Tsipras s'impose comme le principal adversaire de Mitsotakis

Alexis Tsipras, qui n'est plus le leader populiste et anti-establishment qu'il était, est de retour dans la course

EURACTIV.com
[Photo : Panayotis Tzamaros/NurPhoto via Getty Images]

ATHÈNES – Selon les derniers sondages d’opinion, l’Alliance de gauche grecque (ELAS), le parti nouvellement créé de l’ancien Premier ministre Tsipras, s’impose comme la principale force politique capable de rivaliser avec le puissant parti au pouvoir, Nouvelle Démocratie.

Des élections nationales doivent avoir lieu d’ici juillet 2027. Cependant, alors que la Grèce s’apprête à assumer la présidence tournante de l’UE à la même période, les spéculations vont bon train quant à la possibilité que le scrutin ait lieu bien plus tôt.

La formation d’un gouvernement à parti unique risque d’être une tâche difficile pour Nouvelle Démocratie, au pouvoir depuis juillet 2019. Une opposition fragmentée n’a jusqu’à présent pas réussi à opposer une résistance sérieuse aux conservateurs.

Mais le retour de Tsipras, qui s’était largement retiré de la scène politique pendant huit mois, a redistribué les cartes à gauche.

La Nouvelle Gauche, issue d’une scission de l’ancien Syriza de Tsipras, a été pratiquement démantelée, tandis que son ancien parti est lui-même au bord de l’effondrement électoral.

La Nouvelle Démocratie subit également une pression croissante sur son flanc droit suite à la création d’un nouveau parti par Maria Karystianou, dont la fille a été tuée dans la catastrophe ferroviaire de Tempi en 2023.

Karystianou a accusé à plusieurs reprises le gouvernement de tenter de protéger les responsables politiques présumés de la tragédie.

Le lancement d’un nouveau parti par l’ancien Premier ministre Antonis Samaras, partisan d’une ligne dure en matière de politique étrangère, constituera un autre casse-tête potentiel pour le parti au pouvoir.

Un Tsipras plus modéré

Un grand sondage commandé par Mega TV et publié jeudi dernier a révélé que 26,1 % des électeurs soutiendraient la Nouvelle Démocratie si des élections avaient lieu la semaine prochaine.

ELAS occupe désormais la deuxième place avec 12,1 %, suivi du parti socialiste PASOK avec 9 % et de l’Espoir pour la démocratie de Karystianou avec 8,3 %. Syriza ne devrait remporter que 1,8 % des voix, bien en dessous du seuil de 3 % requis pour entrer au Parlement.

Selon ce même sondage, trois répondants sur cinq (61 % ) se sont également prononcés en faveur d’un changement politique plutôt que de la stabilité politique (38 %).

Le PASOK, membre fondateur de la famille socialiste européenne, se trouve dans une position particulièrement difficile, car il risque de perdre son statut de principale force d’opposition face à Tsipras.

Le débat s’est intensifié après que le maire d’Athènes, Haris Doukas, figure de proue du PASOK, a fait valoir que le parti ne devait pas exclure une coopération avec Tsipras.

Le PASOK considère toutefois que l’ascension de Tsipras est temporaire et surestimée.

« Une tempête dans un verre d’eau », a indiqué à Euractiv un député du PASOK sous couvert d’anonymat. Ce dernier a insisté sur le fait que le PASOK doit se présenter aux élections de manière indépendante et s’est opposé à toute discussion préélectorale avec Tsipras, arguant que ce dernier « n’a même pas dévoilé son programme en détail ».

Les analystes n’excluent pas la formation d’un gouvernement de coalition progressiste après les élections si les chiffres le permettent. Cependant, un courant conservateur au sein du PASOK pourrait faire obstacle à une telle évolution.

Pour sa part, Tsipras a évité toute confrontation directe avec les autres partis de gauche tout en adoptant une approche plus centriste sur des questions sensibles telles que l’immigration et la politique étrangère.

Par exemple, il a récemment fait valoir que si les droits des migrants doivent être respectés, la protection des frontières extérieures de l’UE est tout aussi importante. De même, le porte-parole de l’ELAS, George Balatsoukas, a récemment déclaré que si « nous ne pouvons rester silencieux face à ce qui se passe à Gaza », le partenariat stratégique de la Grèce avec Israël doit se poursuivre car « l’enjeu est la protection et la promotion de l’intérêt national ».

(bw)