Le chef de l'opposition accusé de tentative de coup d'État en Macédoine
Zoran Zaev a été accusé le 31 janvier d'avoir conspiré avec un service de renseignement étranger pour renverser le gouvernement.
Zoran Zaev a été accusé le 31 janvier d’avoir conspiré avec un service de renseignement étranger pour renverser le gouvernement.
Zoran Zaev, chef de file des sociaux-démocrates, a été entendu le 31 janvier par la police macédonienne, qui l’accuse de songer à renverser le gouvernement avec l’aide de services étrangers. L’homme politique a récusé ces allégations, et déclaré que les autorités tentaient d’empêcher la publication de ce qu’il qualifie de preuves irréfutables d’activités illégales menées par le gouvernement conservateur du Premier ministre, Nikola Gruevski.
Le Premier ministre, au pouvoir depuis mi-2006, a accusé Zoran Zaev d’essayer de le faire chanter pour le forcer à organiser des élections anticipées lors de discussions en septembre et en novembre. Son opposant aurait annoncé avoir récolté des preuves contre le gouvernement avec l’aide d’espions étrangers.
« J’ai vu et entendu le chef de l’opposition […] m’informer de sa collaboration avec un service de renseignement étranger », a déclaré Nikola Gruevski.
Le procureur général a confirmé que la police avait porté plainte contre quatre personnes, dont un ancien chef des renseignements et sa femme. Tous, à l’exception de Zoran Zaev, sont en garde à vue. La presse locale a toutefois rapporté que le dirigeant de l’opposition avait dû remettre son passeport aux autorités.
« Prise de pouvoir non démocratique»
Depuis presque un an, le parti social-démocrate refuse de participer aux travaux gouvernement en signe de protestation. Ses membres accusent en effet le gouvernement d’avoir fraudé lors des dernières élections.
L’arrestation possible de Zoran Zaev ne ferait qu’approfondir le clivage politique, tout en amplifiant les inquiétudes de l’Occident quant à ce qui serait perçu comme un signe d’autoritarisme de la part de Nikola Gruevski.
La Macédoine, pays des Balkans sans accès à la mer, compte 2 millions d’habitants. Le pays souhaite entrer à l’OTAN et dans l’UE, mais ces adhésions ont été bloquées par une dispute avec son voisin grec sur le nom de la petite république (voir Contexte).
En 2001, une guerre civile a été évitée de justesse après des affrontements entre les forces gouvernementales et la guérilla albanaise. Au moins 25 % des Macédoniens sont d’origine albanaise et le parti conservateur partage le pouvoir avec un ancien mouvement de guérilla.
Depuis des mois, Zoran Zaev menace de publier des preuves d’activités illégales menées par le gouvernement. Il a indiqué que parmi celles-ci figuraient des accusations qui ébranleraient les relations ethniques dans le pays.
« Même s’ils arrêtent Zaev, ils ne parviendront pas à empêcher la publication des preuves en notre possession », aurait déclaré le dirigeant de l’opposition sur la version Internet de l’hebdomadaire Fokus.
Le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Ivo Kotevski, a déclaré que les intentions de Zoran Zaev équivalent à une tentative de coup d’État. « Pour la première fois depuis l’indépendance, le ministère de l’Intérieur a arrêté une tentative d’atteinte à l’ordre constitutionnel : une prise de pouvoir non démocratique. »