Le président bulgare profite de sa visite à Berlin pour mettre en avant ses priorités

Le nouveau Premier ministre a insisté pour que son pays joue un rôle plus important dans l'industrie européenne de la défense, tout en appelant à la diplomatie concernant l'Ukraine

EURACTIV.com
Le chancelier allemand Friedrich Merz et le nouveau Premier ministre bulgare Rumen Radev [Photo : Sean Gallup via Getty Images]

BERLIN – Le Premier ministre bulgare Rumen Radev a profité de son premier voyage à l’étranger depuis son entrée en fonction pour renforcer les liens de défense avec l’Allemagne, plaider en faveur d’un rôle accru de la Bulgarie dans la production d’armement européenne et appeler à la diplomatie concernant l’Ukraine – suscitant une réponse plus ferme de la chancelière Friedrich Merz à l’égard de la Russie.

Cette visite, dix jours après l’entrée en fonction de Radev, s’est déroulée avec les honneurs militaires et comportait un programme chargé couvrant la défense, la politique industrielle et le prochain budget septennal de l’UE. La délégation bulgare comprenait le vice-Premier ministre et ministre de l’Économie, Aleksandar Pulev, ainsi que la ministre des Affaires étrangères, Velislava Petrova, ancienne vice-ministre des Affaires étrangères et microbiologiste formée à Cambridge.

À Bruxelles, l’importance de ce voyage sera jugée moins sur le plan symbolique que sur ce qu’il révèle de la position de Sofia concernant l’Ukraine, les dépenses de défense et le prochain cadre financier pluriannuel. Radev est arrivé fort d’une solide majorité parlementaire après cinq années d’instabilité politique, redonnant ainsi du poids à la Bulgarie sur ces trois dossiers.

Merz a profité de son discours d’ouverture pour orienter la discussion vers la solidarité européenne, le cadre financier de l’Union et une ligne dure à l’égard de Moscou.

Pour la première fois depuis des décennies, comme l’a souligné Radev, la Bulgarie dispose désormais d’une force politique dotée d’une majorité parlementaire convaincante. Ancien commandant de l’armée de l’air bulgare et président ayant exercé deux mandats, Radev a cherché à rassurer ses partenaires européens tout en présentant son gouvernement comme ambitieux sur le plan industriel.

Le Premier ministre a commencé par évoquer les chiffres économiques : 12 milliards d’euros d’échanges commerciaux annuels, l’Allemagne comme premier partenaire commercial et investisseur de la Bulgarie, et plus de 400 000 Bulgares vivant en Allemagne.

Une grande partie de la discussion a porté sur la défense. Radev a mis en avant des projets communs avec des entreprises allemandes, notamment deux usines Rheinmetall produisant de la poudre à canon et des munitions de 155 mm, le système de défense aérienne IRIS-T et les missiles antinavires RBS-15. Il a déclaré que la Bulgarie était prête pour la production en série de drones dans une catégorie où, selon ses propres termes, le projet franco-allemand Eurodrone avait échoué. Il a également évoqué des projets de gigafactory dédiée à l’IA, soutenue par un investisseur allemand.

« Il est important pour nous non seulement de nous approvisionner en Allemagne, mais aussi de mettre en place une coopération industrielle solide », a souligné Radev, estimant que la Bulgarie devait participer à la fois à la conception et à la production.

Merz a élargi le débat pour formuler une critique plus générale de la fragmentation de l’industrie de la défense européenne. « La souveraineté européenne passe par des capacités et des moyens de défense européens », a-t-il affirmé, avertissant que le continent produisait encore trop de systèmes en quantités trop faibles.

Radev a également abordé le prochain cycle budgétaire de l’UE, faisant valoir que la formule actuelle impose à la Bulgarie une contribution nettement plus élevée, en plus des coûts liés à l’adoption de l’euro. Il a défendu le maintien de la politique de cohésion et de la politique agricole commune, alors même que Bruxelles réoriente ses ressources vers la défense et la compétitivité.

Merz a averti que les négociations sur le prochain CFP seraient difficiles et pourraient s’éterniser jusqu’à la fin de 2026, soulignant que les États membres de l’UE dépensent déjà plus pour le service de la dette que pour la défense elle-même.

C’est sur la question de l’Ukraine que la divergence s’est manifestée le plus clairement. Radev a affirmé qu’il était « grand temps de recourir à la diplomatie » et a appelé à des pourparlers entre Kiev, Moscou, Washington et Bruxelles dès que possible. « Une guerre d’usure […] épuise tous ceux qui y participent et tous ceux qui les soutiennent », a-t-il déclaré.

Merz a répondu de manière plus directe, affirmant que la diplomatie ne pourrait progresser que si la Russie cessait d’abord d’attaquer des cibles civiles. Le Kremlin, a-t-il assuré, a jusqu’à présent répondu à chaque initiative de paix par des frappes plus intenses.

Les autres capitales européennes vont désormais observer attentivement si le discours de Radev annonce un changement plus large dans la position de Sofia.

Interrogé sur la liberté des médias, Radev a évoqué des projets visant à clarifier les règles relatives à la propriété des médias et à assurer un financement plus stable pour les chaînes publiques BNT et BNR, dont les budgets, a-t-il indiqué, fluctuent actuellement au gré des cycles politiques.

La presse bulgare a accueilli cette visite avec prudence. Le journal Sega a écrit que les deux dirigeants avaient « échangé des politesses et des promesses générales et vagues de coopération ».

Le véritable test aura lieu dans les semaines à venir : la position de la Bulgarie sur le budget de l’UE, les achats conjoints d’équipements de défense et la question de savoir si les appels de Radev en faveur de la diplomatie concernant l’Ukraine iront au-delà de la tribune de Berlin.

(cz, sma)