Pour la droite du Parlement européen, le vin sans alcool n’est pas du vin
Au Parlement européen, la droite mène la « bataille identitaire » contre la volonté de l’Union européenne (UE) de produire davantage de vins sans et à faible teneur en alcool pour répondre à l’évolution des préférences des consommateurs.
BRUXELLES — Au Parlement européen, la droite mène la « bataille identitaire » contre la volonté de l’Union européenne (UE) de produire davantage de vins sans et à faible teneur en alcool pour répondre à l’évolution des préférences des consommateurs.
La commission parlementaire de l’Agriculture et du Développement rural (AGRI) a examiné ce lundi 13 janvier les propositions d’un groupe de haut niveau sur la politique viticole afin d’aider l’industrie en difficulté.
La consommation de vin ayant atteint son niveau le plus bas depuis trois décennies, le groupe a présenté une série de recommandations, notamment une modification des règles européennes qui faciliterait la vente de vins sans alcool et à faible teneur en alcool. L’objectif est d’exploiter un marché en croissance à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Union.
Cependant, pour l’eurodéputé d’extrême droite Gilles Pennelle, du groupe des Patriotes pour l’Europe (PfE), la promotion du « vin sans alcool » n’est pas la réponse aux problèmes du secteur. Pour ce dernier, « l’idéologie hygiéniste » — une mentalité qui donne la priorité à la santé des personnes — veut détruire un « mode de vie ».
Le secteur viticole a pourtant bien été consulté dans le cadre de ce forum.
Un discours similaire a été tenu par l’eurodéputée française Céline Imart, du Parti populaire européen (PPE) de centre droit, qui a dénoncé le discours « exagéré et alarmiste » selon lequel un seul verre de vin peut provoquer un cancer.
Les capitales de l’UE semblent toutefois adopter une attitude plus pragmatique. Même les plus réticentes s’adaptent à l’évolution des goûts des consommateurs, et ce malgré le discours traditionaliste du Parlement.
Le gouvernement italien, par exemple, a signé en décembre un décret autorisant l’étiquetage des vins contenant moins de 0,5 % d’alcool comme étant « désalcoolisés » et celui des vins contenant entre 0,5 % et 8,5 % comme étant « partiellement désalcoolisés ».
Avant que l’Italie ne mette en œuvre cette mesure, l’UE avait déjà reconnu ces deux termes dans la réforme de la Politique agricole commune (PAC) de 2021, qui est entrée pleinement en vigueur en 2023.
Le ministre italien de l’Agriculture, Francesco Lollobrigida, avait déclaré en avril à Vinitaly, la plus grande foire aux vins du pays, que le vin sans alcool ne devrait pas être appelé « vin », mais plutôt « boisson à base de raisins ».
Si l’Europe s’enorgueillit de posséder certains des spiritueux les plus réputés au monde, du cognac français au whisky écossais, les goûts des consommateurs évoluent. L’augmentation des options sans alcool ou à faible teneur en alcool remodèle l’industrie, en raison de la pression exercée par les défis économiques.
Pour sa part, la Commission souhaite permettre à un plus grand nombre de producteurs d’accéder à ce marché en pleine expansion. Une idée envisagée serait de permettre aux vins désalcoolisés d’être certifiés « biologiques », car les méthodes utilisées pour éliminer l’alcool dans les vins ne sont pas actuellement reconnues par les règles de l’UE en matière d’agriculture biologique.
[Édité par Alice Bergoënd]