Le budget de la défense grec épargné par le plan d’austérité

Au moment où la Grèce doit appliquer un vaste plan d’austérité, le budget militaire serait au contraire largement épargné.

EURACTIV.fr

Au moment où la Grèce doit appliquer un vaste plan d’austérité, le budget militaire serait au contraire largement épargné.

Le plan d’austérité de l’UE et du FMI impose aux Grecs de consentir d’importants sacrifices en matière de revenus et d’accepter un alourdissement de la fiscalité sur la consommation. En revanche, le budget militaire grec semble étrangement préservé de la cure.

Et pourtant, il est le plus élevé de l’UE (autour de 6 milliards d’euro) et le deuxième de l’OTAN si on le rapporte au PIB  : 3% du PIB en 2008 contre 1,7% de moyenne dans les autres pays de l’alliance. Un budget qui était encore plus élevé il y a vingt ans  : 5% en 1990.

En Grèce, cette question transcende les clivages politiques  : la baisse du budget militaire n’est pas envisageable. Car les Grecs continuent à se sentir menacés par la Turquie. « Les incursions aériennes et navales turques en territoire grec sont quotidiennes », explique Fabio Liberti, chercheur à l’IRIS. Par ailleurs, les Grecs éprouvent « un complexe d’enfermement », poursuit-il. Un complexe qui s’est intensifié lorsque Barack Obama a rompu la tradition américaine qui voulait que lors d’une visite en Turquie, le président américain s’arrête à Athènes, explique-t-il.

Interrogé par EURACTIV.fr, le vice-président socialiste grec du Parlement européen Stavros Lambrinidis pointe la situation géopolitique complexe de la Turquie « aux avant-postes de l’Europe, des Balkans et de l’immigration ». Il explique également que « la Grèce est forcée contre son gré de maintenir un budget militaire élevé ». S’il reconnaît la nécessité de réduire le budget, il soutient que « cela ne pourra se faire qu’en coordination avec la Turquie ».

Si la situation peut paraître irrationnelle puisque les deux pays sont dans l’OTAN et donc alliés, Fabio Liberti soutient que la Grèce n’abandonnera son programme militaire qu’à partir du moment où « une véritable politique européenne de défense sera mise en place, avec une clause de défense mutuelle, à l’instar de l’article 5 de la Charte de l’OTAN ». Une évolution pour laquelle la Grèce milite.

Le gouvernement Papandréou a néanmoins prévu une diminution de 10,8% des dépenses de fonctionnement de l’armée et une baisse des dépenses d’armement de 9% en 2010, selon Libération. Rien de comparable avec les autres mesures du plan d’austérité. Mais si le budget militaire de la Grèce revenait au niveau moyen européen, la Grèce économiserait environ 2 milliards d’euros « ce qui n’est pas négligeable, sans être significatif non plus, à l’aune des économies nécessaires », analyse Fabio Liberti.

Toutefois, le maintien du budget militaire grec arrangerait la France et l’Allemagne. « Les industriels de l’armement français et allemands craignent de ne plus être payés », explique le député communiste Jean-Pierre Brard. Selon lui, la Grèce représenterait une part de 13% de l’industrie allemande d’armement. Daniel Cohn-Bendit (Verts-ALE) a également affirmé le 4 mai que les Français et les Allemands n’auraient pas plaidé pour une diminution du budget militaire afin de préserver les débouchés de leur industrie d’armement. Il résume en déclarant : « Pourquoi on pousse les Grecs à continuer à acheter des armes ? Parce que s’ils en achetaient moins, les Français et les Allemands ont peur que les Turcs achètent moins d’armes. Il y a une hypocrisie, on pourrait même dire que c’est une saloperie ! »