Le Parlement rejette le nouvel objectif de réduction d'émissions : les lobbys en question

Les groupes de pression sont à nouveau au coeur de la controverse, alors que le Parlement européen a refusé hier (5 juillet) d'accroître l'objectif de réduction d'émissions de CO2 de l'UE de 20 % à 30 % par rapport aux niveaux de 1990.

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Les groupes de pression sont à nouveau au coeur de la controverse, alors que le Parlement européen a refusé hier (5 juillet) d'accroître l'objectif de réduction d'émissions de CO2 de l'UE de 20 % à 30 % par rapport aux niveaux de 1990.

Le Parlement a rejeté un projet de résolution après qu'il a été édulcoré par un amendement.

Selon Bas Eickhout, eurodéputé danois Vert et rapporteur de la position du Parlement concernant les objectifs de réduction d'émissions de CO2 de l'UE, le vote a été influencé de manière non démocratique par des groupes de pression.

« Les libéraux allemands n’ont pas suivi la ligne défendue par le groupe en raison de fortes pressions exercées par le secteur de l’industrie », a-t-il confié à EURACTIV.

« BusinessEurope a fait pression pour qu'aucun changement ne soit apporté, en particulier Eurofer, pour l’industrie du fer, a été très actif ».

Dans la mesure où ces pressions ont été exercées par de « petits groupes d’intérêts industriels » qui ne représentent pas les entreprises plus soucieuses de l’environnement, ce ne fut « en aucun cas un acte démocratique », a-t-il poursuivi.

Après un report du vote le mois dernier, les eurodéputés ont voté contre le projet de résolution à raison de 347 voix contre 258 avec 63 abstentions.

Il n’est cependant survenu qu’après l'apport d'un ensemble d’amendements par des eurodéputés conservateurs et de centre-droit, ce qui a beaucoup changé la donne et a forcé les Verts et les sociaux-démocrates à voter contre la résolution.

Folker Franz, porte-parole sur le thème du climat pour BusinessEurope, s’est dit surpris de voir une majorité s'élever contre le projet de résolution.

« Ce n’est pas un secret que nous ne soyons pas favorables à cet objectif de 30 % sans évolution dans les négociations internationales, mais nous n’avons pas du tout été actifs aujourd’hui (5 juin) », a-t-il confié à EURACTIV.

M. Franz a reconnu que son groupe avait envoyé des lettres aux eurodéputés avant le vote, mais a avancé que les groupes minoritaires avaient le droit d’exprimer leur opinion.

« Il existe de nombreux activistes environnementaux par ici qui ne représentent pas tant de monde que ça non plus », a-t-il poursuivi. « Tant que personne n’est bousculé ou contraint, je ne vois pas le problème ».

Bas Eickhout a noté qu’un « noyau polonais » pourrait également avoir influencé le vote, quelques jours après que le pays a pris les rênes de la présidence tournante de l’UE.

« Tous les eurodéputés polonais au Parlement ont voté contre » a-t-il dit à EURACTIV. « Ils étaient unis au-delà de leurs partis ».

Rébellion conservatrice

Les conservateurs britanniques ne se sont pas montrés aussi unis, et sont allés à l’encontre du souhait de leur premier ministre, David Cameron, de diriger « le gouvernement le plus vert qui soit », en s’élevant contre son soutien à une réduction d’émissions de 30 %.

James Holt, porte-parole des eurodéputés conservateurs au Parlement, a confié à EURACTIV que « les eurodéputés conservateurs soutenaient un amendement proposé par le PPE, qui proposait de passer à une réduction de 30 % quand les conditions le permettraient ».

Il n’y avait pas de « discorde fondamentale entre les eurodéputés conservateurs et le gouvernement sur le fond du problème », a-t-il ajouté.

Le vote à Strasbourg pourrait avoir un goût amer pour Günther Oettinger, commissaire européen chargé de l’énergie, qui a affirmé qu’une réduction de 30 % pourrait conduire à la « désindustrialisation » de l’Europe.

Débat climatique

Il y a un an, Connie Hedegaard, commissaire européenne à l'action pour le climat, a lancé le débat climatique actuel lorsqu’elle a publié des données montrant que la forte baisse d’émissions qui avait suivi la crise financière de 2008 permettrait d’atteindre l'objectif des 30 % à moindre coût qu’initialement prévu.

Sa direction générale a noté qu’il serait également bien plus facile d’atteindre les objectifs européens de réduction d’émissions de 80 à 95 % d’ici 2050.

La feuille de route visant à passer à une économie à faibles émissions de carbone d’ici 2050, approuvée plus tôt dans l’année, avançait qu’une réduction de 25% était possible si les objectifs d’économies d’énergie étaient également atteints. Connie Hedegaard a démenti le fait que les eurodéputés aient omis cet aspect dans leur vote.

« Si la discussion se poursuit au sein du Parlement européen au sujet de la date du passage à une réduction de 30 % d’émissions, le vote a montré qu’une très grande majorité est en faveur de l’idée que l’UE aille au-delà des 20 % dans ses propres objectifs d’efficacité énergétique », a-t-elle fait savoir dans une déclaration.

Bien que la proposition d’une réduction de 30 % des émissions de CO2 n’ait pas été approuvée lors du vote final, sa direction générale a noté que 640 députés avaient voté en faveur des amendements spécifiant une réduction de 25 % des émissions de gaz à effet de serre, ou plus.

Arthur Neslen – traduit de l'anglais par EURACTIV