Le dialogue social sous pression dans une UE touchée par la crise

Le dialogue social subit des pressions intenses dans l’UE en raison de la crise économique, qui touche particulièrement l’Europe de l’Est, indique un rapport présenté par la Commission européenne hier (11 avril).

EURACTIV.com
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Le dialogue social subit des pressions intenses dans l’UE en raison de la crise économique, qui touche particulièrement l’Europe de l’Est, indique un rapport présenté par la Commission européenne hier (11 avril).

 

László Andor, le commissaire en charge de l'emploi et des affaires sociales, a présenté le rapport de 330 pages sur les relations industrielles en Europe pour l'année 2012. Ce document fait le point sur les relations entre les employeurs, les travailleurs, leurs représentants respectifs et les gouvernements.

 

Selon M. Andor, contrairement au rapport d'il y a deux ans, lorsque le dialogue social avait été utilisé dans de nombreux pays afin de trouver des « solutions créatives », l'ampleur de la crise économique a cette fois-ci exacerbé les tensions.

 

Il a indiqué que les réformes introduites au cours de la dernière période n'avaient pas toujours été accompagnées d'un dialogue social pleinement efficace avec des parties prenantes incapables de convenir de la répartition équitable des coûts de la crise.

 

Des relations industrielles « faibles » dans l'Europe de l'Est

 

Le rapport révèle qu'en Europe centrale et orientale, les institutions chargées des relations industrielles restent faibles et fragmentées, à l'exception notable de la Slovénie.

 

Selon des statistiques, environ 70 % des travailleurs sont concernés par des accords négociés sur leur lieu de travail, dans les 15 premiers États membres, . En Europe centrale et orientale, ce chiffre ne s’élève cependant qu’à 44 %.

 

L'affiliation à un syndicat ou à une organisation patronale est moins répandue dans les pays d'Europe centrale et orientale.

 

Dans les 15 premiers États membres, environ deux tiers des employeurs sont affiliés à une organisation de ce type. En Europe centrale et orientale, moins de 40 % le sont.

 

La situation dans les nouveaux États membres varie toutefois fortement. La Bulgarie, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Roumanie sont qualifiées de « libéralistes », avec un État providence « minimaliste » et un marché du travail flexible, marqué par un taux de migration de travailleurs très élevé.

 

En revanche, les pays de Visegrad (la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque, et la Slovaquie) sont des « spécialistes du bien-être », avec un système social généreux, surtout pour les retraités, un marché du travail réglementé et un taux de migration faible, à l'exception de la Pologne.

 

La Slovénie appartient à une catégorique particulière. Elle est « corporatiste », avec un système généreux d'assistance sociale et un faible taux de migration à l'étranger pour le travail. Elle est également le seul nouvel État membre avec une participation élevée des travailleurs à des syndicats et une forte institutionnalisation des négociations collectives.

 

Le marché du travail autrefois solide en Bulgarie et en Roumanie n'a pas été assorti d'un État aussi fort, qui aurait été en mesure de mettre en place un corporatisme et d'inclure des syndicats dans le processus de prise de décision, selon le rapport.

 

La Commission indique qu'un dialogue social bien établi contribue à la prospérité économique. Elle recommande que les pays dans lequel le dialogue social est faible le renforcent.

 

Il faut « reconstruire » un dialogue social en Grèce

 

Lorsqu'on lui a demandé si la politique de la Commission n'était pas schizophrène, car Olli Rehn, le commissaire en charge des affaires économiques et monétaires préconise l'austérité alors que son cabinet soutient la protection sociale, M. Andor a déclaré que M. Rehn plaidait également en faveur d’un dialogue social et que la Commission parlait d'une seule voix.

 

À propos des pays de la zone euro en difficulté, Chypre, la Grèce, l'Irlande et le Portugal, M. Andor a souligné que la Commission avait toujours soutenu que la troïka, à savoir l'UE, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE) implique des partenaires sociaux.

 

Il a ajouté que lors de ses contacts bilatéraux avec des représentants du FMI, il mettait toujours en avant l'importance du respect de la législation européenne sur le travail et les droits sociaux.

 

« Le principe est clair, la pratique est différente. Il existe certainement une différence entre la Grèce et l'Irlande », a expliqué M. Andor. Il a précisé qu'en Irlande, il y avait eu « une certaine coopération tripartite » afin de minimiser les coûts sociaux des réformes, du moins dans le secteur public.

 

« La situation en Grèce a été assez différente. Les partenaires sociaux ont en quelque sorte été écartés », a-t-il déclaré. Il a ajouté qu'en vue de remédier au problème, la Commission entreprendrait des mesures afin de « reconstruire » le dialogue social en Grèce, en collaboration avec l'Organisation internationale du travail.