Le frelon asiatique ou le tueur d'abeilles qui menace le miel européen

L'insecte a débarqué en France pour la première fois en 2004, probablement dissimulé dans une cargaison de poteries en provenance de Chine. Depuis, il s'est propagé dans une douzaine d'autres pays européens.

/ EURACTIV.com
A beekeeper checks a honeycomb
Un apiculteur vérifie un rayon de miel avant la saison hivernale à Saint-Cézaire-sur-Siagne, dans le sud de la France, le 30 octobre 2017. En France, près de 30 % des colonies d'abeilles disparaissent chaque année à cause des pesticides et du frelon asiatique. [ EPA/SEBASTIEN NOGIER]

Depuis plus de vingt ans, le frelon asiatique terrorise les abeilles européennes, mais les scientifiques ont peut-être enfin trouvé un moyen d’enrayer leur propagation.

Le frelon asiatique ou Vespa velutina, de couleur noir et orange, est doté de pattes jaunes et mesure environ trois centimètres de long. Il a débarqué en France pour la première fois en 2004, probablement dissimulé dans une cargaison de poteries en provenance de Chine. Depuis, il s’est propagé dans une douzaine d’autres pays européens.

Pour Cyndy Adolphe, consultante politique auprès de l’ONG BeeLife, spécialisée dans la protection des pollinisateurs, cette invasion représente un sérieux défi pour l’apiculture de l’Union européenne.

Les apiculteurs des régions touchées ont signalé jusqu’à 50 % de ruches perdues, un frelon étant capable de tuer 50 abeilles par jour. Et avec plusieurs milliers de frelons par nid, le ratio est catastrophique.

La semaine dernière, l’Irlande a annoncé avoir observé pour la deuxième fois le frelon asiatique, et a mis en garde contre une menace pour la biodiversité. Dans le même temps, les médias belges ont rapporté que la Flandre consacrait des milliers d’euros à la lutte contre l’insecte, dont les observations dans les jardins ont doublé cette année.

Comme une traînée de poudre

Les scientifiques connaissent bien la menace que le frelon asiatique fait peser sur les populations d’abeilles européennes.

« Ils se répandent comme une traînée de poudre », résume Sophie Gray, chercheuse à l’Université de Southampton, au Royaume-Uni.

Un seul nid de frelons peut anéantir une ruche entière en quelques jours. De plus, ils ne sont pas faciles à repérer, car ils peuvent se réfugier sous terre, dans des nichoirs à oiseaux, des buissons ou se retrouver perchés à 15 mètres de haut dans un arbre.

Le réchauffement climatique aggrave la situation dans la mesure où un grand nombre de frelons survivent l’hiver et parviennent à rester actifs de juin à novembre.

« Il n’y a plus de répit pour les apiculteurs », prévient Cyndy Adolphe.

Les conséquences sont immédiates. Dans le pire des cas, on estime que les frelons asiatiques coûtent 30,8 millions d’euros par an à l’économie française.

C’est la raison pour laquelle les apiculteurs de l’Union européenne ont adopté des stratégies de destruction des nids et de piégeage, complétées par des raquettes électriques et une meilleure protection des ruches.

Parmi les principaux défis à relever figurent la nécessité de veiller à ce que les pièges ciblent spécifiquement les frelons tout en minimisant les effets négatifs sur la biodiversité.

Pister le frelon grâce à son bourdonnement

Sophie Gray et son équipe pensent avoir découvert comment endiguer l’épidémie de frelons, en suivant le bourdonnement caractéristique de l’insecte.

Leurs recherches montrent que les frelons asiatiques bourdonnent à environ 51 décibels, avec une fréquence fondamentale de 125 Hz. À l’aide d’un microphone directionnel, les nids peuvent être détectés jusqu’à une distance de 20 mètres et peuvent être distingués des abeilles ou des frelons européens.

Le fait de repérer rapidement les nids de frelons pourrait constituer une avancée majeure pour les apiculteurs, car une fois le frelon localisé, c’est une course contre-la-montre qui s’engage.

« Il faut généralement deux à trois jours pour trouver un nid après avoir pisté le frelon », explique Sophie Gray. « Entretemps, ils peuvent avoir anéanti une ruche de 20 000 abeilles ».

Alors que les pollinisateurs européens sont déjà sous pression, cette nouvelle méthode pourrait permettre de discerner le bourdonnement meurtrier du tueur d’abeilles.

(sn, asg)