Le plan de Merkel et Sarkozy pour 2020
Le président français et la chancelière allemande veulent promouvoir des initiatives concrètes entre les deux pays à réaliser dans les dix ans à venir.
Le président français et la chancelière allemande veulent promouvoir des initiatives concrètes entre les deux pays à réaliser dans les dix ans à venir.
Le président Nicolas Sarkozy et la chancelière Angela Merkel ont présenté, jeudi 4 février à Paris, le programme de coopération de leurs deux pays. La France et l’Allemagne avancent 80 propositions qui se veulent «concrètes» pour développer «une même vision de leur avenir à l’horizon 2020».
«Le temps des grandes déclarations et des grands traités va un peu s’effacer», a dit Nicolas Sarkozy. «Qu’est-ce que la croissance au XXIe siècle? Cette question, il faut que nous y répondions ensemble», a ajouté la chancelière allemande.
Les deux dirigeants ont notamment évoqué une «initiative commune pour le Proche-Orient», une préparation commune des grands rendez-vous internationaux comme le G20, ainsi qu’un «suivi des propositions» du président russe Medvedev aux Européens. «La question Europe/Russie est fondamentale, a argué Angela Merkel. Il faut clôturer une bonne fois pour toute la guerre froide.»
Dans le détail, les propositions franco-allemandes sont réparties en six domaines : économie, énergie et climat, recherche, politique étrangère et défense, rapprochement des citoyens et cadre institutionnel. Mais force est de constater que le document d’une dizaine de pages ressemble quelque peu à un fourre-tout.
Satellite franco-allemand
Au chapitre des projets «concrets», on trouve notamment des initiatives comme la création d’un centre de compensation franco-allemand pour le gaz, la naissance d’un manuel scolaire commun sur l’Europe et l’histoire de la construction européenne ou le lancement d’un satellite commun pour la détection des gazs à effet de serre.
Certaines initiatives ont des objectifs flous, comme «la mise en œuvre commune du paquet énergie climat». D’autres ne sont que la répétition de projets annoncés depuis plusieurs semaines, notamment la promesse de faire des «propositions communes en vue d’une politique agricole et alimentaire forte».
Une quarantaine de propositions sont « des reprises du programme qu’avaient présenté la France et l’Allemagne en 2003 pour le quarantième anniversaire du traité de l’Elysée« , explique le responsable du bureau de Paris de l’Institut franco-allemand, Wolfram Vogel.
Recyclage
C’est notamment le cas de la possibilité, pour un ministre allemand, d’assister au conseil des ministres français, et vice-versa. Idem pour la préparation des positions communes dans les négociations internationales et pour le soutien donné à l’Allemagne par la France lorsqu’elle demande un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU.
Mais pour ce chercheur, le «recyclage» de certaines mesures n’a pas grande importance.» «Le fait de réitérer l’idée de travailler ensemble est loin d’être négative», tempère-t-il, en ajoutant que cette annonce comporte à la fois un volet «politique» et «symbolique». Il explique le refus de Paris et Berlin de hiérarchiser les mesures en affirmant que des deux côtés du Rhin, «les gouvernements souhaitent garder les coudées franches pour prioriser eux-mêmes» les initiatives.
Le ministre franco-allemand, un temps évoqué, est passé à la trappe. Cette mesure, qui nécessitait une modification de la constitution française et de la loi fondamentale allemande, a été jugée trop contraignante.
La possibilité de créer un EADS dans le domaine maritime, auquel Paris tient particulièrement, a également été écartée. Si les deux États évoquent bien la nécessité d’«[évaluer] conjointement l’option de prendre des mesures appropriées au niveau de l’UE pour éviter les fuites de carbone», la «taxe carbone» n’est pas non plus directement énoncée. Une absence qui peut s’expliquer en partie par les dissensions au sein du gouvernement allemand sur ce sujet.
Aucune des deux parties n’a abordé le problème du financement de ces projets. «Il faut distinguer le temps de l’annonce politique et celui de la réalisation concrète», analyse Wolfram Vogel. La question de la réalisation reste donc entière. «Si l’on veut doubler le nombre de doctorants franco-allemands, il faut donner plus de moyens à la structure, basée à Sarrebruck, qui gère 130 filières franco-allemandes dans toutes les disciplines. Or, cette administration se bat déjà chaque année pour avoir des financements», souligne par exemple le chercheur.