Le PPE durcit le ton sur la migration
Également dans l'édition de mercredi : Cork, les perquisitions chez Bardella
Vous lisez Rapporteur ce mercredi 1er juillet. Ici Eddy Wax à Bruxelles, avec Nicoletta Ionta en route pour Dublin.
À retenir :
🟢 Le PPE durcit le ton sur l’immigration à l’approche d’élections cruciales
🟢 Cork, la deuxième ville d’Irlande, sous les feux de la rampe
🟢 Le Rassemblement national fait l’objet de perquisitions dans toute l’Europe
L’Europe, vue de Bruxelles
L’encre est à peine sèche sur le nouveau projet de loi de l’UE sur les expulsions, mais des voix s’élèvent déjà pour réclamer un durcissement supplémentaire de la politique migratoire.
Mardi, à Vienne, le PPE, la principale force politique européenne, a adopté une résolution appelant à resserrer davantage la vis.
Le parti autrichien de centre-droit de Magnus Brunner, commissaire européen chargé de l’immigration, a joué un rôle central lors d’une assemblée politique du PPE pour rendre plus difficile l’obtention d’une protection par les demandeurs d’asile au sein de l’Union.
Le PPE est si dominant que les idées testées lors de ses réunions internes sont souvent rapidement reprises par le courant dominant à Bruxelles.
Pourquoi maintenant ? Il suffit de se tourner vers l’Allemagne. Deux élections régionales prévues en septembre inquiètent le PPE, l’AfD d’extrême droite devançant dans les sondages la CDU de Friedrich Merz et menant campagne sur la promesse de bouleverser le consensus en matière d’immigration.
La CDU a obtenu l’adoption d’un amendement demandant à la Commission de proposer « de nouvelles mesures législatives visant à empêcher l’immigration clandestine vers l’UE », notamment un « droit explicite » pour les pays de rejeter les demandes d’asile lorsque des migrants sont « instrumentalisés » aux frontières de l’UE.
Cela rapprocherait le droit européen de l’approche déjà adoptée par la Pologne, où Donald Tusk a accusé la Russie de pousser délibérément des migrants à franchir la frontière avec la Biélorussie.
Prises dans leur ensemble, ces propositions témoignent d’un changement plus général. Le centre-droit ne se concentre plus uniquement sur l’accélération des retours, mais vise désormais à restreindre l’accès à la protection elle-même.
Le PPE souhaite également actualiser le pacte sur les migrations afin de « abolir le statut de protection subsidiaire pour permettre un retour plus rapide des réfugiés après la fin d’une guerre civile dans leur pays d’origine ».
La protection subsidiaire est accordée aux personnes qui ne remplissent pas les conditions requises pour obtenir le statut de réfugié, mais qui courrent un risque grave en cas de retour dans leur pays d’origine en raison d’une guerre ou de violences généralisées. L’idée figurait déjà dans des déclarations antérieures du PPE cette année, mais son adoption par le parti à Vienne est un signe supplémentaire de la rapidité avec laquelle le débat sur l’immigration se durcit.
En France, en Pologne, en Italie et en Espagne, l’immigration reste l’une des principales priorités à l’approche des élections de l’année prochaine, alors que les partis de centre-droit sont confrontés à une concurrence croissante de la part de rivaux d’extrême droite qui font campagne en promettant un renforcement des contrôles aux frontières et une restriction des droits d’asile.
Cork mise à l’honneur
La deuxième ville d’Irlande – ou la « véritable capitale », si l’on en croit les habitants – s’apprête à accueillir 27 commissaires européens. Ursula von der Leyen et le reste du Collège arriveront jeudi pour une visite marquant le début de la présidence tournante de l’Irlande au Conseil de l’UE.
Cork et Dublin se livrent depuis longtemps une rivalité amicale, même si elle est parfois un peu moins amicale, pour savoir laquelle des deux villes est la meilleure. Mais cette présidence semble être l’occasion pour Cork de briller.
