Le 6 mai, l’Europe regardera aussi la Grèce

Une coalition droite-gauche inédite pourrait émerger des urnes lors de l’élection du nouveau parlement. Ce qui pourrait rendre le pays très difficile à gouverner.

EURACTIV.fr
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Une coalition droite-gauche inédite pourrait émerger des urnes lors de l’élection du nouveau parlement. Ce qui pourrait rendre le pays très difficile à gouverner.

L’Europe entière a les yeux rivés sur le scrutin présidentiel français dont le dénouement approche. Mais, dimanche 6 mai, une autre élection devrait retenir l’attention. Les Grecs sont appelés aux urnes pour renouveler les membres de leur Parlement et déterminer ainsi qui tiendra désormais les rênes du pays. 

Manque de légitimité

Nommé en novembre 2011, après le départ contraint et forcé par les Européens de Georges Papandreou, l’économiste Lucas Papademos n’a pas la légitimité des urnes pour rester trop longtemps en place.

L’équipe actuelle mène des réformes très éloignées du vote des citoyens. A l’époque, la gauche avait gagné les élections en expliquant qu’il « restait encore de l’argent »… 

Le chef de l’opposition de droite, Antonio Samaras, en tête dans les sondages, avec seulement 25% des voix, a poussé pour que des élections aient lieu. Il est pourtant en partie responsable du trou béant dans les déficits publics découvert par la gauche (Pasok) à son arrivée au pouvoir en 2009. 

Depuis le début de l’année 2010, la descente aux enfers de ce pays, surendetté et corrompu, fait trembler toute la zone euro. Le cas grec a révélé aux marchés la grande fragilité de la construction de l’union monétaire, dépourvue de gouvernement économique et incapable de mettre en place rapidement des mécanismes de solidarité.  

La Grèce n’emprunte plus sur les marchés et survit grâce à l’aide de la troïka (Fonds monétaire international, Union européenne et Banque centrale européenne), qui lui a déjà prêté 345 milliards d’euros.

11 milliards d’euros 

Depuis l’action de la BCE aurpès des banques et la signature du pacte budgétaire par 25 pays de l’UE, en janvier, une accalmie avait semblé gagner les marchés. Mais, à nouveau, la fébrilité se fait sentir sur les places financières. Confrontée, à d’énormes problèmes d’endettement privé, l’Espagne est pointée du doigt. 

De son côté, la Grèce est loin d’être stabilisée. Le pays a procédé à des coupes drastiques dans ses dépenses publiques faisant passer son déficit de 15,4% en 2009 à 9,2% en 2011. Mais de nouveaux sacrifices, à hauteur de 11 milliards d’euros, doivent être décidés avec les bailleurs de fonds d’ici le mois de juin. 

Le pays, également sous tutelle de la Commission et du FMI pour reconstruire son État, s’apprête donc à élire son nouveau parlement dans un climat très difficile. 

>>> Lire : La difficile métamorphose de la Grèce

Grande coalition

Signe de l’atmosphère « très étrange » qui règne à Athènes, Nick Malkoutzis rédacteur en chef adjoint du quotidien en langue anglaise Kathimerini raconte qu’aucun des deux partis n’a été en mesure de distribuer des tracts, ni d’installer des stands dans la ville pour faire campagne. « Ils n’ont pas d’argent, des dettes énormes et pas payé leur staff depuis des mois. »

A en croire les derniers sondages, une grande coalition de droite et de gauche, inédite en Grèce depuis les années 1950, devrait gouverner le pays. Nouvelle Démocratie pourrait arriver en tête mais son score pourrait être insuffisant pour réunir la majorité nécessaire. 

Les socialistes du Pasok devraient arriver en seconde place, mais leur score est susceptible de chuter en-dessous de la barre des 20%, contre 44% en 2009. A elles deux, ces formations politiques ancestrales devraient rassembler au maximum 50% des suffrages, contre 80% depuis 30 ans. 

Le paysage politique devrait ressortir morcelé du scrutin. Plus de 10 formations pourraient faire leur entrée au Parlement, qui en compte d’habitude maximum cinq. A l’instar d’autres pays de l’UE, l’extrême droite, qui regroupe trois partis différents dont les néo-nazis d’Aube Dorée (environ 5% des voix), pourrait cette fois atteindre près de 18% des voix. 

« Une coalition devrait ressortir de l’élection mais il est très difficile de savoir comment la situation va évoluer après », estime Nick Malkoutzis. Les chiffres des sondages doivent cependant être pris avec prudence. « Il y a maintenant comme un tabou dans la population qui n’ose pas dire qu’elle pourrait voter pour les deux grands partis. Or certains votent pour eux depuis 40 ans, dans l’isoloir ils pourraient donc finalement faire comme d’habitude. » 

Ligne de fracture

Une ligne de fracture s’est dessinée dans la classe politique grecque. Les deux grands partis ont signé le mémorandum de la troïka, qui prévoit les réformes économiques de la Grèce pour les années à venir, quand les petits partis politiques sont opposés au diktat de l’UE et du FMI. 

Reste que gouverner ensemble est une gageure pour ces deux partis politiques historiques. Les gouvernements de coalition ne sont pas du tout une tradition grecque. « Travailler ensemble sera pour eux très difficile », explique Nick Malkoutzis qui craint une situation de blocage à moyen terme.

Casser Merkozy

Malgré les dissensions à prévoir, il faudrait que le gouvernement tienne en place au moins quelques mois, le temps qu’un nouveau climat s’installe dans la zone euro. Depuis ses déclarations sur la nécessité de renégocier le traité pour y inclure des propositions sur la croissance, le candidat socialiste François Hollande a suscité un espoir, presque démesuré, dans les pays de l’UE en difficulté. « L’idée que le couple ’Merkozy’ pourrait se disloquer donne un horizon à beaucoup de gens », avoue le journaliste grec.