Le financement du futur mix énergétique français reste flou dans les programmes des candidats

L’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) a présenté son décryptage des programmes Climat des plusieurs candidats à l’élection présidentielle. S’il y a des consensus de bon augure, les stratégies diffèrent et le niveau de préparation est inégal.

Euractiv France
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les principaux candidats à l’élection présidentielle ont répondu à un questionnaire de l’I4CE à propos de leur programme Climat. [metamorworks / Shutterstock]

L’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) a présenté son décryptage des programmes Climat des plusieurs candidats à l’élection présidentielle. S’il y a des consensus de bon augure, les stratégies diffèrent et le niveau de préparation est inégal.

Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Valérie Pécresse, Eric Zemmour – et bientôt Emmanuel Macron lorsqu’il aura officialisé son programme – : les principaux candidats à l’élection présidentielle ont répondu à un questionnaire de l’I4CE à propos de leur programme Climat. Il en ressort un (gros) travail d’analyse croisée, que l’institut a présenté le 9 mars. 

L’une des pilotes du projet, Charlotte Vailles, a souligné que, si « le climat n’est pas présent dans les débats, il est présent dans les programmes », même s’il est « à peine évoqué » par Eric Zemmour et Marine Le Pen.

Un niveau de préparation inégal

Plusieurs consensus entre les candidats sont listés par I4CE : adapter la France aux impacts du changement climatique, donner des moyens aux collectivités locales pour la transition écologique, supprimer les subventions aux énergies fossiles, accompagner les ménages modestes, accélérer la rénovation énergétique des bâtiments… « Il y a des consensus entre les candidats qui nous semblent autant d’opportunités de bien lancer le quinquennat », a estimé Benoît Leguet, le directeur de l’Institut. 

Ces consensus n’empêchent pas différents niveaux de préparation. « Et je ne parle pas de la pertinence des mesures qu’ils proposent, mais de la cohérence » entre les mesures et les budgets alloués, a tenu à préciser Benoît Leguet.

Selon l’analyse de l’institut, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon ont des propositions précises et presque toutes chiffrées, à l’opposé d’Eric Zemmour et de Marine Le Pen. Anne Hidalgo et Valérie Pécresse sont à mi-chemin, avec des propositions moyennement précises et moyennement chiffrées.

Concernant les différentes stratégies envisagées, Charlotte Vailles distingue Valérie Pécresse, qui « mise sur les investissements privés, notamment en favorisant un accès à l’emprunt et en redirigeant l’épargne vers le financement de la transition environnementale ». Elle ne veut pas avoir recours « à plus de réglementations » ni « à plus de fiscalité » pour encourager les acteurs privés à investir. 

Charlotte Vailles regroupe ensuite les stratégies de Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon et Anne Hidalgo. « Tous les trois misent sur la dépense publique, mais aussi sur la fiscalité et sur la réglementation ». À différents degrés, les 3 candidats envisagent par exemple une obligation à rénover les logements ou la modulation du taux de TVA en fonction de l’impact environnemental d’un produit. 

Un moment opportun pour le Climat

L’Institut a réparti les réponses des candidats selon 9 thématiques, dont l’énergie. De manière succincte, voici ce qui en ressort :

  • Jean-Luc Mélenchon : mix énergétique 100 % renouvelable en 2050 grâce à 10,6 milliards d’euros d’investissement par an portés par le « pôle public de l’énergie » issu de la nationalisation d’EDF et d’ENGIE ; fonds chaleur doublé ; sortie du nucléaire grâce à des mesures dont le coût est estimé à 2,2 milliards d’euros sur le quinquennat.
  • Anne Hidalgo : mix énergétique 100 % énergies renouvelables ; pas de relance du nucléaire ; mise en place d’une loi de programmation quinquennale sur les énergies renouvelables déclinée en schémas régionaux.
  • Yannick Jadot : mix énergétique 100 % renouvelable avec des objectifs en matière de photovoltaïque, éolien et biométhane sur le quinquennat grâce à 4 milliards d’euros d’investissement par an ; nationalisation d’EDF ; fonds chaleur triplé ; sortie du nucléaire.
  • Marine Le Pen : fin des projets éoliens et démantèlement des parcs existants ; développement de l’hydrogène, de l’hydroélectricité, et du nucléaire avec la construction de 6 EPR.
  • Valérie Pécresse : fin de l’objectif de réduction de la part du nucléaire à 50 % du mix électrique ; construction de 6 EPR et déploiement de petits réacteurs modulaires ; développement de l’hydroélectricité, des biocarburants et du biogaz ; augmentation du fonds chaleur.
  • Éric Zemmour : relance le nucléaire avec prolongation de la durée de vie du parc existant et la construction d’au moins 14 nouveaux EPR à horizon 2050 ; fin des projets éoliens terrestres et maritimes ; fléchage du soutien public à l’éolien et au solaire vers la géothermie, les réseaux de chaleur et les pompes à chaleur. 

L’analyse des programmes des candidats a conduit l’I4CE à pointer du doigt plusieurs défis insuffisamment traités, dont le financement du nouveau mix énergétique de la France.

Les candidats « sont souvent peu clairs sur qui paiera le surcoût de l’électricité, qu’elle soit nucléaire ou renouvelable » indique ainsi l’institut. « Ceux qui promeuvent la relance du nucléaire ne disent pas quel en sera l’impact sur la facture des consommateurs, ni comment l’État contribuera au financement du vaste programme de construction d’EPR (…). Quant à ceux qui promeuvent les énergies renouvelables, s’ils chiffrent les investissements nécessaires, ils n’expliquent pas quel serait l’impact sur la facture des consommateurs et sur le montant de la Contribution au service public de l’électricité. »

Pourtant, le moment est propice à se pencher en détail sur les moyens pour financer telle ou telle stratégie. En effet, comme le rappelle l’I4CE, le nouveau quinquennat s’ouvrira avec une double opportunité : la loi de programmation des finances publiques et la loi de programmation énergie climat.