Bon nombre des acteurs clés de cette présidence sont originaires de Cork, du Premier ministre Micheál Martin au commissaire européen Michael McGrath, en passant par Aingeal O’Donoghue, ambassadeur de l’Irlande auprès de l’UE.
« C’est le signe que nous essayons de répartir la présidence à travers tout le pays », a déclaré à Rapporteur Thomas Byrne, ministre irlandais chargé des Affaires européennes et originaire du comté de Meath.
Cork, surnommé le « comté rebelle », a joué un rôle central dans la lutte pour l’indépendance de l’Irlande en tant que ville natale de Michael Collins, qui a orchestré la guérilla contre les forces britanniques. Ralph Riegel, qui couvre l’actualité de Cork pour notre journal partenaire The Irish Independent, m’a indiqué que c’est aujourd’hui une ville en plein essor, qui devrait connaître une croissance de 60 % d’ici 2040 et attirer 125 000 habitants supplémentaires.
Billy Kelleher, député européen et autre personnalité politique de Cork, a affirmé que sa ville a beaucoup à offrir, la décrivant comme étant « à l’avant-garde de notre combat pour la liberté ».
Kelleher, vice-président de Renew Europe, m’a confié que le débat sur la suppression des droits de veto nationaux serait au cœur de la présidence irlandaise. Lisez l’interview complète.
Perquisitions au RN
Des enquêteurs travaillant en collaboration avec le Parquet européen ont mené mardi des perquisitions coordonnées en France, en Belgique, en Italie et en Espagne dans le cadre d’une enquête sur l’utilisation présumée abusive de 4,33 millions d’euros de fonds du Parlement européen par l’ancien groupe Identité et Démocratie, dont faisait partie le Rassemblement national (RN) français.
Cette enquête fait suite à un audit interne du Parlement européen révélé pour la première fois par Euractiv.
Le journal français Le Canard Enchaîné a également rapporté que le parquet envisage d’ouvrir une enquête sur Jordan Bardella, président du RN, suite à des allégations selon lesquelles des documents auraient été falsifiés pour justifier le travail qu’il aurait effectué en tant qu’assistant accrédité.
Bardella a laissé entendre que ces mesures sont motivées par des considérations politiques. « Nous n’avons rien à nous reprocher, et nous le prouverons », a-t-il déclaré.
Les députés européens français de gauche à garder à l’œil
Dans le dernier volet de notre série consacrée aux députés européens qui façonnent la course à la présidentielle française, Euractiv se penche sur une gauche fracturée.
À neuf mois de l’élection, la gauche française reste divisée tant sur le choix de son candidat que sur sa stratégie. Jean-Luc Mélenchon reste le candidat le mieux placé pour atteindre le second tour, mais son profil clivant continue d’éloigner des alliés potentiels.
Dans le même temps, le Parti socialiste n’a toujours pas désigné de candidat, tandis que le député européen S&D Raphaël Glucksmann cherche encore à transformer l’élan acquis lors des élections européennes en une coalition progressiste. Lisez l’article complet d’Elisa Braun.
Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :
- Les travailleurs font pression sur l’Irlande concernant la réforme des marchés publics de l’UE
- La Tchéquie s’engage à maintenir ses livraisons de munitions à l’Ukraine
- La Finlande écarte les craintes d’une fracture énergétique dans les pays nordiques
Rond-point Schuman
L’EUROPE RÉSISTE À LA TENDANCE PESSIMISTE : Les Européens se montrent de plus en plus pessimistes quant à l’avenir du monde, alors même que la confiance dans l’UE reste solide. Un nouvel Eurobaromètre du Parlement européen révèle que 58 % des personnes interrogées se montrent désormais pessimistes quant à l’avenir du monde, soit une hausse de six points par rapport à l’année dernière, tandis que seulement 38 % restent optimistes. En revanche, 59 % sont optimistes quant à l’avenir de l’UE et 76 % quant à celui de leur propre famille.
