Le compteur Linky sera généralisé, bon gré mal gré

La Commission de régulation de l’énergie a donné son feu vert à l’installation du compteur électrique communicant Linky. Mais de nombreuses questions sur les bénéfices pour le consommateur restent sans réponses.

EURACTIV.fr

La Commission de régulation de l’énergie a donné son feu vert à l’installation du compteur électrique communicant Linky. Mais de nombreuses questions sur les bénéfices pour le consommateur restent sans réponses.

En Europe, seuls 10% des ménages disposent aujourd’hui d’un compteur électrique « intelligent ». La Commission européenne a proposé que, d’ici 2020, 80% des foyers européens aient accès à des systèmes intelligents de contrôle de leur consommation. Les États ont jusqu’au 3 mars 2012 pour procéder à une évaluation économique de ces nouvelles technologies. 

En France, le débat sur le compteur communicant Linky pourrait trouver une issue prochainement. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a rendu un avis positif sur son expérimentation, lundi 18 juillet.

Selon le régulateur, une généralisation rapide de Linky « serait très favorable à l’industrie française », car la France est en avance par rapport à ses concurrents. « L’expérimentation menée par le gestionnaire de réseau de distribution ERDF est sans équivalent à l’étranger », explique la CRE. Ce compteur est « nécessaire pour continuer à garantir la stabilité des réseaux électriques », ajoute-t-elle. 

Au-delà de l’intérêt commercial, c’est bien les bénéfices pour le consommateur que la CRE met en avant. Les utilisateurs seront facturés en fonction de leur « consommation réelle » et plus de données « estimées », avance la CRE. 

Aider à réduire la consommation

Pourtant, les associations de consommateurs continuent de douter des bénéfices de Linky pour les particuliers. Et l’avis de la CRE ne semble pas les rassurer. Selon l’UFC-Que choisir, Linky présente surtout un intérêt pour les gestionnaires de réseaux, qui pourront régler à distance la consommation et donc économiser les coûts de déplacement, et pour les fournisseurs, qui proposeront de nouvelles offres tarifaires plus compétitives en fonction des données réelles de consommation. 

En donnant des informations sur la consommation d’électricité, Linky est censé aider à mieux maîtriser la consommation. « Selon les études internationales sur le sujet, l’accès à ces données induirait une réduction de la consommation entre 0 et 8 % », indique la CRE. L’Ademe évoque de son côté une fourchette entre 5 et 15%.

La maîtrise de l’énergie doit être l’un objectifs de ces compteurs, selon les textes européens. Et le ministre de l’Energie Eric Besson affirme que celle-ci sera prise en compte dans le déploiement de Linky. Reste à savoir comment. Pour l’heure, ERDF renvoie la balle aux fournisseurs d’électricité, qui devront, selon l’entreprise, permettre au consommateur d’avoir accès aux données relatives à leur consommation. 

Etre informé

Par ailleurs, la moitié des compteurs électriques est située en dehors des logements. 

Et, selon l’étude faite par Cap gemini pour la CRE, « un afficheur déporté [boîtier d’affichage de la consommation] qui ne serait que la répétition de l’afficheur du compteur ne permettrait pas au consommateur de maîtriser sa consommation. Pour atteindre cet objectif, le consommateur doit disposer en temps réel de sa consommation en kilowattheures et en euros, voire en contenu de CO2, de la puissance soutirée, de la période tarifaire, ainsi que de fonctions de mémorisation et de comparaison. »

Greffé à l’expérimentation Linky, EDF a lancé une offre test dans les régions Rhône-Alpes et Centre, explique l’opérateur. Pour 3,5 euros par mois, les utilisateurs qui le souhaitent peuvent avoir accès à leur consommation réelle et à une simulation de ce qu’ils devraient consommer. Mais cette information devrait être gratuite, plaide Grégory Caret, directeur des études à l’UFC-Que choisir.

Sans compter le décalage qui peut exister entre l’instant où l’énergie est consommée et le moment auquel le consommateur peut accéder à cette information sur internet.

Un coût « globalement neutre » ?

Le coût de l’installation du compteur dans les 35 millions de foyer français semble quant à lui réglé. Selon la CRE, la généralisation du compteur Linky serait « globalement neutre du point de vue financier ». Elle représenterait même un gain de 0,1 milliard d’euros. Mais le coût total de 4 milliards d’euros ne prend pas en compte la modernisation des réseaux que nécessite l’arrivée de ces nouveaux compteurs. Ni la communication nécessaire auprès du public.

De plus, les investissements d’ERDF sont financés par le tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (Turpe), qui constitue 90% des recettes du distributeur. Or, le Turpe représente 46% de la facture d’électricité du consommateur. Et il n’est pas impossible de voir ce tarif augmenter lors de sa prochaine réévaluation, en 2013.

Par ailleurs, ERDF ne semble pas s’inquiéter d’une éventuelle incompatibilité du compteur Linky avec les premières normes techniques européennes qui seront mises en place d’ici la fin de l’année 2012, conformément aux objectifs de la Commission européenne. «On a voulu un projet interopérable, adaptable à tous les pays européens», assure un responsable de la communication du groupe.

En France, le ministère de l’Energie pourrait prendre un arrêté visant à généraliser Linky cet été.