Le nouveau président polonais promet la souveraineté et défie Bruxelles
« Je serai la voix de ceux qui veulent une Pologne souveraine. Une Pologne qui est dans l’UE, mais qui n’est pas l’UE. Une Pologne qui est et restera la Pologne », a-t-il déclaré mercredi 6 août devant le parlement.
Dans son discours d’investiture, le nouveau président polonais, le conservateur Karol Nawrocki, a promis d’adopter une position plus affirmée face à Bruxelles, déclarant que le pays ne pouvait pas être « une ferme subsidiaire » de l’UE.
Karol Nawrocki, indépendant mais soutenu par le parti Droit et Justice (PiS), a battu de justesse Rafał Trzaskowski, le candidat pro-européen de la Coalition civique (PO) de Donald Tusk, lors de l’élection de juin.
Lors de l’investiture de mercredi 6 août, il a profité de son discours d’investiture au parlement pour critiquer le camp pro-européen du Premier ministre Donald Tusk, déclarant qu’il ne permettrait pas à Varsovie d’être dominée par Bruxelles.
« Je serai la voix de ceux qui veulent une Pologne souveraine. Une Pologne qui est dans l’UE, mais qui n’est pas l’UE. Une Pologne qui est et restera la Pologne. »
Il a appelé à des investissements audacieux et à une ambition renouvelée. « Nous ne pouvons plus être une ferme subsidiaire pour nos voisins occidentaux ou pour l’ensemble de l’UE. »
Concernant ses ambitions en matière de politique étrangère, le nouveau président conservateur a également proposé d’élargir le format de défense des Neufs de Bucarest (B9) aux pays nordiques. Le B9 a été fondé en 2015, un an après l’annexion de la Crimée par la Russie. Il s’agissait d’une initiative conjointe des présidents roumain et polonais de l’époque.
« Le renforcement du flanc oriental de l’OTAN sera l’axe directeur de ma présidence », a également promis Karol Nawrocki.
Appels à l’unité
Réagissant à l’investiture, Donald Tusk s’est adressé à ses partisans dans un message sur X, reconnaissant la déception de son camp. « Nous avons tous cru que l’honnêteté, la bonté et l’amour prévaudraient », a-t-il écrit, ajoutant que « ce qui s’est passé met notre foi à rude épreuve ».
La cérémonie a été suivie d’une messe traditionnelle. L’archevêque Adrian Galbas, une voix modérée parmi les évêques polonais, a utilisé son homélie pour adopter un ton conciliant, avertissant que le « conflit politique de longue date » du pays avait « tragiquement divisé notre nation en tribus hostiles ».
Moins de quelques heures avant l’homélie de l’archevêque, le nouveau président avait attaqué le gouvernement pro-UE du pays, déclarant qu’il « sapait l’État de droit » dans le pays.
Sous les gouvernements précédents menés par le PiS, la Pologne a été confrontée à d’importants différends avec Bruxelles en matière d’État de droit, ce qui a conduit à des poursuites judiciaires et à un gel des fonds. Depuis son entrée en fonction, Donald Tusk s’efforce d’améliorer les relations avec l’UE.
Toutefois, le précédent président, Andrzej Duda, ancien membre du PiS resté proche du parti, a utilisé à plusieurs reprises son droit de véto pour empêcher certaines mesures du gouvernement Tusk. Une présidence de Rafał Trzaskowski aurait mis fin à ce différend entre les deux niveaux de pouvoir.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]