DES DROITS DE DOUANE À L’AMITIÉ : Les négociations commerciales entre l’UE et les États-Unis ont peut-être été âpres, mais elles ont au moins donné naissance à une amitié inattendue. L’ambassadeur américain Andrew Puzder a eu des mots chaleureux à l’égard de Bernd Lange, le socialiste allemand qui a dirigé les travaux du Parlement sur cet accord, affirmant qu’après un an de négociations, il peut toujours le considérer comme un ami. Lange a récemment confié à Euractiv que les deux hommes se sont liés d’amitié grâce à leur passion commune pour les motos.
CORRECTION : Dans l’édition de mardi, le Rapporteur a indiqué de manière erronée le nombre de fois où l’extrême droite française s’est qualifiée pour le second tour de l’élection présidentielle. Le chiffre correct est trois.
Les capitales
BUDAPEST 🇭🇺
La Hongrie a entamé le démantèlement des fondations de gestion d’actifs d’intérêt public créées sous Viktor Orbán, en prenant le contrôle direct de dizaines d’institutions dans le cadre des efforts visant à débloquer 10,4 milliards d’euros de fonds européens gelés. Un décret entré en vigueur mardi transfère les droits de l’État en tant que fondateur aux ministres, la plupart des fondations non universitaires devant revenir à la propriété de l’État d’ici le 31 août. Lisez l’article complet.
– Mátyás Varga
PARIS 🇫🇷
La France a fixé au 18 avril et au 2 mai 2027 les dates des deux tours de sa prochaine élection présidentielle, mettant fin à des mois d’incertitude quant au calendrier électoral. Le scrutin coïncidera avec les vacances scolaires de printemps, un choix de calendrier qui pourrait affecter le taux de participation dans certaines régions.
– Elisa Braun
VARSOVIE 🇵🇱
La Pologne n’enverra pas ses derniers avions de chasse MiG-29 en Ukraine après l’échec d’un projet d’échange contre de la technologie ukrainienne de drones, a déclaré le ministre de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz. Il a indiqué que Kiev s’est retiré de l’accord après l’avoir initialement accepté, privant ainsi la Pologne de la coopération escomptée. Ce revers intervient alors que les relations entre les deux alliés sont de plus en plus tendues. Lisez l’article complet.
– Pietro Guastamacchia
PODGORICA 🇲🇪
Les gouvernements de l’UE ont approuvé la rédaction du traité d’adhésion du Monténégro, ouvrant la voie à l’entrée de ce pays des Balkans dans l’Union en 2028. Soucieuse de rassurer les capitales alors que les négociations budgétaires s’intensifient, la Commission européenne a indiqué que cette adhésion coûterait à l’Union environ 3,2 milliards d’euros entre 2028 et 2034, soit moins d’un euro par citoyen de l’UE chaque année, tout en stimulant la croissance et l’intégration. Lisez l’article complet.
– Bruno Waterfield
SOFIA 🇧🇬
La Bulgarie et la Turquie ont convenu mardi de collaborer avec la Commission européenne pour développer le « Corridor central », cette route commerciale entre l’Europe et l’Asie que Bruxelles promeut comme alternative au transit par la Russie. À l’issue de discussions avec son homologue turc, le ministre bulgare des Transports, Georgi Peev, a déclaré que les deux pays occupent une « position stratégique » le long de cette route. Les ministres ont également convenu de renforcer les liaisons transfrontalières de fret routier et ferroviaire.
– Konstantin Karadjov
SARAJEVO 🇧🇦
Un haut diplomate américain assurera temporairement la direction du bureau international pour la paix en Bosnie, après l’échec, pour la deuxième fois ce mois-ci, des membres américains et européens du Conseil de mise en œuvre de la paix à s’entendre sur un successeur permanent au Haut Représentant sortant, Christian Schmidt. Louis J. Crishock prendra ses fonctions mercredi, le Conseil ayant pour objectif de nommer un Haut Représentant permanent d’ici le 14 juillet, alors que les désaccords avec la Russie persistent.
– Bronwyn Jones
Editrices.teurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski
Contributrices.teur : Sofia Sanchez Manzanaro, Elisa Braun, Martina Monti, Magnus Lund Nielsen
Traductrice : Clara Vassent