux drogues classiques, décriminalisant ainsi la possession de petites quantités destinées à la consommation.

Les deux projets de loi mettraient à jour la législation de 1993 qui approuve les règles juridiques applicables au trafic et à la consommation de stupéfiants et de produits psychotropes afin d’éviter les disparités entre les nouvelles substances psychoactives et les drogues de synthèse et de distinguer les trafiquants des consommateurs.

Selon le « Rapport européen sur les drogues : tendances et évolutions » de 2022 publié récemment par l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), dont le siège se trouve à Lisbonne, près de sept tonnes de drogues de synthèse — des substances vendues pour leurs propriétés psychoactives, mais non contrôlées par les conventions internationales sur les stupéfiants — ont été saisies en 2020.

Le rapport fait également état de « préoccupations » concernant le chevauchement croissant entre les marchés des drogues illicites et les marchés des nouvelles substances psychoactives, notant que les consommateurs « peuvent être exposés sans le savoir à des substances à forte teneur susceptibles d’accroître le risque de surdose mortelle ou non mortelle ».

Le rapport indique qu’à la fin de l’année 2021, l’OEDT surveillait environ 880 nouvelles substances psychoactives, dont 52 ont été signalées pour la première fois en Europe en 2021. En 2020, environ 370 nouvelles substances psychoactives précédemment signalées avaient été détectées sur le marché.

En 2020, les États membres de l’UE ont réalisé 21 230 des 41 100 saisies de nouvelles substances psychoactives signalées dans l’Union européenne, en Turquie et en Norvège, pour un total de 5,1 tonnes sur les 6,9 tonnes saisies.