Le Président kazakh critique son prédécesseur après une période de troubles
Le Président du Kazakhstan a critiqué son prédécesseur, ce qui est chose rare. Il a également dit qu’il s’attendait à ce que les forces dirigées par la Russie quittent le pays centrasiatique dans les dix prochains jours.
Le Président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokayev, a critiqué son prédécesseur mardi 11 janvier, ce qui est chose rare. Il a également déclaré qu’il s’attendait à ce que les forces dirigées par la Russie quittent le pays centrasiatique en proie à des troubles dans les dix prochains jours.
La dégradation de la situation dans ce pays riche en pétrole a révélé les luttes internes au sommet d’un gouvernement autrefois dirigé par le mentor de M. Tokayev, Nursultan Nazarbayev, âgé de 81 ans.
L’homme conserve le statut constitutionnel de « leader de la nation », bien qu’il ait quitté la présidence en 2019.
S’adressant aux législateurs lors d’une vidéoconférence retransmise en direct, M. Tokayev a critiqué M. Nazarbayev, alors que le pays postsoviétique est en proie à une vague de violence sans précédent qui a pourtant commencé par des manifestations pacifiques contre une hausse du prix de l’énergie.
M. Tokayev, âgé de 68 ans, a déclaré que le régime de M. Nazarbayev avait créé « une classe de personnes riches, même au regard des standards internationaux ».
« Le temps est venu de rendre hommage au peuple kazakh et de l’aider de manière systématique et régulière », a ajouté M. Tokayev, notant qu’il serait demandé aux « entreprises très rentables » de contribuer financièrement à un fonds d’État.
« Le système actuel est orienté vers les grandes structures et repose sur le principe : “tout pour les amis et des règles pour les autres” », a-t-il expliqué.
Plusieurs statues de Nursultan Nazarbayev ont été déboulonnées par des manifestants au cours des premiers jours des émeutes.
Wow, wow. The statue to Kazakhstan’s first president and until a few hours ago head of the Security Council Nazarbayev is seemingly down in Almaty region. pic.twitter.com/aetzwdNQqf
— Bakhti Nishanov (@b_nishanov) January 5, 2022
Inquiétude des experts en droits de l’Homme de l’ONU
Le Kazakhstan et la Russie ont qualifié les événements de la semaine dernière, qui ont fait des dizaines de morts et mené à près de 10 000 arrestations, de tentative de coup d’État soutenue par des « terroristes » étrangers. Toutefois, ils ont fourni peu de preuves pour appuyer cette théorie.
Mardi, des experts indépendants en matière de droits de l’Homme mandatés par les Nations Unies ont critiqué « l’usage incontrôlé de la force » par les forces de sécurité kazakhes et se sont dits préoccupés par le fait que M. Tokayev ait choisi de qualifier les manifestants de « bandits et de terroristes ».
De tels termes « ne devraient pas être utilisés pour réduire au silence ceux qui ne partagent pas l’opinion du gouvernement, qui protestent contre les conditions socio-économiques et expriment des opinions politiques », ont-ils déclaré.
Dans un discours à la nation prononcé la semaine dernière, M. Tokayev a déclaré que 20 000 « bandits armés » avaient pris d’assaut Almaty et qu’il avait alors autorisé les forces de l’ordre à tirer pour tuer sans sommation.
Dans une publication Twitter à la suite d’une vidéoconférence avec le président du Conseil européen Charles Michel, M. Tokayev insiste sur le fait que cet ordre ne concernait pas les manifestants.
We never used and will not use armed force against peaceful protesters. All such allegations are false. #Kazakhstan will continue to strengthen partnership with EU. pic.twitter.com/SZi75DkVjH
— Qasym-Jomart Toqayev (@TokayevKZ) January 10, 2022
La France, qui assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne, a demandé que la souveraineté du Kazakhstan soit pleinement respectée et a appelé à des pourparlers en vue de désamorcer la situation.
Un retrait progressif des troupes de l’OTSC
À la demande de M. Tokayev, l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), dirigée par Moscou, a envoyé des troupes pour rétablir l’ordre et soutenir les autorités nationales.
Mardi, M. Tokayev a annoncé qu’un « retrait progressif » commencerait dans deux jours et que le processus ne durerait « pas plus de dix jours ».
« La mission principale des forces de maintien de la paix de l’OTSC a été menée à bien », a-t-il annoncé.
Toutefois, le ministre russe de la Défense, Sergueï Shoigu, a indiqué que les troupes ne partiraient que lorsque la situation serait « totalement stabilisée ».
La mission de l’OTSC, qui comprend plus de 2 000 soldats, a été déployée au plus fort de la crise, après que des affrontements armés entre les opposants au gouvernement et les forces du maintien de l’ordre ainsi qu’une vague de pillages ont ravagé des quartiers de la plus grande ville du pays, Almaty.
Cette décision était une première pour l’OTSC, souvent présentée par Moscou comme un équivalent de l’OTAN, qui était jusqu’à présent réticente à intervenir dans les conflits en Asie centrale, une région qui entretient depuis longtemps des liens historiques avec la Russie.
Des inquiétudes quant à la possibilité pour Moscou de tirer parti de la mission pour asseoir son influence au Kazakhstan sont apparues, le Secrétaire d’État américain Antony Blinken ayant averti qu’« une fois que les Russes sont chez vous, il est parfois très difficile de les faire partir ».
La famille Nazarbayev et le pouvoir
M. Tokayev a, semble-t-il, renforcé sa position en soutenant le Premier ministre Alikhan Smailov pour qu’il prenne ses fonctions de manière permanente mardi — une nomination qui a obtenu le soutien unanime des législateurs.
L’ancien chef du Comité de sécurité nationale, Karim Masimov, un allié clé de M. Nazarbayev qui est considéré comme perpétuant l’influence du Président à la retraite sur le gouvernement, a été arrêté samedi pour trahison dans le cadre des émeutes.
Même si M. Nazarbayev, un fils de bergers qui a gravi les échelons du parti communiste, est aujourd’hui mis sur le banc de touche au niveau politique, il faudra sans doute du temps pour faire disparaître les nombreux intérêts de sa famille dans la plus grande économie d’Asie centrale.
Mardi, M. Tokayev a annoncé qu’il prévoyait de mettre fin à un monopole privé de recyclage largement critiqué qui est lié à la fille cadette de M. Nazarbayev, Aliya Nazarbayeva, âgée de 41 ans.
« Cela devrait être fait par une organisation étatique, comme c’est le cas dans d’autres pays », a-t-il déclaré.
Toutefois, la fille cadette de M. Nazarbayev, Dinara, et son mari, Timur Kulibayev, contrôlent Halyk, la plus grande banque commerciale du pays. Ils font également partie des personnes les plus riches du pays. Par ailleurs, M. Kulibayev est un acteur clé du secteur pétrolier, un secteur très important dans le pays.
La carrière politique de la fille aînée de la famille, Dariga Nazarbayeva, principalement au sein du corps législatif, a été marquée par une série de déclarations controversées ainsi que par son style qui peut paraître abrasif.
Selon certains, les intérêts commerciaux de l’homme de 58 ans sont également très vastes.